L'organisation des Officiers () ou l'organisation Militaire () du parti Tudeh en Iran, également connue sous le nom de réseau militaire du Tudeh, était un réseau d'espionnage lié à l'Union Soviétique qui avait infiltré l'armée iranienne sous le règne du chah Mohammad Reza Pahlavi. Ce réseau récoltait des renseignements en utilisant une méthode fondée sur un système de cellules dormantes.

Démantelé en 1957, il est recréé dans les années 1970 avant d'être à nouveau démantelé par la république Islamique d'Iran en 1983.

Histoire

Génèse Le parti Tudeh est créé en septembre 1941, à la faveur d'un mouvement de libéralisation politique qui suit l'abdication forcée de Reza Chah. Il se veut le successeur du parti communiste de Perse, interdit par Reza Chah au début de sa prise de pouvoir. Dès 1942, cependant, le Tudeh est très largement noyauté par des communistes à la solde de l'Union Soviétique, qui aident le parti à s'implanter, y compris auprès de militaires, dans le nord du pays alors occupé par l'URSS.

L'organisation militaire du parti est fondée en 1944 par Abdolsamad Kambakhsh, Ezatollah Siamak et Khosrow Roozbeh. La direction secrète reposait sur un conseil de trois membres (Roozbeh, Siamak et le colonel Mobasheri). Au sein de ce groupe, le capitaine Roozbeh, également mathématicien, dirigeait spécifiquement la branche du renseignement.

A l'été 1945, dans le Khorassan sous occupation soviétique éclate un premier soulèvement contre le gouvernement central : les officiers affiliés au Tudeh de la garnison de Machhad déclenchent une révolte menée par le commandant Ali Akbar Eskandani. Ce dernier, accompagné de vingt-cinq autres officiers et soldats ralliés, gagne Maraveh Tappeh puis Gonbad le 16 août 1945 à bord de plusieurs véhicules et avec du matériel militaire, mais ils sont vaincus par la gendarmerie à Gonbad le 20 août. Eskandani est tué et ses partisans survivants s'enfuient, tandis qu'une partie des officiers est arrêtée. Khosrow Roozbeh, brièvement arrêté, fut relâché, puis publia clandestinement sous le nom de « Setakhr » un ouvrage d'opposition aux Pahlavi, l'Obéissance Aveugle.

Après la fin de l'occupation anglo-soviétique du pays, la crise d'Azerdaïdjan, autre mouvement sécessionniste prosoviétique qui mobilise des officiers liés au Tudeh, entraîne une nouvelle vague d'arrestations et de fuites, contraignant le parti à devoir se réorganiser. Roozbeh est à nouveau arrêté, en avril 1947, mais s'évade de prison à nouveau ; il sera arrêté et s'évadera à plusieurs reprises lors des années suivantes, sans être identité comme « Setakhr » par les autorités impériales. Une évasion retentissante de dix membres du réseau militaire du Tudeh a lieu en novembre 1950. A la suite d'une tentative d'assassinat contre le chah Mohammad Reza en 1949, le parti Tudeh est officiellement interdit.

Pendant la nationalisation de l'industrie pétrolière vignette|Khosro Roozbeh, à l'époque de son procès dans les années 1950 Lors du mouvement de nationalisation de l'industrie pétrolière, le Tudeh redevient une force politique importante, malgré son interdiction. Il fut l'un des nombreux alliés tactiques du Front National du Premier Ministre Mohammad Mossadegh et, à la mi-1953, le parti apparaissait dans les cercles politiques comme suffisamment puissant pour pouvoir contrôler le gouvernement sans même avoir recours à la violence. C'est cette supposée menace d'une prise de pouvoir communiste et d'un alignement de l'Iran sur Moscou qui amena le Royaume-Uni et les États-Unis, empêtrés depuis deux ans dans les négociations avec Mossadegh, à mettre sur pied l'opération Ajax, un coup d'État militaire appuyé par la CIA et le MI6 devant mener à son renversement. Cependant, après l'échec du coup d'État le 15 août et la fuite conséquente du chah, et alors que le Tudeh manifeste en faveur de l'abolition de la monarchie et de l'établissement d'une république, Mossadegh semble avoir cependant hésité à avoir franchi ce pas, bien que plusieurs de ses collaborateurs, comme Hossein Fatemi, l'y aient incité.

Démantèlement Après la prise de pouvoir du général Fazlollah Zahedi le 19 août, la loi martiale est instaurée et appliquée par le général Teymour Bakhtiar, chargé de rechercher les communistes. Fin 1953, la police arrêta par erreur le lieutenant Abolhassan Abbasi, un proche de Khosrow Roozbeh, chef du « Bureau des affaires intellectuelles du parti Tudeh ». Il était en possession de trois cahiers remplis de formules mathématiques. Il fut révélé par la suite que ces notes contenaient un code révélant les noms de tous les membres de l'organisation secrète. On découvrit également que le coup d'État du 15 août 1953 avait échoué grâce au chef d'état-major du général Zahedi, qui était membre du réseau, et avait informé le parti de l'imminence du coup d'État, ce qui avait permis à Mossadegh de le déjouer.

Sur plus de 600 officiers arrêtés, 36 furent exécutés, dont Khosrow Roozbeh en mai 1958.

Le secrétariat du Parti Tudeh quitta l'Iran pour l'Allemagne de l'Est, et plusieurs membres de l'organisation des officiers du Parti Tudeh iranien collaborèrent avec la Stasi qu'ils informaient de l'organisation des événements internes du parti.

Résurgence et disparition finale Après la révolution de 1979, l'organisation militaire clandestine du parti est discrètement réorganisée à partir de l'été 1979. Bien que le parti Tudeh ait soutenu la révolution et la République islamique (notamment lors de la guerre Iran-Irak), le régime se retourne contre lui en 1982-1983, l'accusant de préparer un coup d'État.

Fin 1983, 101 militaires comparaissent devant un tribunal militaire spécial présidé par le juge Mohammad Reyshahri. Les peines prononcées furent diverses, allant de peines de prison (de quelques années à la perpétuité) à la peine capitale pour 10 personnes. Plus tard, 19 autres membres du parti, dont certains avaient même purgé leur peine, furent assassinés lors des vastes exécutions collectives de prisonniers politiques de 1988. Les sévices subis par les survivants furent constatés par le représentant spécial de l'ONU, Galindo Pohl, à la prison d'Evin en 1989, sur les chefs du Tudeh Noureddin Kianouri et sa femme Maryam Firouz, qui avaient gardé des séquelles de leurs séances de tortureAbrahamian, p.344.

Bien plus tard, dans les années 2000, Ali Akbar Hashemi Rafsandjani admit publiquement que la répression et l'exécution des membres du Tudeh étaient une erreur. Il déclara : « Il aurait été préférable que nous n'agissions pas ainsi. Nous avions le parti Tudeh sous surveillance. Je n'avais aucune raison de penser qu'ils préparaient un coup d'État. »

Bibliographie

Références

Liens externes  « L'organisation des Officiers du parti Tudeh » (PDF), rapport de la CIA de 1955 sur le réseau militaire.

Catégorie:Relations entre l'Iran et l'Union soviétique Catégorie:Espion soviétique Catégorie:Faction armée en Iran Catégorie:Réseau de renseignement