vignette|Représentation d'un hoplite,
L'hoplite (en grec ancien ) est un fantassin de la Grèce antique lourdement armé et organisé en phalange, par opposition au gymnète et au peltaste, équipés plus légèrement. Présent dans chaque cité-État à l'époque classique, il représente le soldat grec par excellence.
Les hoplites sont principalement des citoyens libres, fermiers et artisans, qui ont les moyens de s'offrir une armure de lin ou une armure de bronze et des armes. La plupart des hoplites ne sont pas des soldats professionnels et ils manquent souvent de formation militaire, sauf à Sparte. Certaines cités-État (comme Athènes, Argos, Thèbes et Syracuse) maintiennent une petite unité professionnelle d'élite choisie parmi l'infanterie citoyenne régulière.
Les hoplites ont permis aux Grecs de vaincre les Perses durant les guerres médiques aux batailles de Marathon (490 av. J.-C.) et de Platées (479). Ces victoires renforcent leur emploi dans les cités grecques, au sein desquelles ils constituent la majeure partie des armées du au Ils sont par la suite supplantés par d'autres types d'infanterie (phalange macédonienne et thuréophores notamment).
Étymologie
L'étymologie du terme « hoplite » est l'objet de différentes hypothèsesJ.F. Lazenby et D. Whitehead, « The Myth of the Hoplite's Hoplon », CQ n46/1 (1996), 27-33.. On dérive habituellement le mot « hoplite » du grec ancien qui signifie à l'origine « arme » puis par extension « arme défensive » ou « bouclier ».. Chez Hérodote et Thucydide le terme hoplon désigne le bouclier lourd ; d'autres auteurs, comme Diodore, XV, 44, 3., utilisent le terme aspis pour désigner le bouclier. Le terme « hoplite » viendrait plutôt du pluriel de () qui recouvre l'ensemble des armes et de l'armure. « Hoplite » signifierait donc littéralement « homme en arme » ou « homme lourdement armé ».
Le bouclier est l'élément le plus important de son équipement « »., l'arme défensive par excellence mais également le garant de la solidité de la formation en ordre serré, la phalange.
Équipement : armement et vêtement L'équipement hoplitique s'articule autour de plusieurs éléments de protection et d'armement, du milieu du à l'époque archaïque. Il comprend typiquement : un casque () ; une cuirasse () ; des cnémides ou jambières () ; un bouclier (, parfois appelé ) ; une lance () ; une épée courte ().
Toutefois, entre l'hoplite de l'époque archaïque et celui de l'époque hellénistique, certains changements s'opèrent, principalement vers un allègement de l'équipement. Ainsi, chaque pièce évolue dans ce sens, mais également, certaines pièces archaïques disparaissent. Il s'agit par exemple de protections au niveau des bras et des cuisses ; ces deux protections ont tendance à être remplacées par des ptéryges. L'évolution de l'armement hoplitique tend donc vers une simplification de l'armement et un allègement. Le but est de favoriser l'agilité et la rapidité plutôt que la résistance, d'autant que même ainsi allégé, l'hoplite reste bien protégé.
Le poids total de l'équipement est donc variable selon les périodes, mais aussi selon les individus et la qualité des matériaux. On peut estimer le poids de l'équipement de l'époque classique à un peu moins de ..
Concernant ses vêtements, le fantassin porte sous la cuirasse un chiton court (équivalent antique d'une chemise) en tissu de laine ou de lin, afin de limiter les frottements contre sa peau. Il est souvent équipé de lambrequinsPierre Ducrey, Guerre et guerriers dans la Grèce antique, Hachette, 1999, . Voir, pour un élément similaire, les ptéryges sur le légionnaire romain. faits de bandes de cuir et de feutre, qui couvrent le corps à partir de la cuirasse jusqu'au sommet des cuisses. Dans la représentation figurée (sur la céramique grecque antique en particulier), lorsqu'il s'agit d'un héros, celui-ci peut être représenté plus ou moins nu, en tant que héros. L'image peut être accompagnée de l'inscription du nom du héros.
Armes vignette|Casque de type corinthien, bronze, vers 600 av. J.-C., musée national archéologique d'Athènes.
La lance grecque mesure généralement entre deux mètres et deux mètres cinquante. Comme les héros homériques qui utilisent le frêne, , 47 ; , 390. pour la hampe, et les Macédoniens le cornouillerThéophraste, Histoire des plantes, , 12, 2., la hampe est généralement faite de ces deux bois. La pointe est en fer et plus rarement en bronze, du fait de son coût plus faible. Elle comporte une douille pour y attacher la hampe ; l'ensemble est fixé par des rivets. Le fer de lance n'a pas de forme standard, mais le type le plus fréquent est une feuille de saule avec une nervure centrale, dont la longueur varie entre 20 et . L'autre extrémité de la hampe est dotée d'un talon ou saurotère, généralement en bronze, de forme pointue et cruciforme. Ce talon a de nombreux usages, en particulier celui de protéger le bois de la pourriture. Il sert en effet à ficher la lance en terre quand le soldat ne combat pas. On a également suggéré qu'il permettait d'achever l'ennemi tombé à terreAnderson, 24. ou qu'il rendait possible pour l'hoplite de disposer d'une lance courte de rechange quand la hampe se brisait dans le premier choc du combat. Cette deuxième pointe pouvait également servir à attaquer plus facilement un ennemi situé sur le côté.
L'épée courte constitue la deuxième arme de l'hoplite. Son statut est clairement secondaire. L'escrime à proprement parler n'existe guère en Grèce et le grec parle de conquête « par la lance » là où le français dirait « par l'épée ». Elle mesure généralement moins de . Celle des Spartiates est réputée pour être particulièrement courte : les autres Grecs la raillent comme une « épée de jongleur ». Interrogé un jour à ce sujet, Antalcidas aurait répondu : « c'est parce que nous combattons l'ennemi de prèsPlutarque, Apophtegmes lacédémoniens, 237.. » Les épées qu'utilisent les Grecs sont généralement de type machaira ou xiphos, il s'agit à la fois d'arme de taille et d'estoc, mais elles sont mal considérées par les Grecs, qui leur préfèrent la lance.
Le bouclier est à la fois une arme offensive et défensive : il sert à parer les coups mais aussi à pousser pour enfoncer les lignes adversesAnderson, 25.. Il est de forme ronde et concave et doté sur sa face interne d'un brassard (porpax) et d'une poignée (antilabe) qui permettent de le porter sur l'avant-bras gauche. Le bouclier est en bois, généralement cerclé de bronze ; le rebord (itus) permet à l'hoplite de le reposer sur son épaule gauche pour soulager son bras, en attendant le choc avec l'ennemi. À partir de au moins, les Spartiates utilisent un bouclier entièrement recouvert d'une feuille de bronzeP. Cartledge, « Hoplites and Heroes: Sparta's Contribution to the Technique of Ancient Warfare », JHS 97 (1977), 13 [11-27].. Ce bouclier de grande dimension (parfois jusqu'à un mètre de diamètre) est particulier aux Grecs et est un des outils nécessaires à la phalange. Lourd de plus de six kilogrammes et encombrant, il est surtout utile en combat de groupe, ou chaque soldat s'appuie sur ceux de ses camarades pour se protéger. Son efficacité et sa résistance dans le cœur de la mêlée sont largement supérieures à celles des boucliers en osier, traditionnellement utilisés par les Perses et les Égyptiens. Le bouclier, avec la lance est l'équipement grec par excellence, ainsi, la perte du bouclier est considérée comme un terrible acte de lâcheté, condamnable dans la plupart des cités grecques. Certains boucliers hoplitiques classiques diffèrent de ce modèle. Il s'agit de boucliers dits de type béotien, de forme plus ovale et possédant deux échancrures sur le côté. Ces boucliers appartiennent traditionnellement aux périodes archaïques, mais il n'est pas impossible qu'ils aient survécu plus tard. On pense que ces boucliers étaient davantage construits en osier et donc, plus légers et capables d'être faits pendant la campagne.
Armure thumb|Jeune homme portant la panoplie complète de l'hoplite, stèle funéraire, 350–325 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes.|alt=
La cuirasse est constituée de deux plaques de bronze, l'une pour la poitrine et l'abdomen, l'autre pour le dos. Il s'agit de l'armure dite « en cloche » et parfois « musclée ». À l'époque archaïque, les plaques sont complètement séparées et attachées ensemble par des boucles et des courroies à la gauche, à la droite et aux épaules ; par la suite, les plaques sont reliées par une charnière sur le côté droit, de sorte que le bouclier les protège. Elles se terminent, au niveau des hanches, par une collerette qui permet une meilleure liberté de mouvement. Ce type de cuirasse, lourde mais efficace, est en vigueur du Elle est ensuite remplacée par des modèles plus légers à base de cuir et de plaques de bronze, à lambrequins ou entièrement en lin et en cuir (linothorax) ; cela permet bien souvent de réduire le poids de la panoplie.
Il existe différents types de casques. Le type de casque le plus représenté dans la peinture de vase et retrouvé en grand nombre dans les fouilles est appelé « corinthien ». Il est doté d'un protège-nez et de protège-joues. Il est constitué d'une plaque unique de bronze martelée, équipée de fixations pour une doublure en cuir ou en feutre. Il possède un cimier (lophos) en crin de cheval, le plus souvent du front vers la nuque ou plus rarement d'une oreille à l'autre. Son objectif est de protéger le plus possible la tête et le visage, au détriment de la vision, de l'ouïe et du confort du soldat (en particulier vis-à-vis de la chaleur). À partir du , le casque corinthien est progressivement remplacé, d'abord chez les Spartiates, par le pilos, une sorte de bonnet pointu en cuir rigide et plus rarement en bronze. D'autres types de casques, comme le type attique, copient le modèle corinthien, mais lui ajoutent des couvre-joues amovibles et des trous pour les oreilles, pour pallier les problèmes, sans trop enlever de protections.
Acquisition L'équipement hoplitique complet est assez coûteux. À la fin du , il représente au moins . Au , la panoplie qu'offre la cité de Thasos aux orphelins de guerre coûte , ce qui représente le prix d'un esclave qualifié. À Athènes, le service hoplitique n'est requis que des trois classes soloniennes les plus riches ; la quatrième, celle des thètes, fournit plus généralement des peltastes, des gymnètes ou des rameurs dans la marine athénienne. Certains thètes parmi les plus riches parviennent à s'acheter une panoplie, parfois de moins bonne qualité ou pourvue de cuir à défaut de bronze. Dans certains cas, nombre de cités décident d'armer à leurs frais les citoyens, ou pour les Spartiates, les hilotes.
Histoire vignette|Céramique représentant des hoplites, vers
Apparition Les hoplites combattent en phalange, formation qui se répand dans toute la Grèce antique probablement à partir du ., bien que les spécialistes hésitent entre la fin du et le début, voire le milieu, du Le terme de « révolution hoplitique » est présent chez de nombreux historiens. Cependant, il convient mieux aujourd'hui d'user du terme d'« évolution hoplitique ». Cette datation traditionnelle se fonde sur un passage de la Politique d'Aristote évoquant le remplacement des combattants à cheval (hippeis) par la phalange hoplitique. Néanmoins, ce passage d'Aristote s'appuie sur une absence supposée des descriptions de combats de masse chez Homère, ce qui est faux : LIliade décrit bien des affrontements de nature phalangique. Il est certain que des évolutions ont eu lieu à cette époque dans l'armement. La cuirasse a été modifiée, le bouclier s'est vu adjoindre une seconde courroie, permettant une meilleure prise. Cependant, certaines de ces améliorations remontent au : ainsi, la tombe renfermant la « cuirasse d'Argos » est datée de vers Par conséquent, on présente l'origine de la phalange comme une évolution progressive de l'équipement entre jusque , soit le au
La polis, facteur d'émergence de l'hoplite