Liberto Planas, né le 8 septembre 1941 à Almería (Andalousie), est un luthier d'art, guitariste concertiste et pédagogue espagnol installé en France. Il s’inscrit dans la lignée d’Antonio de Torres (1817-1892), luthier né dans la même province et considéré comme le père de la guitare classique moderne (la ville d’Almería possède d’ailleurs un musée qui lui est consacré).

Biographie Jeunesse et formation Fils d'un ferronnier d'art, Liberto Planas grandit dans le contexte difficile de l'après-guerre civile espagnole. À l'âge de 7 ans, le déclic pour la guitare classique survient en écoutant le Concerto d'Aranjuez à la radio nationale espagnole, dans l'interprétation historique de Narciso Yepes ; il commence alors l'apprentissage de l'instrument en autodidacte. À 11 ans, il rejoint Grenade à pied pour s'initier aux rudiments de la lutherie traditionnelle auprès des maîtres andalous de la région. À l'âge de 17 ans, ses compétences de guitariste lui permettent d'être remarqué par le virtuose Andrés Segovia, qui le prend comme disciple lors de ses cours à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Il parfait ensuite sa formation sur les instruments à cordes en effectuant un parcours européen qui le mène notamment à Mirecourt en France, à Crémone en Italie (où il étudie la lutherie du violon pendant deux ans), puis à Mittenwald en Allemagne.

Carrière de luthier et collaborations Installé à Paris dans le quartier de Montmartre (18e arrondissement), il établit d'abord son atelier d'art au 22, rue Durantin avant de s'installer au 5, rue Pierre Picard. Spécialisé dans la fabrication, le réglage et la restauration d'instruments de tous les continents, il est l'un des rares luthiers au monde à maîtriser l'ensemble des techniques de fabrication et de haute restauration de la plupart des instruments à cordes pincées et frottées (guitares classiques et flamencas, luths baroques, mandolines, ukulélés, violons ou rebecs). L'artisan précise avec amusement exclure la contrebasse de sa pratique, ce seul instrument occupant trop d'espace au sein de sa boutique. Il conçoit également des guitares alto à 11 cordes, un modèle d'instrument rare et recherché par les spécialistes. Reconnu pour son expertise du vernis au tampon, il consacre près de 350 heures de travail artisanal par instrument. Les essences de bois sélectionnées (palissandre du Brésil, acajou d'Afrique, wengé du Zaïre, cyprès d'Andalousie) subissent une phase de séchage naturel de plusieurs années au sein de l'atelier. Cette exigence explique l'absence de délais fixes pour la livraison ; la presse locale faisait ainsi état d'une liste d'attente s'étendant sur plus de douze ans, l'artisan honorant en 2026 les commandes de l'année 2012.

Ses créations et instruments de concert sont joués par d'éminents concertistes et professeurs de guitare classique, parmi lesquels Alberto Vingiano, Pablo Lentini Riva, Roberta Roman ou encore Mariapina Roberti. Sa clientèle internationale inclut la chanteuse folk Joan Baez, le groupe de rumba flamenca/ pop-flamenco Gipsy Kings, ainsi que des maîtres de la musique cubaine tels que Eliades Ochoa (membre du Buena Vista Social Club) et le joueur de tres Pancho Amat. En décembre 2014, il conçoit également une guitare d'art remise au dirigeant nord-coréen Kim Jong-un par l'intermédiaire de l'ambassadeur auprès de l'UNESCO.

Afin d'authentifier ses créations et de faire face aux contrefaçons sur le marché international, Liberto Planas intègre aussi discrètement dans ses instruments, en complément de son étiquette traditionnelle espagnole, un petit cartouche vertical dissimulé à l'intérieur de la caisse de résonance. Illustré par La Grande Vague de Kanagawa de Hokusai, il affiche son prénom calligraphié en caractères japonais katakana (リベルト), en hommage à son mariage avec une ressortissante japonaise.

Carrière de concertiste Guitariste concertiste à partir des années 1960, Liberto Planas se produit en récital sur les cinq continents, étant particulièrement sollicité en Australie, au Japon et en Amérique latine. Son répertoire de concert, qui comprend plus de 200 pièces, est centré sur le Siècle d'or de la guitare espagnole de 1588 à 1800, mais couvre également le flamenco et les musiques traditionnelles d'Amérique du Sud.

Le 10 avril 1976, son concert en l'église de Bullion fait l'objet d'un enregistrement intégral publié en double album par la maison Production MF. Interprété sur une guitare José Ramírez de 1969, cet enregistrement comprend un premier disque consacré à la guitare classique et aux rythmes flamencos, tandis que le second disque est dédié au folklore sud-américain et intègre une composition originale de l'artiste intitulée Zamba y Malambo (1973).

Enseignement et projets internationaux En novembre 1968, il est officiellement nommé professeur de guitare au Conservatoire municipal de musique et d'art dramatique d'Issy-les-Moulineaux, poste qu'il occupe pendant huit ans. Durant cette période, il est notamment le tout premier professeur de Roland Dyens, qui deviendra par la suite l'un des plus célèbres guitaristes-compositeurs français de renommée internationale.

En 1976, il procède au rachat de l'Académie internationale de guitare de Paris, qui s'impose alors comme l'un des plus grands centres spécialisés de la capitale avec plus de 300 élèves et une dizaine de professeurs. En 1989, il fonde la classe de lutherie de l'ADAC Métiers d'Art, devenue par la suite l'association Paris Ateliers subventionnée par la Ville de Paris, où il dispense des cours et des stages à l'antenne Flammarion.

Son activité pédagogique prend une envergure internationale par des interventions d'État. À Cuba, il dispense plusieurs années de formation technique en lutherie d'art auprès des ouvriers de la fabrique nationale de guitares Sindo Garay, intervenant au sein des ateliers de Santiago de Cuba et de La Havane. En 2011, il fonde un centre de lutherie à Pyongyang à la demande des autorités de la Corée du Nord pour y former des luthiers locaux. Ce projet se prolonge par un échange bilatéral, l'artisan accueillant par la suite des luthiers nord-coréens en perfectionnement au sein de son atelier parisien. Entre 2013 et 2014, ses compétences de maître-luthier et d'expert sont sollicitées à Pyongyang par les autorités de la République populaire démocratique de Corée pour auditer et restaurer la collection d'instruments de l'État. Face aux suspicions entourant l'authenticité d'une pièce maîtresse de la collection, un Stradivarius daté de 1686, il procède à une expertise approfondie en ouvrant l'instrument pour en analyser la structure interne. Il y mène également une campagne d'étude et de haute restauration sur un ensemble de pièces historiques attribuées aux maîtres Guarneri, Carcassi, Gagliano, Stradivari, Peconnet, Gobetti, Guadagnini et Panormo. En 2018, il poursuit ses activités de transmission internationale en enseignant spécifiquement la fabrication artisanale du violon et de l'alto.

Expositions et conférences En juin 2014, le Territoire Art et Creation (TAC) de Bois-Colombes, en partenariat avec l'association Le Chant des Hommes et avec le soutien de la DRAC Île-de-France, lui consacre une exposition-atelier rétrospective intitulée Huellas – sur les traces du Maître Luthier Liberto Planas.

Discographie 1976 : Liberto Planas en l'église de Bullion (Double album, Production MF). Enregistrement intégral du concert du 10 avril 1976, interprété sur une guitare José Ramírez de 1969. Disque 1 : Œuvres de Gaspar Sanz (Españoleta I & II), Robert de Visée (Suite Française), Matteo Carcassi (Cours d'études n°2 & 3), Jean-Sébastien Bach (Prélude en ré mineur), Francisco Tárrega (Lagrima), Heitor Villa-Lobos (Étude n°1) et pièces traditionnelles (Green Sleeves, Jeux interdits). Disque 2 : Œuvres de Heitor Villa-Lobos (Prélude n°3), Isaac Albéniz (Asturias), Miguel Llobet (El Testamento de Amelia), pièces traditionnelles (Gran Jota de Concierto, Malaguena, El Cóndor Pasa) et une composition originale de Liberto Planas (Zamba y Malambo, 1973).

Publications musicales Panorama de pièces pour guitare classique revues par Liberto Planas, Paris, Éditions J. Garzon, coll. « Albums pour guitare », numéro 26.

Notes et références

Françoise Bensignor, « Liberto Planas : Grand-Maître luthier de Montmartre et concertiste de renom », La Gazette de Montmartre, numéro 62, hiver 2017, p. 28-31. Correspondance officielle de la Délégation Générale de la RPD de Corée en France, 18 décembre 2014. Encarts documentaires et publicitaires, revues spécialisées japonaises. Notes biographiques, détails de l'instrument et programme intégral imprimés au verso de la pochette du double album Liberto Planas en l'église de Bullion, Production MF, 1976. Ville d'Issy-les-Moulineaux, Extrait du Registre des Arrêtés du Maire, 26 novembre 1968. Paris Ateliers, Fiche pédagogique du cours de Lutherie, antenne Flammarion, 2008. Liberto Planas, Certificats d'expertise et de restauration d'instruments du quatuor d'État rédigés à Pyongyang, 2013 et 2014. Association Le Chant des Hommes, annonce officielle de l'exposition Huellas, 10 juin 2014. Éditions J. Garzon, Catalogue de la collection Albums pour guitare, Paris.

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