Le pastoralisme au Bénin occupe une place prépondérante dans le secteur agricole national et génère des revenus pour des millions d'habitants. Le secteur de l'élevage contribue à hauteur de 13 % au produit intérieur brut agricole du pays, tandis que la valeur totale du cheptel béninois s'élève à environ 242 milliards de francs CFA.
Géographie et agroécologie Le Bénin fait partie du Sahel soudano-sahélien, une région caractérisée par une variabilité climatique élevée. Les ressources naturelles de pâturage sont les principales ressources fourragères utilisées au Bénin, contribuant à 74 % de la matière sèche disponible pour l'alimentation du bétail, tandis que les résidus de cultures représentent les 26 % restants.
Le nord du Bénin, principalement constitué des départements d'Alibori et de Borgou, héberge près de 70 % du cheptel national et est le cœur de la pratique pastorale et agropastorale. Cette région aride à semi-aride, avec une pluviométrie variant entre 600 et 1 000 millimètres annuels, offre les conditions climatiques propices à l'élevage extensif.
En saison sèche, les pâturages du nord deviennent progressivement dégradés et insuffisants, poussant les éleveurs à migrer vers le sud du pays où règne un climat plus humide. En revanche, en saison des pluies, les éleveurs béninois et nigériens retournent vers les parcours septentrionaux qui verdissent avec la reprise des précipitations.
Elevage transhumant vignette La transhumance est le déplacement saisonnier des troupeaux vers des zones d'accueil.
Au nord du Bénin, les animaux transhumants se composent principalement de bovins, de petits ruminants (ovins et caprins) et, dans une moindre mesure, d'équidés. Le troupeau moyen des éleveurs en mobilité territoriale atteint 46,8 têtes, tandis que les éleveurs en mobilité transfrontalière disposent de troupeaux plus importants, qui avoisinent 105,2 têtes en moyenne.
D'avril à mai, les éleveurs nigériens se déplacent vers les pâturages septentrionaux béninois. Le retour au Niger s'effectue entre juillet et août, une fois que les troupeaux ont bénéficié des ressources pastorales renouvelées. Un second flux concerne les éleveurs béninois et nigérians qui arrivent au Niger entre janvier et février, fuyant les maladies saisonnières et à la recherche des pâturages de meilleure qualité dans le sud.
Systèmes d'élevage et structure des troupeaux vignette Au sein des élevages bovins traditionnels du Nord-Bénin (départements du Borgou et de l'Alibori), les troupeaux sont dominés par une proportion de femelles, qui atteint 76 % de l'effectif global. Les mâles représentent 24 % du cheptel.
Les troupeaux affichent une taille moyenne de 66 animaux par exploitation, avec une nette prévalence de la race locale Borgou (86 %).
La production laitière reste un élément majeur des systèmes pastoraux béninois. Plus de 260 000 vaches laitières produisent environ 113 millions de litres de lait en 2013.
Les éleveurs utilisent les résidus de maïs (53,14 % des résidus), de sorgho (8,41 %), de mil (5,91 %), de soja (8,1 %) et de riz (5 %) pour nourrir leurs troupeaux en saison sèche.
Économie pastorale et revenus La vente de produits laitiers, de viande et d'animaux vivants génère des revenus directs.
Au sud du Bénin, notamment dans les communes de Sô Ava, Dangbo et Abomey-Calavi, l'élevage bovin contribue à 20 % aux revenus des éleveurs, coexistant avec des activités agricoles et piscicoles.
Ressources pastorales et accès à l'eau En réponse aux grandes sécheresses des années 1970, le Bénin a intensifié la construction d'aménagements hydro-agricoles. D'abord conçues pour l'abreuvement du bétail, ces infrastructures ont été progressivement diversifiées pour intégrer l'irrigation, l'aquaculture et de nouveaux usages communautaires.
La rivalité entre agriculteurs, éleveurs et pisciculteurs génère de fréquentes tensions autour des points d'eau.
Acteurs du pastoralisme transhumant Les populations pastorales du nord du Bénin sont composées principalement de Peuls (Fulani), accompagnés d'autres groupes ethniques pratiquant l'élevage. Les Peuls forment le groupe pastoral dominant dans la région sahélienne ouest-africaine et ont développé au cours des siècles un savoir-faire en matière de gestion des troupeaux et d'adaptation aux conditions arides.
Calendrier pastoral et itinéraires de transhumance Au Bénin, la transhumance s'organise selon un calendrier pastoral calqué sur les variations climatiques locales qui alterne les périodes de forte disponibilité fourragère et de pénurie. Dans les communes d'accueil comme Djidja au Sud-Bénin, ce cycle intègre des subdivisions traditionnelles (comme le Cheedu ou saison sèche chaude) qui dictent précisément les départs ou retours des troupeaux.
Les bêtes transitent de manière cyclique par des zones protégées, à l'instar de la forêt classée de l'Alibori. Les itinéraires empruntés suivent des couloirs de passage interconnectés. La dégradation des parcours, le tarissement des points d'eau et l'obstruction de ces axes à la périphérie des grands espaces comme la réserve de biosphère transfrontalière du W perturbent la mobilité et accentuent les risques de conflits avec les communautés agricoles sédentaires.
Effets du changement climatique sur la transhumance Le nord du Bénin subit des transformations climatiques. La température moyenne augmente de 0,5 à 1 °C et le nombre de jours pluvieux diminue de 11 à 28 %.
Les sécheresses prolongées réduisent la quantité et la qualité des fourrages disponibles, forçant les éleveurs à adapter leurs stratégies de mobilité. Certains adoptent des migrations plus courtes et plus imprévisibles et cherchent à éviter les zones affectées par l'insécurité ou les confrontations violentes avec les communautés locales.
Le changement climatique amplifie également la dégradation des parcours naturels.
Conflits agro-pastoraux Les tensions entre agriculteurs et éleveurs transhumants se sont intensifiées au cours des dernières décennies. L’expansion des terres agricoles au détriment des zones pastorales traditionnelles entraîne un rétrécissement structurel des couloirs de transhumance. Cette dynamique accroît la fréquence des dommages aux cultures, générant ainsi des conflits d'usage récurrents entre communautés d'agriculteurs et d'éleveurs.
Dans la commune de Tchaourou, des évaluations économétriques nuancent l'efficacité des politiques d'aménagement pastoral. Les recherches démontrent que les dispositifs actuels, tels que le traçage des couloirs de transhumance, s'avèrent insuffisants pour endiguer les tensions.
Références
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