La pollution des eaux est l'un des défis environnementaux majeurs du Bénin. Elle touche les écosystèmes lagunaires côtiers du sud du pays, notamment le lac Nokoué, la lagune de Porto-Novo et la lagune côtière de Ouidah, qui subissent une dégradation progressive due à l'urbanisation rapide, aux activités humaines intensives et à la gestion insuffisante des déchets.
Contexte géographique et importance économique Le Bénin a une configuration géographique avec une plaine côtière méridionale dont l'altitude ne dépasse nulle part 10 mètres. Le lac Nokoué, s'étend sur 150 km² et accueille les plus grandes cités lacustres d'Afrique de l'Ouest, dont le célèbre village de Ganvié. La lagune côtière de Ouidah s'étend sur 4 000 hectares et est alimentée par les eaux continentales et marines.
Ces lagunes possèdent une biodiversité, abritant diverses espèces de poissons, crustacés, crevettes, mollusques et mangroves. Sur le plan économique, la pêche continentale contribue pour 75 à 80% à la production halieutique nationale et participe pour 31% à la consommation nationale de protéines animales.
Le lac Nokoué est le plus productif de l'Afrique de l'Ouest avec une production annuelle en poisson dépassant 1 à 2 tonnes par hectare, et environ 15 000 pêcheurs en tirent leur subsistance.
Origines et sources de pollution des eaux
Rejets d'eaux usées et pollution urbaine L'urbanisation non planifiée du sud du Bénin, particulièrement à Cotonou, entraîne une augmentation significative des déchets solides et liquides. Une part importante de ces résidus est déversée dans les caniveaux ou dans l'environnement, sans traitement préalable. Les eaux usées domestiques constituent une source majeure de pollution des lagunes côtières.
Des études prélevées au collecteur de Dantokpa à Cotonou ont révélé des teneurs élevées en orthophosphates et en minéraux azotés (ammonium, nitrate et nitrite), ainsi qu'une forte conductivité électrique et un faible taux d'oxygène dissous.
Pollution par les déchets solides et plastiques Malgré l'adoption en 2017 d'une loi interdisant la production, l'importation et la commercialisation des sachets plastiques non biodégradables, ces résidus continuent de proliférer.
À Cotonou, Porto-Novo et Abomey-Calavi, les canaux d'évacuation des eaux pluviales et les collecteurs de déchets solides sont régulièrement obstrués par des tonnes de déchets plastiques. Cette situation aggrave les inondations urbaines lors des saisons des pluies.
La prolifération de ces détritus impacte également les écosystèmes aquatiques, notamment le lac Nokoué et la lagune de Cotonou, où les microplastiques intègrent progressivement la chaîne alimentaire avec des conséquences directes sur la faune aquatique et sur la santé humaine.
Pollution fécale et défécation à l'air libre La défécation à l'air libre et les pratiques insuffisantes d'hygiène et d'assainissement sont des facteurs de pollution des ressources hydriques au Bénin. Dans les localités riveraines du complexe du lac Nokoué, une étude révèle en 2024 que l'insuffisance d'infrastructures sanitaires conduit 64 % des ménages à pratiquer la défécation à l'air libre ou directement au-dessus des plans d'eau. La gestion précaire des eaux usées, marquée par l'utilisation de latrines sur pilotis sans fosse (7 %) et de fosses simples non ventilées (32 %), entraîne le déversement direct de matières fécales dans l'écosystème.
Contamination par les métaux lourds Les concentrations en métaux lourds détectées dans les eaux, les sédiments et les tissus biologiques de poissons du lac Nokoué dépassent les normes internationales établies par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
L'accumulation de ces métaux lourds dans les organismes aquatiques pose des risques pour la santé humaine, particulièrement pour les populations de pêcheurs qui consomment le poisson issu de ces lagunes polluées.
Les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets neurotoxiques du mercure et à la toxicité générale des métaux lourds accumulés.
Impacts écologiques et menaces sur la biodiversité La pollution chimique et anthropique qui sévit dans le complexe lac Nokoué - lagune de Porto-Novo perturbe l’équilibre global de cet écosystème aquatique. L'introduction constante de polluants urbains, de sédiments et de résidus d'hydrocarbures altère la qualité physico-chimique des eaux, réduit la transparence moyenne à seulement 0,54 mètre et augmente de manière critique la Demande Chimique en Oxygène (DCO).
Cette détérioration du milieu entrave le fonctionnement biologique normal de la faune aquatique et menace directement les poissons. Les inventaires scientifiques révèlent une baisse globale de la biodiversité locale, le nombre total d'espèces de poissons recensées étant tombé à 62, contre 78 espèces identifiées lors des décennies précédentes.
Références
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