François de Jussac d'Ambleville, dit le sieur de Saint-Preuil, né en 1599 et mort décapité le à Amiens, est un gentilhomme et militaire français du règne de Louis XIII.

Capitaine aux gardes du roi puis maréchal de camp, il se distingue lors de la défense de l'île de Ré, fait prisonnier le duc Henri II de Montmorency à la bataille de Castelnaudary et participe aux campagnes menées contre l'Espagne en Picardie et en Artois. Après la conquête française d'Arras en 1640, il est nommé gouverneur de la ville.

Sa réputation de soldat courageux s'accompagne cependant d'accusations de violences, d'exactions et de prélèvements arbitraires sur les populations civiles. Après avoir attaqué en 1641 une garnison espagnole bénéficiant d'un sauf-conduit royal, il perd la protection de Louis XIII, est arrêté puis condamné à mort par une commission extraordinaire.

Sa tête embaumée, retrouvée en 1804, est conservée dans les collections du musée de Picardie.

Biographie

Origines et débuts militaires

François de Jussac d'Ambleville naît en 1599 dans une famille noble originaire de l'Angoumois. Sa mère est une nièce de l'écrivain Pierre de Bourdeille, dit Brantôme.

D'après les Archives départementales du Pas-de-Calais, il entre dans la carrière militaire dès l'âge de quatorze ans. Il commande d'abord au Havre sous l'autorité du duc de Richelieu, neveu du cardinal.

Sa première campagne précisément documentée paraît toutefois remonter à 1622. En 1627, il participe à la défense de l'île de Ré contre l'expédition anglaise commandée par le duc de Buckingham.

Il devient ensuite capitaine aux gardes du roi. Les récits biographiques qui lui sont consacrés insistent sur son courage, mais aussi sur son tempérament violent et querelleur.

Capture du duc de Montmorency

En 1632, Saint-Preuil prend part à la bataille de Castelnaudary, qui oppose l'armée royale du maréchal Henri de Schomberg aux forces révoltées de Gaston d'Orléans et du duc Henri II de Montmorency.

Montmorency, grièvement blessé au cours d'une charge contre les lignes royales, est fait prisonnier par Saint-Preuil. Le duc est ensuite jugé pour rébellion et exécuté à Toulouse le 30 octobre 1632.

Ce fait d'armes renforce la réputation de Saint-Preuil et lui permet de gagner les faveurs du cardinal de Richelieu.

Campagnes de Picardie et d'Artois

Après l'entrée ouverte de la France dans la guerre contre l'Espagne en 1635, Saint-Preuil est employé sur la frontière septentrionale du royaume. Il est nommé maréchal de camp, grade d'officier général de l'armée royale.

Son ardeur au combat lui vaut le surnom de « Teste de fer ». En 1636, lors de l'offensive espagnole en Picardie, il est chargé de la défense de la place de Corbie. Les Archives du Pas-de-Calais soulignent son courage et son habileté pendant cette campagne.

Il exerce ensuite les fonctions de gouverneur d'Ardres. En 1638, il est appelé au gouvernement de Doullens, place forte qui devient l'un des principaux points d'appui des opérations françaises en Artois.

Le compte rendu de sa biographie publié en 1859 indique qu'il devait également participer au siège de Saint-Omer, mais qu'il arrive après la levée du siège.

Siège et gouvernement d'Arras

En 1640, l'armée française entreprend le siège d'Arras, alors capitale de l'Artois espagnol. La place de Doullens, commandée par Saint-Preuil, sert de point d'appui et de ravitaillement aux troupes assiégeantes.

Après environ deux mois de combats, Arras capitule le 9 août 1640. En récompense de ses services, Louis XIII nomme Saint-Preuil gouverneur de la ville nouvellement conquise.

La situation politique y demeure difficile. Une partie importante de la population reste attachée à la monarchie espagnole, tandis que la garnison française doit consolider une place située à proximité immédiate de la frontière.

Saint-Preuil se montre cependant moins habile dans l'administration de la ville que sur le champ de bataille. Menant un train de vie coûteux et fortement endetté, il recourt à des exactions et à des mesures arbitraires afin de financer son gouvernement et de rembourser ses créanciers.

Son caractère violent et hautain lui attire plusieurs adversaires importants, notamment le maréchal de La Meilleraye et le secrétaire d'État à la Guerre François Sublet de Noyers.

Au cours de l'année 1641, il participe également à la prise du fort de l'Écluse, présentée dans le compte rendu de la Bibliothèque de l'École des chartes comme son dernier fait d'armes connu avant son arrestation.

Disgrâce et procès

Attaque de la garnison de Bapaume

Le 18 septembre 1641, La Meilleraye s'empare de Bapaume. Les soldats espagnols qui défendent la place sont autorisés à se retirer vers Douai. Ils bénéficient pour leur sécurité d'un sauf-conduit, d'une escorte et d'un trompette français.

Surprise par la nuit, la garnison espagnole s'arrête près du village de Dury, à mi-chemin entre Bapaume et Douai. Saint-Preuil, qui semble ne pas avoir été correctement informé des conditions de la capitulation, attaque la troupe avec ses hommes et la fait dépouiller.

Lorsqu'il apprend que les Espagnols bénéficiaient d'une protection accordée au nom du roi, il présente ses excuses et tente de leur restituer ou de leur rembourser les biens pris. La violation du sauf-conduit compromet néanmoins la parole royale et précipite sa chute.

Arrestation et accusations

Le 24 septembre 1641, Saint-Preuil est arrêté par La Meilleraye et conduit à la citadelle d'Amiens. Il comparaît devant ses juges à partir du 3 novembre.

L'affaire est confiée à une commission extraordinaire. Le procès est très rapide, bien qu'il mobilise un nombre important de témoins. Selon l'historienne Hélène Fernandez, environ cent trente personnes auraient été entendues, mais l'essentiel des pièces de la procédure a depuis disparu.

Les accusations ne se limitent pas à l'affaire de Bapaume. Saint-Preuil est notamment poursuivi pour :

des exactions, concussions et prélèvements arbitraires sur les habitants des territoires placés sous son autorité ; des corvées imposées sans fondement légal ; des violences commises contre des officiers de justice et des agents du roi ; des perquisitions et des voies de fait contre les religieuses du couvent de La Thieuloye ; l'homicide d'un meunier nommé Guillain, soupçonné d'entretenir des relations avec l'ennemi ; différentes atteintes aux devoirs attachés à sa charge de gouverneur.

Les Archives du Pas-de-Calais mentionnent également un conflit avec un commissaire aux vivres apparenté à Sublet de Noyers et les mauvaises relations de Saint-Preuil avec La Meilleraye.

Interprétation historique du procès

Une tradition postérieure a principalement expliqué la condamnation de Saint-Preuil par une rivalité amoureuse avec La Meilleraye. Les Archives départementales du Pas-de-Calais considèrent cette explication comme insuffisante : si les rivalités personnelles ont probablement contribué à sa disgrâce, les accusations formulées contre lui reposent également sur des faits documentés.

Hélène Fernandez rapproche son procès de celui du maréchal Louis de Marillac, exécuté en 1632. Les deux hommes sont poursuivis pour des violences et des prélèvements exercés sur les populations civiles, mais seulement après avoir perdu la protection politique dont ils bénéficiaient.

Selon cette analyse, le pouvoir royal avait longtemps toléré certaines pratiques illégales de Saint-Preuil en raison de sa valeur militaire, de son courage et de son efficacité contre les Espagnols. L'attaque de la garnison de Bapaume, en mettant directement en cause la parole de Louis XIII, entraîne le retrait de cette protection. Les violences jusque-là supportées deviennent alors susceptibles d'être poursuivies devant une juridiction extraordinaire.

Les contemporains peuvent ainsi considérer l'affaire comme un « procès d'État », sans que cette dimension politique rende fictifs les crimes et exactions reprochés à l'accusé.

Condamnation et exécution

La commission extraordinaire reconnaît Saint-Preuil coupable d'exactions, de prélèvements illégaux, de violences envers des officiers royaux, de l'homicide du meunier Guillain et d'autres manquements à sa charge.

Les Archives du Pas-de-Calais qualifient la procédure de « manifestement inique », tout en soulignant que les faits sur lesquels elle s'appuie ne sont pas entièrement inventés.

Saint-Preuil est condamné à mort et décapité le 9 novembre 1641 sur la place de l'hôtel de ville d'Amiens. Il est âgé de 42 ans.

Le compte rendu publié par la Bibliothèque de l'École des chartes rapporte qu'il quitte la grande salle de l'hôtel de ville et marche avec fermeté jusqu'au lieu de son exécution.

Dépouille et conservation de sa tête

Après l'exécution, le corps de Saint-Preuil est inhumé dans l'église du couvent des Feuillants d'Amiens. Sa tête est embaumée selon une pratique alors réservée aux membres des élites : la boîte crânienne est ouverte afin d'en retirer les tissus internes et d'y placer des produits desséchants, aromatiques et antiputrides.

En 1804, des travaux sont entrepris sur le terrain de l'ancienne église, démolie quelques années auparavant. Les restes de Saint-Preuil sont alors découverts. Sa tête, placée entre les jambes du squelette, est recueillie et déposée dans le cabinet d'histoire naturelle d'Amiens.

Elle entre ensuite dans les collections du musée de Picardie, où elle est conservée dans les réserves. Elle est présentée au public en 1987 lors de l'exposition Mille ans, mille têtes en Picardie.

En 1880, le peintre bordelais Charles Camarroque réalise une gravure à la pointe sèche représentant la tête embaumée. L'estampe, qui comprend également un portrait de Saint-Preuil de son vivant, est conservée aux Archives départementales du Pas-de-Calais sous la cote 3 Fi 886.

Historiographie

L'exécution de Saint-Preuil donne lieu, dès le , à plusieurs études historiques.

En 1854, Eugène Lecesne publie dans les Mémoires de l'Académie d'Arras une étude intitulée « Un procès criminel au ».

En 1859, l'érudit amiénois Auguste Janvier lui consacre une monographie de 139 pages, intitulée François de Jussac d'Ambleville, sieur de Saint-Preuil, maréchal des camps et armées du roi Louis XIII. L'ouvrage est notamment fondé sur les mémoires et les documents historiques accessibles à son époque.

Un compte rendu paru la même année dans la Bibliothèque de l'École des chartes reconnaît l'intérêt de certains éléments du livre, tout en critiquant son style et la liberté prise par l'auteur dans son récit.

En 1998, Jean Lombard étudie les représentations littéraires de son procès dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de Picardie.

L'étude publiée en 2008 par Hélène Fernandez renouvelle l'interprétation du procès en le replaçant dans le cadre de la justice retenue de Louis XIII, de la répression des violences militaires contre les civils et du retrait de la grâce royale.

Voir aussi Bibliographie . . . .

Articles connexes Bataille de Castelnaudary Siège d'Arras (1640) Guerre franco-espagnole Maréchal de camp Justice retenue

Liens externes « Qui veut la tête de Saint-Preuil ? », Archives départementales du Pas-de-Calais. Numérisation de la biographie d'Auguste Janvier, L'Armarium. Étude d'Hélène Fernandez sur le procès de Saint-Preuil, OpenEdition Books.

Notes et références

Catégorie:Militaire français du XVIIe siècle Catégorie:Personnalité de l'Ancien Régime Catégorie:Personnalité liée à Arras Catégorie:Condamné à mort exécuté en France au XVIIe siècle Catégorie:Condamné à mort exécuté par décapitation Catégorie:Naissance en 1599 Catégorie:Décès en novembre 1641 Catégorie:Décès à Amiens Catégorie:Décès à 42 ans