vignette|268x268px|Caraïbes vignette|268x268px|Îles de l'Océan Indien Les Indo-Caribéens sont une minorité ethnique des Caraïbes et de l'Océan Indien originaire du sous-continent indien. Ils descendent des travailleurs engagés par les Britanniques, les Néerlandais et les Français pendant l'ère coloniale, de la fin de l'esclavage (au milieu du ) au début du .

Si l'engagisme prévoit, à l'origine, un retour en Inde pour les travailleurs, la réalité est tout autre : une grande partie des engagés déplacés restent dans les Caraïbes et dans l'Océan Indien à la fin de leur contrat. En fonction des régions, le traitement historique de ces populations varie fortement : Maurice est considéré comme un des territoires les plus cruels durant la période engagiste et de nombreux rapports sont rédigés sur les mauvaises conditions de vie sur les plantations caribéennes. Cependant, la force de pression du capitalisme fait durer le travail forcé pendant environ 70 ans.

Dès la Seconde guerre mondiale apparaissent de nouvelles vagues de migrations indiennes à la fois au départ de et vers les Caraïbes. La culture indo-caribéenne se renforce à partir des années 1990 dans la région ainsi qu'à New York, aux Pays-Bas et en Angleterre grâce à leur diaspora. L'héritage indien des Caraïbes investit tous les pans de la culture : de la cuisine à la littérature en passant par la musique, le sport et le cinéma.

Répartition En 2021, on estime à environ 2,5 millions la population indo-caribéenne dans le monde. Elle réside notamment à Trinité-et-Tobago et au Guyana où elle représente 40% de la population, et à Suriname où elle représente 27% de la population. Elle est aussi présente sur les autres îles des Caraïbes : la Guyane, la Martinique (2 à 3%), la Guadeloupe (7 à 15%) et la Jamaïque. Les chercheurs estiment à 12% la part d'Indo-descendants dans les Caraïbes anglophones.

La CARICOM comprend les pays suivants : Antigua-et-Barbuda, Belize, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, Montserrat, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Suriname et Trinité-et-Tobago. Cependant, la région des Caraïbes est souvent étendue aux Mascareignes en ce qui concerne l'identité indo-caribéenne, notamment Maurice qui est, à la période engagiste, un centre important de la migration forcée.

Les Caribéens originaires d'Inde représentent également une part importante de la population états-unienne, canadienne, britannique et néerlandaise bien que les estimations soient incertaines.

Identité indo-caribéenne

Terminologie Les populations issues de l'émigration indienne aux Caraïbes portent des noms différents en fonction des régions et des cultures auxquelles elles appartiennent : Indo-Caribéens, Indo-Caraïbiërs, Hindous des Caraïbes, Desi Caribéens. En anglais, surtout aux États-Unis, elles se désignent parfois par le terme ou . Lomarsh Roopnarine propose le terme pour désigner les Indo-descendants. L'état indien inclue les Indo-Caribéens les plus diplômés dans la désignation (NRI).

Dans la francophonie, les Indo-Caribéens sont désignés par le terme Malbar ou Malabar (en référence à leur région d'origine majoritaire) ou Tamoul.

Historiquement, les Indo-Caribéens sont appelés Girmitiya, Hindoustanis, Kantraki, Mulki (Mulkin au féminin), Jahazi (Jahazin au féminin). À Suriname, ils sont appelés Hindustani. Ils sont aussi désignés par le terme Coolie en anglais, qui englobe tous les engagés d'Asie pendant la période coloniale, et qui est aujourd'hui considéré comme péjoratif. Il fait l'objet d'efforts de réhabilitation de la part d'écrivains et chercheurs depuis les années 1990.

Sentiment d'appartenance vignette|304x304px|Procession d'Indiens musulmans à Trinité-et-Tobago (1948) Au , le terme « Créole » désigne exclusivement la majorité métis afro-européenne des Caraïbes. Les Indo-Caribéens s'en distinguent catégoriquement. Cependant, ils ne forment pas une entité culturelle unique mais, au contraire, ont évolué différemment en fonction des régions. L'existence même d'une communauté indo-caribéenne est contestée car la recherche, jusqu'aux années 2010, l'aborde selon des explications jugées simplistes par Lomarsh Roopnarine. Par ailleurs, la colonisation française impose l'effacement culturel des Indo-descendants de Martinique et de Guadeloupe par des politique d'intégration forcée.

Les NRI, des Indiens ayant émigré librement aux Caraïbes après 1947, et leurs descendants, ne se reconnaissent pas dans la culture indo-caribéenne. Ils se voit plutôt comme strictement Indiens. Historiquement, ils tendent à mépriser les Indo-Caribéens dont ils considèrent la culture et l'identité comme « impure ». Cette conception provient de la perte de deux éléments culturels fondamentaux pour les Indiens d'Inde : le système de caste et la religion (hindoue ou musulmane). À Sainte-Lucie, Grenade et Saint-Vincent, les Indo-descendants ont perdu ces aspects identitaires et sont considérés par les Indiens d'Inde comme appartenant à la même catégorie ethnique que les Afro-descendants.

Dans les pays où les Indo-descendants forment une part importante de la population, les coutumes indiennes restent mais se mélangent aux valeurs occidentales, ce qui entraîne la transformation du système de caste en système de classe, plus poreux. Leurs attaches à la culture indienne est souvent transmise par la production bollywoodienne, en plus des coutumes familiales et communautaires.

Il est cependant clair qu'ils forment un groupe culturel distinct, bien que leur mode de vie ne soit pas le même qu'il aurait été en Inde. Les liens entre les Indo-Caribéens, forgés dans le travail et la migration forcée, sont souvent expliqués par le paradigme du « jahaji-bhai » (en français : frères de navire). Le terme tient son origine de la période engagiste, et désigne les relations d'entraide qui naît sur les bateaux d'engagés. Les Indiens déplacés doivent recréer des liens communautaires en l'absence de famille et de structure sociale pré-établie.

Conceptualisation vignette|Gayatri Spivak, figure indienne des études postcoloniales (2012) Dans les années 1980, les chercheurs considèrent les Indo-Caribéens comme un peuple créole, c'est-à-dire qu'ils auraient développé une culture et un mode de vie fondamentalement différent de leurs ancêtres Indiens d'Inde. Ce phénomène et cette théorie sont nommés créolisation. Ce concept décrit habituellement les population afro-descendantes issues de l'esclavage qui ont perdu l'attache à leurs racines et leur cultures africaines. Les Indo-Caribéens, au contraire, gardent un mode de vie hérité de l'Inde, au moins en partie, surtout dans les régions à forte population indo-descendante.

En opposition à la créolité naît le concept d'Indianité, d'abord élaboré par Laurent Farrugia et Michel Ponnamah puis transformé en projet politique dans les Antilles françaises à la fin des années 1980 par Gilbert Francis Ponaman et Ernest Moutoussamy. Le premier Festival de l'Indianité est organisé en Guadeloupe en 1991. Dans les années 1990, Homi Bhabha traite de la même problématique sous le terme « hybridation ». L'Indianité est une façon de revendiquer la différence indienne au sein du système français qui impose l'intégration culturelle, c'est-à-dire la suppression des différences au nom d'une identité nationale commune. Avec le temps, l'Indianité est revendiquée par de nombreuses personnes différentes, dont des groupes politiques qui recherchent un « retour » aux valeurs hindoues traditionnelles.

Les années 2000 sont marquées par le concept de la coolitude, mis au point par Rajkumari Singh, Khal Torabully et David Dabydeen, et étayée par la suite en réaction à l'hypothèse de la créolisation. Depuis les années 2010, la coolieologie, une théorie élaborée par Marina Carter en 2002 et dérivée du concept de coolitude, cherche à comprendre l'impact contemporain du passé engagiste sur les Indo-descendants.

Les Douglas sont les enfants nés d'un parent Africain et Indien dans les Caraïbes, surtout au Guyana, à Trinité-et-Tobago et à Suriname. Le terme est d'origine hindoue et signifie « mélange ». La douglarization est un phénomène datant de la période engagiste, quand les populations indo-descendantes et afro-descendantes commencent à se mélanger. Historiquement, ces enfants et leurs parents sont victimes de stigmatisation, surtout de la part des populations indiennes.

Les efforts de de compréhension par les concepts de coolitude, indianité et créolisation sont souvent critiqués pour leur tendance à éluder l'expérience féminine au sein de l'identité indo-caribéenne. Ils posent également de nombreux soucis liés à l'essentialisme, puisqu'ils supposent un « héritage indien » homogène, souvent limité aux traditions hindoues, qui pourrait être délivré tel quel de génération en génération. En réalité, l'ethnicité indienne et la culture caribéennes impactent différemment les individus en fonction de leur héritage familial spécifique, leur genre, leur religion, leur orientation sexuelle et leur implantation géographique ou nationale.

Histoire de l'engagisme : 1828-1912 vignette|316x316px|Village indien en Guyane britannique (env. 1880) L'émigration forcée des Indiens dans les colonies européennes est remarquée dès la fin du , cependant, c'est au qu'elle se développe massivement. Entre 1838 et 1917, plus d'un demi million d'Indiens sont transportés depuis le Raj britannique vers les Caraïbes sous un contrat d'engagisme, selon les rapports officiels. Selon d'autres sources, il s'agirait plutôt d'1,5 millions, dont seulement 90,000 seraient retournés en Inde. Ces chiffres ne tiennent pas compte de l'immigration illégale et des lacunes des documents pédatant 1860, date à laquelle les registres commencent à être mieux tenus. L'historien Hugh Tinker estime le chiffre réel à plus de 2 millions.

Dans le système engagiste, un Indien doit travailler gratuitement pendant 3 à 10 ans pour le propriétaire terrien qui a financé son trajet en bateau, sous le prétexte d'un apprentissage. Leurs conditions de travail s'apparentent à l'esclavage qui vient d'être abolit et leur retour en Inde n'est pas garantit.

La majorité des Indo-Caribéens sont issus des population des régions de Bhojpur et Awadh, au sein de la ceinture hindie, et de la région du Bengale qui regroupe aujourd'hui les États Uttar Pradesh, Bihar, Bengale et Jharkhand. Une minorité provient de la province historique de Madras, principalement des États Tamil Nadu et Andhra Pradesh. La plupart des Indo-Caribéens francophones viennent des régions sud de l'Inde, tandis que ceux de Barbade sont majoritairement issus du Bengale et de Gujarat. Les populations déplacés partent le plus souvent du port de Calcutta et proviennent de toutes les castes et religions d'Inde.

La politique du laissez-faire : 1826-1860 Dès 1826, un arrêté français décrit le protocole à suivre pour importer des Indiens à La Réunion. Les autorités indiennes ne s'aperçoivent du phénomène que quatre ans plus tard, alors que 3,000 personnes ont déjà été déplacées.

C'est à partir de 1833 que l'émigration s'accélère. À cette date est promulguée le Slavery Abolition Act pour mettre fin à l'esclavage au sein de l'Empire britannique. Les esclaves des colonies peuvent quitter leurs anciens propriétaires, qui, en théorie, ne peuvent donc plus exploiter leurs plantations de coton et de canne à sucre. En réalité, les colons gardent de nombreux ex esclaves sous leur joug en utilisant des stratagèmes divers. Quoiqu'il en soit, l'économie européenne est à la recherche de corps dociles pour travailler sur les plantations, au plus bas coût possible.