Gisela von Poellnitz, née le et morte le à Prague, est une journaliste, communiste et résistante au régime nazi allemande. Sous le Troisième Reich, elle est un membre notable du groupe de résistance antifasciste berlinois constitué autour de Harro Schulze-Boysen, que l'Abwehr désignera plus tard sous le nom d'« Rote Kapelle ».
Von Poellnitz est, durant toute sa vie, atteinte d'une affection pulmonaire, qui s'aggrave progressivement au fil de ses arrestations répétées par la Gestapo. Lors de sa dernière arrestation, elle contracte la tuberculose après cinq mois de détention. Sa médecin, Elfriede Paul, organise son admission dans un sanatorium en Suisse, mais elle ne s'en remet jamais, mourant à l'âge de vingt-huit ans.
Biographie Fille de diplomate, von Poellnitz est membre de la Ligue des jeunes communistes d'Allemagne (KJVD) à Hambourg avant 1933. En raison de ses origines aristocratiques et de ses nombreux voyages, elle n'est pas prise au sérieux par ses camarades du groupe communiste. En novembre 1933, elle est arrêtée par la Gestapo, interrogée pour ses activités communistes et sévèrement battue. Pour avoir rendu les coups, elle est incarcérée pendant deux mois à la prison de Fuhlsbüttel.
En 1934, de nouveau surveillée, elle est fouillée par un agent de la Gestapo. Celui-ci découvre, dissimulée dans ses sous-vêtements, une brochure de l'organisation interdite Rote Hilfe (Secours rouge), mais la jeune femme parvient à s'en saisir, à la déchirer et à en avaler les morceaux. Elle passe néanmoins deux mois supplémentaires en prison et se voit, à titre de sanction additionnelle, refuser le permis de conduire. La Gestapo conclut bientôt qu'elle n'est pas une militante de gauche fervente ni dogmatique, ses activités au sein du KJVD, puis du Parti communiste d'Allemagne (KPD), ne traduisant qu'une soif d'aventure.
Au milieu des années 1930, grâce à l'aide de sa cousine éloignée Libertas Schulze-Boysen, elle trouve un emploi de sténodactylographe à l'agence de presse United Press. Elle devient par la suite journaliste sous la direction de Gösta von Uexküll.
Le Groupe Schulze-Boysen gauche|vignette| Le groupe Schulze-Boysen en Allemagne En 1937, von Poellnitz, devenue militante antifasciste, se lie d'amitié avec l'écrivain et pacifiste Günther Weisenborn. Tous deux participent aux réunions privées qui se tiennent habituellement dans l'appartement de Schulze-Boysen, et parfois dans celui du sculpteur Kurt Schumacher. Rebelle et aventurière, von Poellnitz, tout comme Weisenborn, ne se satisfait pas de ces rencontres en petit comité ni du silence face à la tyrannie hitlérienne. À la même époque, Schulze-Boysen délaisse le nationalisme révolutionnaire allemand pour se rapprocher de l'idéologie communiste.
La même année, von Poellnitz reçoit de Schulze-Boysen des informations sur la guerre d'Espagne. Elle rédige alors des tracts sur le conflit, qu'elle remet à Elfriede Paul, laquelle les distribue elle-même dans les boîtes aux lettres de Berlin.
Toujours en 1937, Schulze-Boysen a compilé un bref document d'information sur une opération de sabotage préparée à Barcelone par la Wehrmacht — une action du « Sonderstab W » (« état-major spécial W »), organisation créée par le général de la Luftwaffe Helmuth Wilberg afin d'étudier et d'analyser les enseignements tactiques tirés par la légion Kondor durant la guerre d'Espagne. Cette unité dirige également les opérations allemandes de soutien — volontaires, armes et munitions — au parti FET y de las JONS du général Francisco Franco. Les renseignements réunis par Schulze-Boysen comprennent des détails sur les transports allemands ainsi que sur le déploiement des unités et des compagnies engagées. Le groupe ne sait toutefois comment faire parvenir ces informations aux Soviétiques. Von Poellnitz prévoyant de se rendre à l'Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne, qui se tient à Paris du au , le groupe décide de lui confier la lettre à destination de l'ambassade soviétique. Le moment venu, elle accomplit sa mission et dépose la lettre dans la boîte de l'ambassade, près du bois de Boulogne. Mais le bâtiment est surveillé par la Gestapo : von Poellnitz est arrêtée en , sitôt la lettre déposée.
À ce propos, l'historien Heinrich Scheel rapportera les paroles d'un commissaire de la Gestapo : « Pendant la guerre d'Espagne, nous avons envoyé certains des nôtres comme espions dans les Brigades internationales. Schulze-Boysen connaissait leurs noms et les a transmis aux rouges. Nos hommes ont alors été fusillés. »
Craignant d'être découvert et arrêté, le groupe de résistance se dissout provisoirement. L'appartement des Schulze-Boysen est perquisitionné et, bien que la Gestapo ait exigé le renvoi de Harro Schulze-Boysen, celui-ci ne reçoit qu'un blâme officiel au ministère de l'Aviation.
Le , von Poellnitz est libérée après cinq mois aux mains de la Gestapo. À sa sortie, ses camarades la retrouvent émaciée. Malgré la torture, elle n'a rien révélé du motif de son voyage à Paris. Déjà fragile des poumons, elle a contracté la tuberculose en prison. Le , gravement atteinte de tuberculose pulmonaire, elle est transférée dans un sanatorium en Suisse sur les conseils de son médecin, Elfriede Paul. Elle y meurt quelques semaines plus tard.
Annexes
Bibliographie
Voir aussi
Günther Weisenborn Libertas Schulze-Boysen Ligue des jeunes communistes d'Allemagne
Notes et références
Catégorie:Orchestre rouge Catégorie:Journaliste allemand du XXe siècle Catégorie:Décès en 1939 Catégorie:Naissance en 1911