Claire Tancons est une curatrice d'exposition, chercheuse et historienne de l'art née en Guadeloupe, principalement connue pour son travail sur le carnaval et la valorisation des artistes de la diaspora africaine. Sa théorisation du carnaval, à la fois comme performance et comme manifestation politique, est pionnier dans la recherche sur l'art contemporain, la muséographie et les pratiques culturelles afro-caribéennes.
Biographie Elle obtient son baccalauréat au lycée Baimbridge en Guadeloupe à l'âge de 17 ans. Après une formation en histoire à l'Hypochartes du lycée Henri-IV, Tancons obtient une licence en histoire de l'art en 1998. Elle est titulaire de deux master : le premier en études muséales, obtenu à l'École du Louvre en 1999 et le second en histoire de l'art, obtenu au Courtauld Institute of Art à Londres en 2000. Elle est membre d'un programme académique indépendant au Whitney Museum of American Art à New York de 2000 à 2001.
Entre 2004 et 2007, elle explore les Caraïbes à la recherche des pratiques carnavalesques qu'elle découvre en résidence à Trinité-et-Tobago. Ensuite, pendant près de vingt ans elle travaille entre New York et La Nouvelle-Orléans. En 2018, elle s'installe à Paris.
Carrière de conservatrice
Débuts de carrière Claire Tancons commence sa carrière à New York, où elle travaille, entre 2000 et 2001, . Elle collabore avec Lorna Simpson, qui présente Tancons dans son œuvre vidéo 31 publiée en 2002. Par la suite, elle effectue un stage d'un an en conservation au Walker Art Center, où elle participe à l'élaboration de l'exposition , organisée par Philippe Vergne, Douglas Fogle et Kemi Ilesanmi.
De plus en plus intéressée par la performance, Tancons organise les premières expositions new-yorkaises d'artistes qu'elle rencontre au Walker Art Center : The Score de Robin Rhode, exposé à l'Artists Space en 2004 et (The efflorescence of) Walter du chorégraphe Ralph Lemon, produite à The Kitchen en 2007. En 2004, Tancons fait un bref passage à la galerie Paula Cooper, où elle organise l'exposition Path is Prologue de DJ Spooky, basée sur sa performance multimédia DJ Spooky's Rebirth of a Nation.
En 2004, lors d'une résidence à CCA7, un centre d'art contemporain de Trinité-et-Tobago, Tancons commence à examiner le carnaval comme une pratique artistique contemporaine. Cette résidence permet à Tancons de collaborer avec Marlon Griffith, ainsi qu'avec le mas-man (artiste de carnaval) Peter Minshall et The Callaloo Company, son équipe de production. Ce travail donne lieu à l'exposition .Claire Tancons créé en 2007 l'exposition à la BRIC Rotunda Gallery de New York. Trois ans plus tard, elle reprend le concept et, en collaboration avec l'historienne de l'art Krista Thompson, inaugure l'exposition au Contemporary Arts Center de la Nouvelle Orléans. Elle inclue les artistes Marvin Bartley, Arnaldo James, Marlon James, Raymond Marrero, Oneika Russell, Nile Saulter, Storm Saulter et Michelle Serieux. L'exposition voyage ensuite dans les Caraïbes et les États-Unis avec Independent Curators International. En 2015, Claire Tancons co-écrit un livre à propos de ce projet qui présente l'oeuvre de John Beadle, Charles Campbell, Christophe Chassol, Nicolás Dumit Estévez, Marlon Griffith, Hew Locke, Lorraine O'Grady, Ebony G. Patterson, et Cauleen Smith et les écrits de Kobena Mercer.
Biennales et festivals internationaux : 2007-2019 Claire Tancons participe régulièrement à l'organisation des des biennales internationales d'art contemporain depuis la fin des années 2000. De 2007 à 2009, elle est conservatrice adjointe pour la première édition de la Biennale .
En 2008, elle organise la performance processionnelle pour la 7e Biennale de Gwangju, sous la direction d'Okwui Enwezor, qui reçoit des critiques positives. fusionne les formes du défilé de carnaval, de la manifestation politique et du cortège funéraire avec des performances dans les rues de Gwangju par Mario Benjamin, Marlon Griffith, Jin Won Lee, Jarbas Lopes, MAP Office, Karyn Olivier et Caecilia Tripp.
En 2009, elle est invitée à la Biennale Bénin où elle propose une conférence sur l'histoire de la performance au Bénin. En 2013, elle participe en tant que commissaire d'exposition à la Biennale internationale d'art contemporain de Göteborg, où elle co-organise l'exposition avec Katerina Gregos, Joanna Warsza, Ragnar Kjartansson et Andjeas Ejiksson.
En 2014, elle organise dans le cadre de la série « BMW Tate Live » au Tate Modern. Décrit par Tancons comme « une performance processionnelle publique de masse », le projet s'inspire du carnaval comme rituel de résistance. La même année, elle collabore avec la directrice artistique de , Delaney Martin, pour organiser les performances et . vignette|273x273px|Tide by Side (2016) En 2016-2017, Tancons travaille avec Mohamed Bourouissa et Christophe Chassol sur Etcetera : Un Rituel Civique, une performance qui a lieu à l'Université de Toulouse-Capitole dans le cadre du festival Le Printemps de septembre. En 2018 elle est commissaire, avec Johanna Auguiac, d'Hétéronomonde, la première édition du Festival Tout-Monde organisée par les Services culturels de l'ambassade de France à Miami, sous l'égide de Christiane Taubira. L'exposition, qui met à l'honneur l'art caribéen, présente des œuvres de Julien Creuzet, Kelly Sinnapah Mary, Kenny Dunkan et Jean-François Boclé.
En 2016, elle est directrice artistique de , la cérémonie d'ouverture du festival Faena à Miami Beach.
Installation à Paris : les années 2020 En 2019, Claire Tancons est l'une des commissaires de la Biennale de Sharjah. Dans ce cadre, elle dirige l'exposition , une installation dont le titre fait référence à la philosophie de Sylvia Wynter. L'exposition questionne la politique de la performance dans le contexte de la mondialisation, la dépossession et la diaspora.
En 2022, Tancons est commissaire de l'exposition à la Maison des cultures du monde, à Berlin. La même année, à Paris, elle reçoit une bourse de recherche de la Fondation Ford pour travailler sur l'exposition Van Lévé. Visions souveraines des Amériques et de l’Amazonie créoles et marronnes (Guadeloupe, Guyane, Martinique et Haïti), la première exposition sur la nouvelle génération d'artistes français caribéens. Les artistes Mathieu Kleyebe Abonnenc, Gaëlle Choisne, Julien Creuzet, Minia Biabiany, Tabita Rézaire, Kenny Dunkan et Jimmy Robert y sont mis à l'honneur.
Elle est la directrice artistique de la Nuit Blanche de 2024 à Paris, où elle souligne le travail et l'histoire des artistes ultramarins.
En 2025, alors que Van Lévé est programmé au Centre Pompidou-Metz pour 2026, sous la direction de Claire Tancons, un scandale éclate suite à l'annulation soudaine de l'exposition. Une lettre ouverte est publiée dans Le Monde et signée par 135 personnalités du milieu de l'art dont Jean-Claude Barny, Raphaël Barontini, Minia Biabiany, Olivier Marbœuf, Tabita Rezaire, Zineb Sedira et Laura Henno.
Contributions théoriques
Reconnaissance du carnaval comme pratique artistique À partir du milieu des années 2000, les travaux de Tancons se concentrent sur l'histoire et les pratiques contemporaines du carnaval, en particulier au sein de la diaspora africaine. Elle s'intéresse également à la culture cérémonielle publique, les rituels civiques et les mouvements de protestation populaires. Tancons postule une généalogie alternative de l’art de la performance qui s’enracinerait en Afrique, dans sa diaspora et dans l’héritage de l’esclavage plutôt que dans l’avant-garde européenne, comme le postule traditionnellement l'histoire de l'art. Son travail de conservation est reconnu pour ses manière novatrices d'exposer la procession, le carnaval, la marche, le défilé, le parade : toutes des formes qui dépassent les objets d'exposition habituels. Ses recherches retracent l'impact du carnaval sur la danse, le théâtre et la littérature, surtout depuis les années 1980. Elle remet au jour l'étymologie apocryphe du terme « carnaval », proposée par Michel Foucault, du , qu'elle lie aux bateaux d'esclaves durant la traite négrière. Elle popularise le terme « Mas' », l'appellation créole du carnaval, et la pratique de la performance processionnelle. Sa théorisation du système carnavalesque est cité sous le terme « mas-camp » par Gabriel Levine.
Cependant, son approche n'a pas pour but de transformer le carnaval en une forme d'art établi, ce qui reviendrait à le vider de sa substance politique. Le titre du projet est un Jeu de mots mêlant l'emprunt anglophone du français « en masse » et le terme « Mas' » : elle fait du carnaval un phénomène fondamentalement collectif et « massif », donc politique. Elle contribue également au discours anticapitaliste à la suite du mouvement Occupy Wall Street. Se faisant, elle intègre la manifestation dans son approche artistique et réhabilite, selon ses propres termes, le « potentiel rebelle » du carnaval « comme moyen d'émancipation et catalyseur de désobéissance civile ». Son approche est inspirée de Mikhaïl Bakhtine, Guy Debord et du concept de l'Atlantique noire théorisé par Paul Gilroy.
Reconnaissance de l'art produit par la diaspora africaine Le thème de la diaspora est central dans la carrière de Claire Tancons : la plupart de ses projets traitent de la culture afro-descendante, notamment son caractère hybride et immatériel né de l'aliénation et la migration forcée. Son approche de l'art est fondamentalement anti-impérialiste et critique du neolibéralisme. Elle est parfois critiquée pour ses idées .
En 2022, elle déplore le manque d'intérêt des institutions françaises pour la production artistique caribéenne. Elle s'exprime publiquement sur le mépris qu'elle ressent de la part des musées français et affirme sa volonté d'honorer la culture caribéenne. Son travail de curatrice est remarqué comme faisant partie d'efforts internationaux pour revaloriser la production artistique et l'identité nationale caribéenne dans une perspective postcoloniale.
Publications
Presse Les écrits de Tancons paraissent dans de nombreuses revues, notamment : Nka : Journal of Contemporary African Art, Third Text, e-flux journal et Small Axe: A Caribbean Journal of Criticism.
Ses articles sont republiés dans :
Monographies d'artistes
Autres
Reconnaissance En 2012, le projet remporte le prix .
En 2016, Claire Tancons est classée parmi les « 20 jeunes conservateurs les plus influents des États-Unis » par Artsy. La même année, elle apparaît dans le le glossaire en ligne « In Terms of Performance » de l'Université de Californie à Berkeley.
Articles connexes
Clémence Lollia Hilaire
Bibliographie
Liens externes
Notes et références
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