Le camp de réfugiés de Tall al-Zaatar (, également transcrit Tel al-Zaatar), est un camp de réfugiés palestiniens créé en 1949 à Dekouané, à 6 kilomètres à l'est de Beyrouth au LibanMuhammad Daoud al-Ali, « Tal al-Za‘atar Refugee Camp », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question. et détruit en 1976Valeria Rando-, « Searching Tel al-Zaatar », Now Lebanon, 18 août 2025. après le siège et le massacre de sa population par les milices chrétiennes au début de la guerre civile libanaise.
Histoire
Des Palestiniens se sont réfugiés et ont été expulsés au Liban par Israël lors du nettoyage ethnique qu'il commet en Palestine à partir de la guerre israélo-arabe de 1948. Leur présence s'y est accentuée lorsque la Jordanie expulse une partie des réfugiés palestiniens du royaume lors de Septembre noir, en 1970. Ils sont installés dans des camps de réfugiés dans tout le territoire, dont plusieurs autour de Beyrouth.
Création et administration du camp
Le camp de Tel al-Zaatar est créé en 1949 par la Croix-Rouge sous le nom de camp de Dekouané, sur un terrain appartenant à l'Église maronite« Tal al-Za'atar - Dignity In Grief - 1976 (Illustration) », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question. qui a été utilisé pour installer une base de l'armée britannique durant la Seconde Guerre mondiale. Il est couramment appelé Tall al-Zaatar, la colline du thym, car situé sur une colline couverte de thym. Il compte à l'origine 2000 réfugiés. L'UNRWA l'administre à partir des années 1950Hala Abou Zaki, « Tall Al-Zaatar. Du thym et du sang », Orient XXI, 12 août 2026. sous le nom de camp de Dekouané. Les autorités libanaises indiquaient le nom de Tall al-Zaatar sur les cartes d'identité des habitants et des personnes nées au camp pour les différencier de celles nées à Dekouané. Sa superficie initiale est de 5,66 hectares.
En 1949, les réfugiés sont hébergés dans les baraquements abandonnés par l'armée britannique et dans des tentes de fortune, où les habitants sont regroupés par clans et villages d'origine, contribuant à maintenir la cohésion sociale au sein du camp. Ils sont principalement des Bédouins palestiniens des tribus Arab al-Raml et Arab al-Iraqiyya de la région d'Haïfa, ainsi que de la tribu des Arab al-Tawqayn ; des ghawarneh (habitants des basses-terres) de la vallée de la Houla, dont al-Khalisa. D'autres réfugiés venaient de villages du Nord de la Palestine, Alma, Hunin, .
En 1952, l'UNRWA installe 14 préfabriqués avec des toits en amiante.dits baracksats, divisés en deux grandes pièces et deux petites, attribuées selon la taille des familles. Des toilettes publiques sont réparties dans le camp. Il construit aussi un réservoir d'eau avec deux points de distribution dans le nord du camp, et couvre le grand égout à ciel ouvert qui traversait le camp. Les petits égouts restent eux à l'air libre. L'État libanais raccorde le camp aux réseaux électrique et d'eau potable.
Une aide alimentaire est distribuée par l'UNRWA, qui gère également l'instruction scolaire au camp. Cinq écoles primaires et secondaires sont construites, chacune portant le nom d'une ville ou d'un village de Palestine : Beisan, Jénine, Nazareth, al-Majdal et Sanour (où , un des chefs de la guérilla palestinienne lors de la grande révolte arabe (1936-1939), est tué en mars 1939).
Les services de santé consistaient en deux cliniques. La première, gérée par l'UNRWA, était spécialisée dans les soins aux convalescents se relevant d'une maladie pulmonaire, ouverte aux réfugiés d'autres camps. L'essentiel des soins de santé dont avaient besoin les habitants du camp étaient fournis par la clinique de l'UNRWA située à Mkalles, une ville chrétienne entre Beyrouth et Dekouané, qui desservait aussi le camp de Jisr el-Basha. Enfin, en 1969, le Croissant-Rouge palestinien ouvre une clinique au rez-de-chaussée d'une ancienne mosquée située à l'intérieur du camp pour pallier les insuffisances de la clinique de l'UNRWA.
Dans les années 1960, le et la gendarmerie libanaise installent chacun un poste à l'intérieur du camp pour y surveiller l'activité politique. Figurent sur la liste des interdictions la rénovation des maisons (sous peine d'amende), les meetings et les rassemblements ; un couvre-feu est imposé après 21 heures ; l'accueil d'invités extérieurs au camp exige une autorisation.
Économie et démographie du camp
Le camp est situé à proximité de la plus importante zone industrielle du Liban à laquelle le camp fournit une force de travail peu coûteuse. Dès le début des années 1950, des milliers de ruraux libanais pauvres et des immigrés syriens s'installent au camp ou dans des bidonvilles autour, ainsi que des réfugiés palestiniens d'autres camps. Les ruraux libanais viennent principalement de la vallée de la Bekaa, les Syriens viennent du Hauran ou du plateau du Golan. Ces nouveaux quartiers et celui d’al-Dekouané al-Jadideh (Dekouané-Nouveau) forment un ensemble avec le camp de Tall Al-Zaatar. Ces quartiers sont aussi habités par des chiites libanais forcés de quitter Aaynata ou Aitaroun et des réfugiés du camp dont les revenus leur permettent d'acheter des appartements.
Au début des années 1950, la principale source de revenus est le travail d'ouvrier agricole dans les exploitations maraîchères ou les plantations d'agrumes d'Antélias à Jisr al-Basha. Les usines textiles, d'ameublement et de plasturgie qui se créent à Mkalles et Dekouané recrutent de nombreux ouvriers parmi les réfugiés et les ruraux. Les secteurs de l'immobilier et des services, le port de Beyrouth et les entreprises d'import-export sont aussi de gros employeurs.
Les réfugiés palestiniens qui travaillent dans ces secteurs ne bénéficient pas des mêmes droits que les Libanais (exclusion de la Sécurité sociale, notamment) ce qui contribue au développement d'une conscience de classe. Après la prise de contrôle du camp par l'organisation de libération de la Palestine (OLP), la fondation Samid crée des ateliers afin de fournir du travail aux habitants du camp. Un atelier de réparation et d'entretien des armes du mouvement est aussi créée.
Passage sous contrôle de l'OLP
En novembre 1969, des affrontements éclatent entre les fedayins palestiniens des camps du sud du Liban et l'armée libanaise. Les cellules du Fatah et d'as-Saiqa (tous deux membres de l'OLP) du camp de Tall al-Zaatar affrontent également les forces de l'État libanais et contraignent les services secrets et la gendarmerie à abandonner le camp. Les accords du Caire formalisent les relations entre l'OLP et l'État libanais et les camps de réfugiés passent sous autorité palestinienne. Des comités populairs sont formés qui gèrent directement les affaires du camp, en-dehors des services déjà fournis par l'UNRWA.
Dans les années 1970, des réfugiés palestiniens du sud du Liban fuient les opérations israéliennes au cours du conflit entre Israël et les fedayins palestiniens. Des volontaires néerlandais de l'association d'amitié palestino-néerlandaise, entre 40 et 50 étudiants chaque été, travaillent à l'assainissement du camp.
Tous ces mouvements portent la population du camp à fin 1974. Après le massacre de Karantina le 18 janvier 1976 (par les milices chrétiennes, environ ), les réfugiés palestiniens rescapés s'installent à Tel al-Zaatar.
Guerre du Liban, massacre et destruction
En avril 1973, l'armée israélienne effectue un raid à Beyrouth pour y assassiner des dirigeants de l'OLP, Kamal Nasser, poète et porte-parole, Abou Youssef, numéro 2 du Fatah pour son implication présumée dans le massacre de Munich et Kamal Adouan. Ce raid, dans lequel les Israéliens tuent 50 personnes dont des membres des forces de sécurité libanaisesBergman, Ronen: Rise and Kill First: The Secret History of Israel's Targeted Assassinations (2018), 161-173., provoque une crise politique au Liban. Les funérailles des dirigeants palestiniens rassemblent personnes ; deux semaines d'affrontements entre les groupes armés palestiniens et les forces libanaises qui tentent de les désarmer aboutissent à un blocage ; le premier ministre Saëb Salam démissionne. Le président Soleimane Frangié finit par reconnaître qu'il ne peut protéger les Palestiniens et abandonne son projet de les désarmerYezid Sayigh, (1998). Armed Struggle and the Search for State - The Palestinian National Movement 1949-1993. Oxford University Press, USA, 313.. Pendant ces combats, le camp est bombardé par l'artillerie libanaise.
Ces événements placent le camp au centre de l'attention. L'importance du camp et de ses milices sont exagérées par les milices chrétiennes, qui y ajoutent la proximité de quartiers chiites pour rendre sa présence plus menaçante. Les chrétiens des quartiers voisins, qui pouvaient pourtant librement traverser le camp, le perçoivent comme une enclave étrangère. Le massacre du bus à Ain El Remmaneh, le 13 avril 1975, précipite le commencement de la guerre du Liban. Les 22 à 27 morts étaient tous des habitants du camp.
Début 1976, deux milices chrétiennes, la milice des Tigres (Noumour al-Ahrar) et les Phalanges (Kataeb), mettent le camp sous blocus. Pendant le blocus, ils vident petit à petit les camps palestiniens et les quartiers musulmans des environs. Un siège impitoyable commence le 22 juin à Tall al-Zaatar et débouche sur un massacre le 12 août, jour de son évacuation négociée. Plus de 4000 personnes, fedayins, hommes, femmes et enfants, vieillards inclus, meurent entre le 22 juin et le 12 août.
Devenir du camp et de ses réfugiés
Après le massacre, les survivants se réfugient à Beyrouth-Ouest et dans la vallée de la Beqaa. La direction du Fatah décide de les regrouper à Damour, ville chrétienne vidée de ses habitants après un massacre de l'OLP en janvier 1976. Ce regroupement intervient pour maintenir le tissu social qui s'était créé à Tall al-Zaatar et pour faciliter l'assistance. Le Croissant-Rouge déplace son personnel et crée l'hôpital al-Karama. Quatre écoles sont créées, portant les mêmes noms qu'à Tall Al-Zaatar, excepté pour la première. Celle-ci, fondée par le poète , qui avait combattu lors de la bataille des Usines pour faire lever le siège de Tall al-Zaatar, est simplement nommée école de garçons et de filles de Tall al-Zaatar. L'Union générale des femmes palestiniennes monte plusieurs ateliers et un cours d'alphabétisation pour adultes.
L'invasion israélienne du Liban en 1982, commencée le 6 juin, et les bombardements répétés de l'armée israélienne cause la fuite des anciens habitants de Tall al-Zaatar. Le 9 juin, la bataille de Damour voit la victoire israélienne sur les fedayins palestiniens. Les Zataris sont dispersés dans une vingtaine d'endroits, dont , le camp de Wavel (vallée de la Beqaa), les camps d’al-Miyya wa Miyya et d'al-Sikka (ce dernier non-officiel) près de Saïda, ceux de Rashidiyya et al-Burj al-Shamali près de Tyr, ceux de Beddawi et de Nahr el-Bared dans le nord du Liban. Dans ceux de Beddawi et de Nahr el-Bared, les Zataris sont accueillis par les comités populaires et les différentes factions. À Beddawi, ils forment le quartier Tall al-Zaatar.
En 2011, les survivants du camp de Mar Elias forment une association ayant pour but de maintenir les liens entre tous les anciens du camp. Dirigée par Mohammad Abdo Daher, elle commémore le massacre chaque année et a une antenne à Berlin.
En 2025, le camp a complètement disparu, recouvert par l'urbanisation de Beyrouth. Son emplacement est à peine discernable par le style des constructions.
Postérité
Personnalités