vignette|Visite du premier ministre bulgare Simeon Borissov Sakskoburggotski (par ailleurs dernier roi de Bulgarie sous le nom de Siméon II) dans l'église orthodoxe bulgare de Budapest en 2003.Le christianisme orthodoxe en Hongrie désigne la présence historique et contemporaine des différentes églises orthodoxes sur le territoire hongrois. Elle ne constitue en effet pas une Église nationale unifiée : les communautés orthodoxes du pays relèvent de plusieurs juridictions ecclésiastiques appartenant notamment aux patriarcats de Constantinople, de Moscou, de Serbie, de Roumanie et de Bulgarie.
Présente dès les débuts de la christianisation des Magyars, l'influence du christianisme byzantin est attestée au , avant même la fondation du royaume de Hongrie. Elle se maintient durant le Moyen Âge, particulièrement dans les régions méridionales et orientales du royaume. À partir de la fin du Moyen Âge puis sous la domination ottomane, l'orthodoxie est surtout associée aux populations serbes, roumaines, grecques, ruthènes et bulgares installées dans le royaume.
À l'époque contemporaine, l'orthodoxie demeure une confession minoritaire en Hongrie. Ses différentes communautés possèdent néanmoins un patrimoine religieux important, notamment à Budapest, Szentendre, Gyula, Ráckeve, Grábóc et dans plusieurs localités du sud et de l'est du pays.
Histoire
Premières missions byzantines
Les relations entre les Magyars et le christianisme oriental précèdent la conversion officielle du royaume au christianisme latin sous le règne d'Étienne . Au milieu du , plusieurs chefs magyars entrent en relation avec l'Empire byzantin.
Vers 952, le patriarcat de Constantinople envoie auprès des Magyars une mission dirigée par un évêque nommé Hiérothée. Celui-ci aurait été consacré évêque de Tourkia, nom par lequel les auteurs byzantins désignent alors le territoire des Magyars.
Cette première organisation ecclésiastique est traditionnellement désignée sous le nom de métropole de Tourkia. Son existence et l'étendue exacte de sa juridiction font cependant l'objet de discussions historiographiques. Un hiérarque nommé Jean est encore mentionné en 1028 dans les actes d'un synode de Constantinople avec le titre de « métropolite de Tourkia ».
L'influence byzantine concerne également certains membres de l'aristocratie magyare. Gyula, chef magyar de Transylvanie et traditionnellement présenté comme le grand-père maternel d'Étienne , reçoit ainsi le baptême à Constantinople au .
Royaume de Hongrie médiéval
La consolidation du royaume chrétien sous Étienne entraîne son rattachement institutionnel au christianisme occidental et à l'Église catholique. Elle ne provoque toutefois pas la disparition immédiate des traditions chrétiennes orientales.
Des communautés relevant du christianisme byzantin demeurent présentes dans différentes régions du royaume de Hongrie, notamment dans ses parties méridionales et orientales. Leur histoire est étroitement liée à celle des populations slaves, roumaines et ruthènes du royaume ainsi qu'aux relations entretenues par la monarchie hongroise avec l'Empire byzantin et les États balkaniques.
L'implantation orthodoxe se renforce au cours du bas Moyen Âge avec l'arrivée de populations balkaniques fuyant l'expansion de l'Empire ottoman. En 1440, le roi Ladislas V accorde notamment des privilèges aux orthodoxes liés au monastère de Ráckeve. À la fin du , Matthias Corvin puis Vladislas II accordent également des privilèges aux populations orthodoxes établies dans les régions méridionales du royaume, dans un contexte marqué par les guerres contre les Ottomans.
Période ottomane
La conquête d'une grande partie de la Hongrie par l'Empire ottoman au transforme profondément la géographie religieuse du pays. Des populations orthodoxes, principalement serbes, s'installent ou se renforcent dans les territoires soumis aux Ottomans.
Les communautés orthodoxes de la Hongrie ottomane relèvent principalement du patriarcat de Peć, restauré en 1557. Plusieurs structures ecclésiastiques orthodoxes fonctionnent alors dans les territoires hongrois sous domination ottomane.
L'éparchie de Buda, dont l'origine remonte à cette période, devient l'une des principales institutions de l'orthodoxie serbe en Hongrie. Son siège est établi à Szentendre, ville qui devient par la suite l'un des principaux centres culturels et religieux des Serbes de Hongrie.
Monarchie des Habsbourg
vignette|L'église orthodoxe de la Dormition-de-la-Mère-de-Dieu, sur les rives du Danube à Budapest, témoigne de l'importance historique de la communauté grecque de Pest. La reconquête de la Hongrie par les Habsbourg à la fin du est accompagnée de nouveaux mouvements de population. La Grande migration des Serbes de 1690 contribue notamment à renforcer considérablement la présence orthodoxe dans le royaume.
Les communautés serbes bénéficient de privilèges accordés par les souverains habsbourgeois. Leur organisation ecclésiastique se structure autour de la métropole de Karlovci, devenue patriarcat en 1848. L'éparchie de Buda lui est rattachée et conserve son siège à Szentendre.
À côté des Serbes, d'importantes communautés marchandes orthodoxes originaires des Balkans s'établissent dans les villes hongroises aux . Des marchands grecs et macédoniens fondent notamment des communautés à Pest, Kecskemét, Eger, Miskolc ou Tokaj. Malgré leur identité grecque et l'emploi du grec dans la liturgie, plusieurs de ces communautés sont placées, pour des raisons canoniques et administratives, sous juridiction ecclésiastique serbe.
Dans l'est du royaume, l'orthodoxie est également fortement implantée parmi les populations roumaines et ruthènes. Une partie de ces communautés rejoint progressivement Rome à la suite de différentes unions ecclésiastiques, notamment l'union d'Oujhorod de 1646, contribuant au développement des Églises grecques-catholiques.
XIXe et XXe siècles
Au , l'orthodoxie demeure principalement associée aux minorités nationales du royaume de Hongrie. Les Serbes, Roumains et Ruthènes disposent de leurs propres institutions religieuses et utilisent largement leurs langues respectives dans la liturgie et l'administration ecclésiastique.
La disparition de l'Autriche-Hongrie et les modifications territoriales consécutives au traité de Trianon en 1920 bouleversent cette organisation. Une grande partie des populations orthodoxes de l'ancien royaume se retrouve désormais en Roumanie, en Tchécoslovaquie et dans le royaume des Serbes, Croates et Slovènes. L'orthodoxie devient ainsi une confession numériquement beaucoup plus réduite dans la Hongrie issue du traité de Trianon.
Le patriarcat de Karlovci est intégré en 1920 à l'Église orthodoxe serbe réunifiée. L'éparchie de Buda demeure néanmoins sur le territoire hongrois.
Au cours du , différentes juridictions orthodoxes développent parallèlement leurs structures en Hongrie. Une tentative de reconnaissance institutionnelle directe du patriarcat de Constantinople a lieu au cours du siècle, mais son implantation officielle ne devient pleinement possible qu'après la transition démocratique de 1989-1990.
Organisation contemporaine
L'orthodoxie hongroise se caractérise par la coexistence de plusieurs juridictions canoniques. Contrairement à certains pays de tradition orthodoxe, la Hongrie ne possède donc pas d'Église orthodoxe autocéphale ou autonome correspondant à son territoire national.
Église orthodoxe serbe vignette|La cathédrale dite « Belgrade » de Szentendre, siège de l'Église orthodoxe serbe de Hongrie. L'Église orthodoxe serbe est présente à travers l'éparchie de Buda (), dont le siège se trouve à Szentendre. Elle constitue l'une des plus anciennes structures orthodoxes encore actives dans le pays.
L'éparchie dessert principalement la minorité serbe de Hongrie et possède plusieurs paroisses ainsi qu'un important patrimoine architectural et artistique.
Église orthodoxe russe
L'Église orthodoxe russe dispose de l'éparchie de Budapest et de Hongrie, directement rattachée au patriarcat de Moscou. Son siège est situé à Budapest.
Elle dessert plusieurs paroisses dans le pays et utilise notamment le hongrois, le slavon d'Église et le russe dans ses activités liturgiques.
Patriarcat œcuménique de Constantinople
Le Patriarcat œcuménique de Constantinople est représenté par l'Exarchat orthodoxe de Hongrie, rattaché à la métropole orthodoxe grecque d'Autriche.
Ses communautés regroupent notamment des fidèles hongrois et grecs. Des paroisses sont implantées à Budapest ainsi que dans plusieurs autres localités, dont Beloiannisz, village fondé au par des réfugiés politiques grecs.
Église orthodoxe roumaine
L'Église orthodoxe roumaine dispose en Hongrie de l'éparchie orthodoxe roumaine de Hongrie, dont le siège se trouve à Gyula, près de la frontière roumaine.
Elle dessert principalement la minorité roumaine de Hongrie, historiquement implantée dans l'est et le sud-est du pays.
Église orthodoxe bulgare
L'Église orthodoxe bulgare possède également des communautés en Hongrie. Celles-ci relèvent de l'éparchie orthodoxe bulgare d'Europe centrale et occidentale. Des paroisses sont notamment établies à Budapest et Pécs.
Démographie vignette|Cartographie des localités hongroises par religion dominante en 2011. L'orthodoxie constitue une confession minoritaire dans la Hongrie contemporaine. Sa faible proportion à l'échelle nationale masque toutefois une implantation historique ancienne ainsi qu'une importante diversité interne.
Au recensement de 2001, se déclarent orthodoxes, soit environ 0,15 % de la population totale. Les statistiques confessionnelles doivent cependant être interprétées avec prudence, la réponse aux questions relatives à la religion étant facultative et une partie importante de la population ne déclarant aucune appartenance confessionnelle.
La présence orthodoxe est également alimentée depuis la fin du par les migrations en provenance de pays majoritairement orthodoxes, notamment la Roumanie, la Serbie, la Bulgarie, l'Ukraine et la Russie.
Patrimoine
vignette|Le monastère orthodoxe serbe de Ráckeve.
L'histoire pluriséculaire de l'orthodoxie en Hongrie a laissé un patrimoine religieux particulièrement important. Szentendre constitue l'un de ses principaux centres : la ville conserve plusieurs églises édifiées par les différentes communautés serbes qui s'y installèrent aux .
Le monastère de Ráckeve, consacré à la Dormition de la Mère de Dieu, constitue l'un des plus anciens établissements monastiques orthodoxes conservés en Hongrie. Le monastère de Grábóc représente également un important centre historique de l'orthodoxie serbe.
À Budapest, l'église orthodoxe de la Dormition-de-la-Mère-de-Dieu, située sur les rives du Danube, rappelle quant à elle l'importance économique et culturelle des marchands grecs installés à Pest.
Les églises orthodoxes de Hongrie conservent également de nombreuses iconostases des , témoignant des échanges artistiques entre la Hongrie, les Balkans et les différents centres culturels de la chrétienté orthodoxe.
Bibliographie
Notes et références
Voir aussi Articles connexes
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