François Croiset, né le à Ancy-le-Franc, dans l'Yonne, et mort le à Versailles, est un comptable et intendant français, chargé des affaires de Mesdames Adélaïde et Victoire de France – filles de Louis XV et tantes de Louis XVI –, puis de Marie-Thérèse de Savoie, comtesse d'Artois, épouse du futur Charles X.
Entré en 1783 au service des tantes du roi comme employé du bureau de l'administration, il suit les princesses lors de leur départ de Bellevue le 19 février 1791 et partage leur exil en Italie, à Rome et à Caserte ; puis à Corfou et à Trieste. Devenu préposé à la gestion de leur caisse, il tient leurs comptes jusqu'à leur mort et en présente la liquidation au commissaire de Louis XVIII en 1800. Il passe ensuite au service de la comtesse d'Artois, réfugiée à Klagenfurt puis à Graz, dont il devient à partir de 1803 le seul administrateur des affaires et des finances.
À l'automne 1805, lors de l'invasion des provinces autrichiennes par la Grande Armée de Napoléon Ier, il soustrait les fonds et les objets précieux de la succession de la comtesse d'Artois aux recherches du maréchal Marmont, en se réfugiant dans un couvent de franciscains de Graz sous l'habit et l'identité d'un moine italien. Rentré en France en 1807 après seize années d'émigration, il devient trésorier des Hospices civils de Versailles et meurt du typhus contracté dans les hôpitaux provisoires qu'il avait été chargé d'organiser pendant la campagne de France.
Il est l'arrière-grand-père des hellénistes Alfred Croiset et Maurice Croiset, tous deux membres de l'Institut de France.
Origines et débuts (1760-1791) François Croiset naît à Ancy-le-Franc, dans l'actuel département de l'Yonne, le 3 février 1760. Son père, Jean-Jacques Croiset (1730-1803), est chaufournier ; sa mère se nomme Marie Vezin (1729-1811). Il quitte sa ville natale pour Versailles et l'on le trouve, en 1783, employé au bureau de l'administration de la maison de Mesdames, où il est chargé de la comptabilité des princesses Adélaïde et Victoire de France, filles de Louis XV et tantes de Louis XVI.
Il se marie à Versailles en 1786 avec Marie-Geneviève Vitry. Deux enfants naissent de cette union : Jacques-François, en 1787, et Amélie, en 1789. L'émigration avec Mesdames (1791-1800)
Le départ de Bellevue et le voyage vers Rome Le 19 février 1791, Mesdames quittent précipitamment le château de Bellevue devant une foule hostile, afin de se soustraire aux événements de la Révolution. François Croiset fait partie de leur suite ; pour la durée de son absence, il confie sa femme et ses enfants à ses propres parents, à Ancy-le-Franc.
Le convoi est arrêté à Moret, puis retenu une dizaine de jours à Arnay-le-Duc, à partir du 21 février : il faut les ordres exprès du roi et de l'Assemblée constituante pour que les princesses puissent poursuivre leur route, le 3 mars. Elles passent en Savoie au Pont-de-Beauvoisin, où le roi de Sardaigne les héberge au château de Chambéry, font étape à Turin — auprès de leur nièce Clotilde de France — et à Parme, et s'installent à Rome le 16 avril 1791.
La gestion de la caisse de Mesdames À partir du novembre 1792, François Croiset présente sous sa responsabilité et sous sa signature les comptes de Mesdames à l'approbation de l'abbé de Ruallem, chef du Conseil et intendant général des finances des princesses. En 1793, il est officiellement préposé à la gestion de la caisse de Mesdames, fonction qu'il exerce jusqu'à leur mort.
Le journal de banque qu'il tient porte la trace des drames de la famille royale : le 18 février 1793, une somme de est inscrite « pour fournir à la dépense du deuil après la mort du Roy » ; le 13 novembre 1793, une somme identique est portée pour le deuil de la reine.
Pendant ce temps, à Ancy-le-Franc, les biens des parents de François Croiset sont mis sous séquestre le 13 septembre 1794, pour n'avoir pas dénoncé l'émigration de leur fils — circonstance qui rend son retour en France impossible. De Rome à Trieste (1796-1799) En 1796-1797, à l'approche des armées républicaines françaises en Italie, les princesses quittent Rome pour Albano, dans les États pontificaux, puis se réfugient dans le royaume de Naples, où Ferdinand IV, beau-frère de Marie-Antoinette, met à leur disposition le château de Caserte.
Contraintes d'abandonner le royaume de Naples devant l'avance des troupes françaises du général Championnet, Mesdames fuient à la fin de décembre 1798 en direction de Brindisi, sous la neige et par un froid glacial. Le gros de la suite transite par Naples, Palerme et Messine ; toute la maison se retrouve à Corfou le 22 mars 1799. De là, les princesses s'embarquent pour Trieste, où elles arrivent le 20 mai 1799 après avoir plusieurs fois risqué le naufrage dans l'Adriatique.
La mort de Mesdames et la liquidation des comptes Madame Victoire meurt à Trieste le 7 juin 1799, peu après son arrivée, d'un cancer du sein, et Madame Adélaïde le 27 février 1800. François Croiset, qui les avait constamment accompagnées, organise leurs cérémonies funèbres — sépultures qui ne devaient être que provisoires : sous la Restauration, en 1817, Louis XVIII fit transférer les dépouilles des deux princesses à la basilique de Saint-Denis.
Son dernier compte annuel est présenté le 24 juillet 1800. L'abbé Dejous, commissaire nommé par Louis XVIII pour liquider la succession de Mesdames, approuve les comptes à Trieste le 14 août 1800 et donne décharge et quittance de , montant du reliquat.
Au service de la comtesse d'Artois (1800-1807)
Nomination Fuyant devant les troupes républicaines françaises, Marie-Thérèse de Savoie, comtesse d'Artois et épouse du futur Charles X, avait quitté Turin à la fin de 1798 pour se retirer à Klagenfurt, en Carinthie. Ayant besoin d'un homme de confiance pour administrer sa maison, elle songe à l'ancien comptable de ses tantes par alliance et, sur la proposition de la duchesse de Lorge, sa dame d'honneur, le nomme en octobre 1800 « secrétaire de la chambre de Madame et intendant de ses voyages ».
Les fonds de la maison proviennent alors principalement de la cour d'Espagne, à raison d'environ par mois, dont quelque sont consacrées aux rémunérations de la vingtaine de personnes composant la maison. François Croiset lui-même reçoit annuellement un traitement de ainsi qu'une gratification de .
Extension de ses attributions Devant s'absenter pour régler ses propres affaires, la duchesse de Lorge soumet à l'approbation de la comtesse d'Artois un règlement définissant les fonctions de François Croiset, attestant que « par l'expérience qu'il a acquise dans la gestion de celles de Mesdames, il est très en état de remplir les intentions de Madame ». Le règlement précise que l'abbé de Pons continuera de payer les dépenses de la maison et d'en rédiger le compte.
Par une lettre datée d'Édimbourg du 8 avril 1803, adressée à la duchesse de Lorge, Monsieur, comte d'Artois, entérine la décision et confirme que M. Croiset doit rester chargé de la finance pendant l'absence de la duchesse. Une décision de Madame rendue à Klagenfurt le 13 mai 1803 le charge non seulement d'opérer le recouvrement des fonds, mais encore de payer toutes les dépenses de la maison et de faire clore et arrêter tous les comptes. Il devient ainsi le seul responsable de la gestion des biens de la princesse et demeure jusqu'à sa mort son conseiller intime.
En janvier 1804, il se rend à Trieste pour enquêter sur la faillite du banquier Gaspari, chargé depuis le 22 novembre 1800 de faire parvenir à la comtesse d'Artois les mensualités versées par les cours étrangères. Il écrit à ce propos, après en avoir rendu compte à la princesse : « Je ne serai pas cru si je racontais toutes les choses flatteuses que Son Altesse Royale a eu la bonté de me dire à ce sujet, aussi je les tairai, mais elles ne sortiront jamais de ma mémoire. »
Graz et la mort de Madame Le 11 octobre 1804, la comtesse d'Artois quitte Klagenfurt et arrive le 14 à Graz, en Styrie, où elle s'installe avec sa maison au Palais des Enffans d'Avernas, 5 Glockenspielplatz.
La santé de la princesse se dégradant rapidement, François Croiset correspond avec Anne-Louis-Henri de La Fare, évêque de Nancy et représentant de Louis XVIII à Vienne. La comtesse d'Artois meurt à Graz le 2 juin 1805. Croiset organise ses funérailles et le dépôt de son corps dans le mausolée de l'empereur Ferdinand II, où elle repose toujours. Le comte de Damas, premier gentilhomme du duc d'Angoulême, approuve ses initiatives le 29 juin 1805.
Le 13 août 1805, La Fare lui transmet « les intentions du Roi relativement à la sépulture de Madame », ajoutant : « Personne ne peut mieux que vous, Monsieur, qui avez été témoin et agent de tout ce qui a été fait relativement à Mesdames, traiter cet objet avec M. le comte de Welsberg, et de la faire conclure au gré de Sa Majesté et de la Famille Royale. » Il correspond également de manière directe avec les princes : lettres du comte d'Artois, depuis Londres, du duc d'Angoulême, depuis Mittau, et du duc de Berry.
L'épisode du couvent de Graz (1805-1806) À l'automne 1805, durant la campagne d'Allemagne, Napoléon et sa Grande Armée envahissent rapidement les provinces autrichiennes ; la succession de Madame n'est alors pas encore réglée. François Croiset se trouve dépositaire des fonds de la cassette – –, du produit des ventes – –, ainsi que des bijoux, de l'argenterie et des dentelles de la princesse, l'ensemble représentant plusieurs centaines de milliers de francs. Il importait de conserver ces valeurs aux princes exilés, qui ne vivaient alors que des secours des cours étrangères, notamment celle d'Espagne.
Dès son entrée à Graz, le maréchal Marmont, qui commande l'armée d'invasion, fait rechercher activement l'intendant de la comtesse d'Artois, qu'il présume resté dans la ville. François Croiset s'entend alors avec le père provincial du couvent des franciscains de Graz. Fin octobre 1805, il envoie son domestique en commission dans le quartier le plus éloigné du couvent puis, muni des valeurs dont il a la responsabilité, s'y rend à la nuit tombée. Pour éviter toute indiscrétion des gens de service comme des religieux, il revêt l'habit de la communauté et est présenté par le supérieur — seul dans la confidence — comme un moine italien ; il ne s'exprime plus qu'en cette langue, qu'il pratiquait depuis ses huit années passées en Italie. Il observe scrupuleusement la règle du couvent, tant pour le régime alimentaire que pour les exercices religieux.
Son domestique est arrêté sur ordre de Marmont mais, ne sachant rien, il est relâché sans avoir livré le moindre renseignement.
Les sources divergent sur le détail de la cachette : selon la tradition familiale, il aurait quitté Graz dès le novembre 1805 pour séjourner deux mois au couvent des franciscains de Maria Lankowitz, à une quarantaine de kilomètres, avant de revenir à Graz ; selon un autre récit, il serait demeuré au couvent de Graz pendant toute la durée de l'occupation, soit trois à quatre mois.
Après la paix et la retraite de l'armée française, il fait parvenir aux princes les valeurs ainsi soustraites et règle à Graz la succession de Madame. Le duc d'Angoulême lui écrit de Mittau, le 30 avril 1806 : « Nous savons tous les dangers que vous avez courus et combien vous les avez surmontés avec courage, zèle et intelligence. » Le compte rendu des recettes et dépenses depuis le mai 1803 jusqu'à l'entière liquidation de la succession, approuvé par le duc d'Angoulême à Mittau le 15 avril 1807, porte cette mention :Les princes le remercient par une gratification de , soit environ .
Retour en France et mort (1807-1814)