La représentation d'Héliogabale dans l'art est discrète après son règne entre 218 et 222. La figure de l'empereur romain émerge de nouveau durant la Renaissance, qui reprend la vision négative des auteurs de l'Antiquité. Elle connaît un tournant à partir du , où il devient le sujet principal ou important de plusieurs œuvres : particulièrement prisé par les Décadentistes, il est une matière de réflexion sur le genre et la sexualité, qui se poursuit au .
Peinture et gravure Dans le (1553) de Guillaume Rouillé, un portrait en médaillon d'Héliogabale illustre la page de sa courte biographie, qu'il partage avec Macrin.
Le peintre britannique Simeon Solomon réalise Héliogabale, grand-prêtre du Soleil (1866).
Son compatriote Lawrence Alma-Tadema peint Les Roses d'Héliogabale (1888), d'après une anecdote du pseudo-Lampride, selon lequel Héliogabale a étouffé des invités sous une pluie de fleurs lors d'un banquet.
Sculpture alt=Photographie de la sculpture sur bois d'un homme émacié.|vignette|245x245px|Portrait sculpté d'Héliogabale, 1652, Murano. L'église San Pietro Martire à Murano, une île de la lagune de Venise, possède aujourd'hui trente-deux statues sculptées dans le bois représentant des figures historiques négativesElles étaient précédemment dans la Scuola di San Giovanni Battista de Venise.. Héliogabale figure parmi elles, en dessous de vingt panneaux représentant la vie de Jean le Baptiste, insistant sur le message de rédemption qu'annonçait le prophète des Évangiles.
Cinéma Louis Feuillade réalise Héliogabale (1911), dans lequel l'empereur (incarné par Jean Ayme) est un tyran efféminé, envoyant dans la fosse aux lions un serviteur l'ayant égratigné lorsqu'il vernissait ses ongles. Vêtu de splendides habits, lui et ses courtisans vivent dans la luxure. Reprenant des éléments du pseudo-Lampride, Feuillade montre Héliogabale lâchant des fleurs sur les invités d'un banquet qui fuient en voyant des fauves être lâchés dans la salle. Feuillade s'est peut-être inspiré du tableau d'Alma-Tadema pour sa mise en scène.
Littérature
Contre-modèle politique alt=Gravure d'une personne en costume masculin mais avec une coiffure féminine, avec une banderole « A tous accords » au-dessus, debout dans un paysage ; titre « Les Hermaphrodites » au-dessus et six vers dans un cartouche au-dessous.|vignette|234x234px|Les Hermaphrodites de Thomas Artus, 1605. En 1407 ou 1408, Léonard Bruni publie , dans lequel il imagine le discours d'Héliogabale aux prostituées, selon une anecdote du pseudo-Lampride. Héliogabale réunit les femmes pour se plaindre qu'il y a trop de chasteté à Rome. Afin d'y remédier, il décrète que le corps des femmes est nationalisé et il les exhorte à servir leur patrie par la prostitution. Bruni critique ici Rome à la Renaissance, qu'il trouve décadente, et la compare à ce qu'elle était sous Héliogabale.
En 1605, Thomas Artus fait paraître L'Isle des hermaphrodites, un pamphlet contre la Cour de France maniérée sous . Le livre des lois et coutumes du royaume fut écrit par Imperator Varius, Heliogabalus, Hermaphroditicus, Gomorricus, Eunuchus, semper impudicissimus (« [pour] toujours le très-impudique »). Il prend à contrepied les divers sujets comme la guerre ou la religion, soutenant la corruption, l'impiété, l'hédonisme, la recherche de la vaine gloire et du gain. Il est suivi par un poème Contre les hermaphrodites et deux discours critiquant les mœurs de l'île. Héliogabale y est défini comme un . Il est le père fondateur d'une société dominée par les excès de la liberté et de la volupté, les airs affectés et l'égoïsme engendré par le libéralisme économique.
Le néerlandais Gysbert Tysens critique l'absolutisme royal dans sa tragédie (1720). Le roman épistolaire Héliogabale, ou esquisse morale de la dissolution romaine les empereurs (1802), attribué à Pierre-Jean-Baptiste Chaussard, montre un Héliogabale similaire à celui d'Artus et de Tysens. L'auteur cherche à diffuser les idéaux de la Révolution française : Héliogabale est l'archétype du mauvais souverain tandis qu'Alexandre, instruit par Sylvinus, est invité à renoncer à l'absolutisme.
Le païen subversif Dans le Colloque appelé (1529), Érasme imagine la restauration d'un sénat de femmes, présidé par le personnage de Cornelia. Leurs discussions portent sur les protocoles et la mode. Érasme se moque de la vanité féminine, ainsi que des moralistes s'occupant de sujets triviaux. Lorsque Cornelia dit qu'Héliogabale était le césar le plus illustre, Perotta lui demande ce qu'il avait d'illustre pour finir dans les égouts de Rome. Cornelia défend la réputation d'Héliogabale, a qui on a reproché d'avoir . Cette dernière affirmation s'accorde mal avec l'intolérance religieuse réputée d'Héliogabale, mais une histoire similaire était répandue au sujet de Sévère Alexandre.
Les années 1830 voient fleurir un intérêt pour le christianisme primitif. Des chrétiens interviennent régulièrement dans la littérature, décrivant leurs persécutions et la conversion de païens. Héliogabale apparaît rarement, probablement car aucune persécution des chrétiens par lui n'est connue. Dans la pièce Héliogabale de Toussaint Cabuchet , l'empereur est confronté à la foi chrétienne sa tante Mamméa, qui est aussi son épouse. Il ne comprend pas le christianisme et refuse d'abandonner son mode de vie hédoniste : Elle songe à le quitter, mais il est prêt à se convertir et abandonner l'empire. Mamméa et son fils Alexianus deviennent ennemis d'Héliogabale après qu'elle a refusé de rester avec lui. Dans (1902), Arthur Wescott dépeint Héliogabale comme cruel, pratiquant des sacrifices humains avec des victimes chrétiennes. Bel homme de dix-sept ans, il n'en est pas moins efféminé, débauché et sous le joug de son amant Hiéroclès.
Dans la seconde moitié du , le Décadentisme rejette l'art au service d'une société bourgeoise et proclame le principe de : . Les thèmes de la femme fatale, de l'androgynie et de l'homosexualité sont récurrents dans le Décadentisme, les auteurs trouvent en Héliogabale un personnage très inspirant. Régulièrement, Héliogabale est celui qui réussit à accomplir l'inaccomplissable, à triompher de la nature, de la loi et de la réalité, qu'il rejette pour ses fantasmes, ce qui ne l'empêche pas d'être décrit comme un personnage mauvais. Marie-France David-de Palacio remarque une récurrence de l' d'Héliogabale, caractérisé par , ce qui s'accorde bien avec l'idée de dégénérescence, populaire dans cette fin de siècle.
L'esthète oriental alt=Un homme acclamé par une foule conduit un grand char a seize chevaux blancs passe sous un arc de triomphe. Il est adossé à un autel sur lequel est une pierre noire conique.|vignette|Héliogabale conduit un char avec la pierre noire sur un autel. Illustration d'A. Leroux pour L'Agonie, 1902. L'Agonie (1888) de Jean Lombard, a énormément influencé les Décadents, malgré le succès très modeste du roman, qui puise notamment dans l'Histoire auguste. Lombard a clairement fait savoir son rejet du Décadentisme du Symbolisme, mais il reprend les thèmes de l'androgynie, de l'incertitude du sexe et de l'artificialité. Héliogabale n'est pas le personnage principal, mais il apparaît comme l'icône de la splendeur et de la décadence orientale, rejetées par Rome et l'Occident. Il est la raison de l'atmosphère licencieuse de Rome : le culte à Élagabal doit permettre aux fidèle d'aboutir à l'androgynie, raison pour laquelle l'empereur organise et participe à des orgies bisexuelles. La pierre noire d'Emèse, de forme phallique dans le roman, symbolise la . La chute d'Héliogabale clôt le livre, durant lequel Lombard évoque plusieurs fois Babylone, symbole de corruption et de décadence, et l'Apocalypse. Mais M.-F. David-de Palacio note que, pour Lombard, cette agonie et cette mort porte les germes d'une renaissance du monde romain, ce qui le différencie des auteurs décadents.
Louis Jourdan (La Dernière Nuit d'Héliogabale, 1889) oppose le caractère de Rome au caractère syrien d'Héliogabale, dont la cruauté n'est pas dénuée d'un idéal esthétique. L'incarnation en Héliogabale de l'Orient déterminé à dominer l'Occident est plus explicite chez d'autres auteurs, comme le dramaturge Auguste Villeroy (Héliogabale, 1902). Son personnage, frustré de n'être aimé de personne, déclare l'idéal de l'androgynie. Louis Didier (La Destinée, 1900) dit par son protagoniste Maurice qu'Héliogabale était incompris par ses pairs et qu'il est l'artiste .
Sujet de réflexion sur le genre et la sexualité Théophile Gautier mentionne l'empereur dans Mademoiselle de Maupin (1835) : loin d'être un emblème du vice, c'est un personnage splendide pour ses excès. Dans la première version de L'Éducation sentimentale (1845), le protagoniste Henry aspire à la sensualité romaine telle qu'elle existait sous Héliogabale et Néron. Dans À rebours de Joris-Karl Huysmans (1884), le dandy Jean des Esseintes se délecte de la débauche et du luxe d'Héliogabale, qu'il oppose à l'abstinence et la sobriété de Tertullien, auteur chrétien contemporain.
En 1876, Jean Richepin raconte la mort d'un jeune homme travesti invoquant que . M. Icks pense que l'empereur put être une source d'inspiration pour les hommes homosexuels ou ayant une ambiguïté de genre.
Dans le cycle poétique Algabal (1892), Stefan George présente un jeune empereur comme créateur d'un jardin sous-marin artificiel, ressemblant à Linderhof et Neuschwanstein, châteaux du roi de Bavière (1845-1886), notoirement homosexuel, qui se construisit aussi des mondes idéaux. Algabal n'aime pas les femmes, montrées comme prédatrices, mais il couche avec l'une d'elles dans un acte de dévotion envers son dieu, Zeus, afin d'atteindre l'androgynie.
Louis Couperus fut entre autres inspiré par Lombard pour De Berg van licht, roman historique en trois volumes (1905-1906) suivant l'ascension et la chute d'Héliogabale. Talentueux et envoûtant, mais au caractère sensuel et névrosé, conséquence d'une hérédité tarée, il reste profondément oriental et termine broyé par le Destin. Il ne parvient pas à maintenir son androgynie en raison de son attirance exclusive pour les hommes, restant dans un rôle féminin, ce qui précipite sa chute.
En 1934, Antonin Artaud livre une biographie où se mêlent philosophie et métaphysique dans l’essai Héliogabale ou l’Anarchiste couronné. Écrite en 1942, mais publiée en 2024 par Gallimard, la pièce de théâtre Héliogabale de Jean Genet aborde les thèmes du sacré et de sa désacralisation, de la beauté et de son enlaidissement, l’homosexualité et le travestissement. Le roman Ravagés de splendeur de Guillaume Lebrun (2025) utilise la matière historique pour exposer les préoccupations contemporaines relatives à la sexualité et au genre.
Musique Francesco Cavalli et Aurelio Aureli présentent l'opéra Eliogabalo (1667) à Giovanni Carlo et Vincenzo Grimani, propriétaires du théâtre SS. Giovani e Paolo. Eliogabalo est tyrannique, efféminé, luxurieux, peu scrupuleux des lois ou intéressé par ses sujets. Il trouve finalement la rédemption grâce à Alessandro et devient un empereur juste.
La chanson Fille d'ouvrier, composée par Gustave Goublier et écrite par Jules Jouy en 1898, elle oppose la figure de l'empereur supposément décadent « Patrons ! Tas d'Héliogabales » avec la celle des ouvriers.
La tragédie lyrique Héliogabale (1910) d'Émile Sicard et Déodat de Séverac présente un empereur similaire à celui d'A. Wescott, mais inspiré de L'Agonie. Séverac écrit à un ami : .
En , le saxophoniste et compositeur expérimental John Zorn sort l'album Six Litanies for Heliogabalus.
Bande dessinée