Mohamed Badra dit Hammadi Badra, né le à Tunis et mort le dans la même ville, est un homme politique et diplomate tunisien du .

Issu de la bourgeoisie marchande tunisoise, il amorce son parcours au sein des structures patronales en présidant la Chambre de commerce tunisienne du Nord dès 1948, position qui favorise son intégration dans les réseaux nationalistes de M'hamed Chenik. Nommé ministre des Affaires sociales en 1950, il participe aux négociations sur l'autonomie interne avant de co-signer en la plainte tunisienne portée devant le Conseil de sécurité des Nations unies.. Cet acte de rupture politique provoque la chute du gouvernement et l'oblige à l'exil, principalement au Caire, d'où il participe au plaidoyer international pour la souveraineté de son pays.

De retour en Tunisie en 1955, il réintègre l'appareil d'État comme ministre de l'Agriculture dans le cabinet de Tahar Ben Ammar, puis comme membre de l'assemblée nationale constituante en 1956. Après l'indépendance, sa carrière se déploie à l'échelle internationale à travers ses fonctions d'ambassadeur plénipotentiaire en Libye, en Syrie, au Koweit, en Égypte, en Italie et en Grèce entre 1959 et 1969.

Biographie Origines et formation Mohamed Badra naît le à Tunis, au sein du quartier de Bab Menara. Sa famille, originaire de Djerba, s'y était établie à la fin du , s'inscrivant dans la dynamique migratoire de nombreux commerçants insulaires de l'époque..

Son parcours scolaire s'articule en deux étapes : il étudie d'abord au collège Sadiki de 1912 à 1919, avant d'intégrer le lycée Carnot, où il obtient son baccalauréat en 1921.. Après une interruption de plusieurs années consacrée à son entrée dans la vie professionnelle, il reprend son cursus en 1926 à l'université de Lyon afin d'y suivre une formation commerciale. Parallèlement à ses études universitaires, il consacre son temps libre à la littérature en fréquentant divers cercles académiques et intellectuels..

Carrière politique et engagement nationaliste Engagement nationaliste C'est dans l'entourage de M'hamed Chenik que Mohamed Badra amorce son parcours au sein du mouvement national. En , sous le règne de Moncef Bey, Chenik lui confie la direction de son cabinet.. La déposition du souverain par les autorités coloniales françaises, survenue quatre mois plus tard, renforce son engagement militant. moncéfiste après la Seconde Guerre mondiale : il co-signe avec Abed Bouhafa un livre blanc publié en 1946 sous l'égide du Comité de défense du bey déchu.. Durant la nuit du au de la même année, il prend part au Congrès national tunisien, connu sous le nom de « congrès de la Nuit du Destin ». Cette assemblée réunit plus de deux cents représentants issus de toutes les sensibilités du mouvement national autour d'une revendication commune d'indépendance, avant que les autorités coloniales n'interrompent les délibérations..

À la même époque, Mohamed Badra accède à des responsabilités économiques: le , il est élu président de la Chambre de commerce tunisienne du Nord, à la tête de laquelle il est reconduit jusqu'en 1950.. En , il se rend à Paris pour assister à la première réunion du conseil d'administration de la Banque d'Algérie et de la Tunisie. Interrogé par l'Agence France-Presse, il appelle à accorder une place plus importante à l'Afrique du Nord et notamment à la Tunisie, dans les échanges commerciaux..

Fonction ministérielle sous le protectorat (1950-1952) Nommé ministre des Affaires sociales en au sein du second cabinet de M'hamed Chenik — dont la mission essentielle consiste à négocier les modalités de l'autonomie interne avec Paris —, Mohamed Badra abandonne dès lors la présidence de la Chambre de commerce tunisienne du Nord. Pour marquer cette transition, l'institution lui dédie une séance extraordinaire le ..

Trois mois plus tard, à la Grande Mosquée de Sousse, lors des funérailles des victimes de la répression sanglante d'une grève d'ouvriers agricoles à Enfidaville, il condamne publiquement et coloniales. Cette prise de position suscite l'indignation de la section française du Grand Conseil, qui l'accuse de rompre la solidarité gouvernementale....

En parallèle, il continue de participer aux négociations franco-tunisiennes : aux côtés de Salah Ben Youssef, secrétaire général du Néo-Destour, il prend part aux pourparlers directs menés à Paris avec le résident général Louis Périllier.. Il est décoré du Nichan Ahed el-Aman par le bey Lamine en 1951Décret beylical du 24 mars 1951 conférant au ministre des Affaires sociales le Nichan Ahed el-Aman avec écharpe cité par .. En de la même année, un nouveau déplacement officiel à Paris en compagnie de Ben Youssef et de Mohamed Saadallah, visant à y rejoindre Chenik, conduit le quotidien Le Monde à l'identifier comme un membre éminent du brain trust tunisien. Le journal rappelle à cette occasion son rôle central d'adjoint auprès de Chenik lors de la première phase des réformes..

Le , muni d'une lettre d'habilitation signée deux jours plus tôt par le grand vizir Chenik, Badra dépose, conjointement avec Ben Youssef, une requête auprès du secrétariat général de l'ONU.. Cette démarche vise à soumettre le différend franco-tunisien à l'arbitrage du Conseil de sécurité, comme l'attestent les archives officielles de l'ONU consignant les communications des deux ministres. Durant les jours qui suivent, ils intensifient leurs initiatives diplomatiques à Paris pour valider la recevabilité de leur plainte et rallier les délégations arabes et asiatiques à la cause tunisienne..

Exil et internationalisation de la cause tunisienne (1952-1955) La destitution du cabinet Chenik, survenue en , contraint Mohamed Badra à l'exil.. Présent à Paris au moment de l'arrestation de ses collègues, il quitte la capitale française le avec Salah Ben Youssef. Le lendemain, Le Monde rapporte que les deux ministres, anticipant leur propre arrestation, ont gagné Bruxelles par la route, puis Genève par voie aérienne, avant d'annoncer leur intention de rejoindre Le Caire.. S'ouvre alors une séquence d'exil de plus de trois ans, durant laquelle il déploie son activité diplomatique principalement entre Le Caire, Damas et Bagdad..

Dès le , la Ligue arabe l'accueille dans la capitale égyptienne en qualité d'hôte officiel, au même titre que Ben Youssef, recevant notamment la visite du secrétaire général de l'organisation, Abdul Rahman Hassan Azzam. Les deux ministres exilés réaffirment leur volonté de porter le différend devant le Conseil de sécurité et adressent une protestation formelle au secrétaire général de l'ONU.. Le Caire ne constitue toutefois qu'un ancrage temporaire : Le Monde annonce le son départ pour Bagdad, évoque une future étape à Karachi et mentionne ses démarches pour obtenir un visa américain afin d'accéder au siège des Nations unies.. Ces initiatives s'intègrent dans une dynamique multilatérale plus vaste : au cours de l'année 1952, plusieurs États de la région interpellent directement l'ONU sur la question tunisienne...

L'année suivante, le , Le Monde se fait l'écho d'un manifeste rédigé au Caire par Badra, Ben Youssef et le secrétaire général du Destour. Ce document programmatique exige la réouverture des négociations sur la base de l'abrogation du traité de protectorat, tout en fixant trois préalables : la levée de l'état de siège, la restauration des libertés publiques et la libération immédiate des détenus politiques..

En , alors que se négocie à Genève la formation du gouvernement de Tahar Ben Ammar et bien que non-membre du Néo-Destour, Badra assiste le à une réunion de son bureau politique. Dans les colonnes du Monde, il se prononce en faveur de la constitution rapide du nouveau cabinet et de l'ouverture immédiate des pourparlers. S'il juge la France disposée au dialogue, il avertit que le succès de l'entreprise dépendra de l'application intégrale du plan soumis au Bey. Il plaide en outre pour une coexistence pacifique adossée à une volonté de conciliation réciproque..

Son exil prend fin au printemps 1955. Ayant quitté Le Caire à la mi-, il effectue une escale à Paris où Le Monde annonce son arrivée le , avant de publier, le , sa position sur la nouvelle phase des négociations. Après plus de trois ans d'éloignement, Badra choisit de se rallier à la stratégie gradualiste défendue par Habib Bourguiba.. Dans cette déclaration, il affirme sa confiance dans l'avenir du pays et dit espérer l'ouverture d'une , dans laquelle, tous, sans distinction de race ou de conviction, pourrait vivre dans un ..

Autonomie et accession à l'indépendance (1955-1956) Trois mois à peine après son retour d'exil, la mise en œuvre des conventions sur l'autonomie interne consacre son retour aux affaires publiques. Le , Tahar Ben Ammar le nomme ministre de l'Agriculture au sein de son second cabinet., des fonctions qu'il exerce jusqu'à la proclamation de l'indépendance.. Dès les premiers jours de son mandat, du au , il représente la Tunisie à la Conférence économique nord-africaine organisée à Paris.. À la tête de ce département ministériel, son action se concentre sur la modernisation structurelle du secteur : il donne la priorité à l'aménagement du territoire agricole, au développement du crédit foncier — particulièrement en faveur des petits exploitants pour l'acquisition d'intrants et de semences —, ainsi qu'à la mise en valeur des terres domaniales dans les régions du Centre et du Sud tunisien...

Le , le quotidien Le Monde indique que les listes du Front national, menée par le Néo-Destour, ne devraient inclure aucune figure indépendante et cite Mohamed Badra parmi les ministres qui en seraient exclus.. Deux jours plus tard, le quotidien annoce toutefois que, contrairement à ce qui avait été envisagé, une dizaine d'indépendants seront finalement intégrés aux liste, parmi lesquels figurent Badra, Tahar Ben Ammar et M'hamed Chenik..

Candidat dans la circonscription du Cap Bon, il est élu le — cinq jours après l'accession du pays à la souveraineté internationale — pour siéger à l'assemblée nationale constituante, chargée d'élaborer la première constitution de la Tunisie indépendante..

Carrière diplomatique de l'État souverain Sa trajectoire diplomatique post-indépendance s'ouvre en Libye, où il exerce les fonctions d'ambassadeur du au . Il s'y emploie à densifier les relations bilatérales par la signature d'accords commerciaux, sanitaires et de télécommunications, tout en promouvant la coopération technique et culturelle. Durant son mandat, la Libye accède au rang de troisième partenaire commercial de la Tunisie...

Le , il est nommé en Syrie avec une accréditation simultanée au Koweït. Bien que résidant à Damas, il se rend au Koweït pour y présenter ses lettres de créance.., assurant cette double représentation plénipotentiaire jusqu'au .. Ses missions se poursuivent ensuite en République arabe unie du au .., puis en Italie. et en Grèce du au ..