Henriette Cadieux de Courville (1811-1891) est l'épouse du patriote François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier (1803-1839), pendu à la prison du Pied-du-Courant le 15 février 1839. Elle provient d'une d'une famille relativement aisée de Montréal. Suite à l'exécution de son mari, elle mène une existence pauvre et recluse dans le village de L'Assomption.

Jeunesse et formation

Henriette Cadieux naît le 12 mars 1811, à Jean-Marie Cadieux de Courville, notaire montréalais établi sur la « Petite rue Saint-Jacques », et Marguerite Roy. Elle est la deuxième de quatre enfants. Elle fréquente, entre ses cinq et treize ans et de façon intermittente, le couvent de la Congrégation de Notre-Dame, parfois en tant que demi-pensionnaire, parfois en tant que pensionnaire. Le 11 mai 1827, elle devient orpheline de père à la suite du décès de Jean-Marie Cadieux. À dix-neuf ans, elle retourne au couvent pour y continuer ses études.

Le mariage François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier – Henriette Cadieux Les familles Lorimier et Cadieux entretiennent de nombreux liens. En effet, le père et le mari d’Henriette exercent la même profession de notaire, et les deux fréquentent les mêmes cercles de la bourgeoisie montréalaise émergente. Il est donc possible qu’Henriette rencontre son époux à travers son père qui l’aurait possiblement connu. Leur union est célébrée à Notre-Dame de Montréal le 10 janvier 1832.

Chevalier et Henriette ont eu cinq enfants, mais seulement deux filles, Adélaïde-Zénoïse-Léopoldine et Stéphanie-Marguerite-Malvina, survivent au-delà de la petite enfance. Napoléon, leur dernier enfant et leur unique fils, décède au printemps 1839, peu après son père.

Les procès contre Marguerite Roy Marguerite Roy, la mère d’Henriette, se remarie avec Auguste Régnier en 1835 sous le régime de la séparation de biens. Depuis 1834, le partage des biens du défunt Jean-Marie Cadieux finit en poursuite judiciaire, dont le jugement est prononcé qu’en 1874. De plus, Henriette et sa sœur Rachel intentent un autre procès contre leur mère et son deuxième mari, mais ce procès est abandonné puisque les deux sœurs s’apprêtent à rejoindre leurs maris respectifs en exil.

L'exil Aux suites de la bataille de Saint-Eustache, en décembre 1837, Chevalier de Lorimier, accompagné de son frère Jean-Baptiste-Chamilly de Lorimier (1808-1865) et de quelques camarades, s’exile à Plattsburgh, aux États-Unis. Henriette le rejoint au mois de mai suivant et y reste jusqu’en août. Durant l’exil, il traverse au moins une fois la frontière, pour se rendre dans la région de Sainte-Martine, avec visée de recruter des hommes pour le second soulèvement.

Condamnation et mort de Chevalier de Lorimier Chevalier de Lorimier est arrêté le 12 novembre 1838 alors que lui et d’autres combattants patriotes sont en route pour traverser, de nouveau, la frontière américaine. Il est emmené à la prison de Napierville pour l’interrogatoire, et dix jours plus tard, à Montréal, dans un hangar de la Pointe-à-Callière. Finalement, il est se retrouve dans la prison dite Pied-du-Courant, où il passe ses dernières semaines.

Le procès de Chevalier de Lorimier a lieu du 11 au 21 janvier 1839. Il présente sa défense le 19 janvier 1839, en s’appuyant sur les témoignages d’autres notaires qu’il a connu, ainsi que de son cousin Jean-Baptiste Chevalier de Lorimier. En dépit de cela, il est accusé de haute trahison et condamné à mort le 26 janvier.

Pendant son procès et en attendant son exécution, celui-ci adresse, notamment à Pierre-Claude Boucher de la Bruère ainsi qu’à son «cousin et ami» (qui pourrait être Jean-Baptiste Chevalier de Lorimier ou alors Chevalier de Lorimier, fils de François-Thomas de Lorimier), des lettres dans lesquelles il leur demande de veiller sur sa femme et ses enfants.

Henriette est probablement accompagnée par une de ses belles-sœurs, Marguerite ou Adélaïde, lors de ses visites à son mari emprisonné. Jean-Marie-Pantaléon-Onésime, un des frères d’Henriette, se déplace à Plattsburgh afin de quérir des documents pour Chevalier.

La veille de la pendaison de Chevalier de Lorimier, Henriette et ses beaux-parents restent à ses côtés tout l’après-midi. Henriette pleure la perte de son mari, sachant que c’est la dernière fois qu’elle le verrait.

Le 16 février 1839, Henriette écrit au Baron de Fratelin pour lui demander le portrait de son défunt époux. Le lendemain de sa mort, elle défend déjà sa mémoire et vante ses qualités: «[…] ils n’ont pu lui ôter son courage et sa fermeté. Il s’est montré jusqu’à la fin capable de soutenir la cause sacrée qu’il avait embrassée et défendue avec la plus grande ardeur». Cette lettre inspire Odile Cherrier, sa cousine, d’écrire à son tour au Baron pour le portait qui lui aurait été promis.

Le deuil Henriette demeure à Montréal avec ses filles ainsi que sa belle-sœur Marguerite, où elle loue une maison pour sa subsistance. Elle perd son unique fils, Ernest-François-Napoléon, et il est enterré le 6 avril 1839. En 1846, elle déménage dans le village de L’Assomption, en Lanaudière. Il est possible qu’Henriette ait choisi de s’y établir puisque des membres de la famille de Lorimier y vivent déjà. Ses filles étudient au couvent des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, à L’Assomption.

Marguerite Roy, la mère d’Henriette, décède en 1857; sa belle-sœur Adélaïde et sa grand-mère Marie-Josephte Monarque en 1860; son beau-frère Jean-Baptiste Chamilly de Lorimier en 1865. Suivent ensuite Marguerite de Lorimier, qui a vécu plusieurs années avec Henriette et ses filles, en 1874, et puis Rachel, sa sœur, en 1879.

Lors de sa vie à L’Assomption, Henriette est décrite par le curé Odilon Guilbault comme étant «[…] très intelligente et très distinguée, mais écrasée par sa terrible épreuve […]» au point qu’elle vit enfermée dans sa maison, ne sortant que pour aller à l’église. Les filles de Lorimier seraient «[…] élevées dans le culte de la mémoire de leur père […]», mais leurs vies, comme celle de leur mère, sont sobres et tristes, marquées par le deuil.

Un élan de solidarité Léonard A. Fortier, médecin de Sainte-Scholastique de passage à L’Assomption, rédige un article qui paraît dans le journal La Tribune de Laurent-Olivier David sur le sort de la veuve de Lorimier. Il dénonce la pauvreté dans laquelle vit la famille: la maison est sommaire et froide, et les femmes doivent chercher de l’eau dans la rivière pour leurs besoins domestiques. Il appelle alors à la reconnaissance pour les actes de Chevalier de Lorimier qui ont causé des décennies de souffrance à sa famille.

La publication de ce texte entraîne une prise de conscience sur le sort d’Henriette. Celle-ci est embarrassée que sa situation financière est révélée au grand jour, et à cause de cela, l’initiative étend son champ d’action pour aider d’autres familles de patriotes. L’Association Saint-Jean-Baptiste organise des soirées littéraires et musicales, à Québec (ville), Trois-Rivières, Montréal et ailleurs dans le but de récolter de l’argent pour la cause. Le 15 juillet 1883, quand la somme de 1000$ est amassée, près de 400 personnes participent à un événement lors duquel l’argent est remis. Henriette n’y participe pas; elle aurait pu être malade, mais le comité se rend à son domicile pour lui remettre le chèque. Lors de son adresse de remerciement, elle perd connaissance.

Fidèles à leurs habitudes, Henriette et ses filles vivent de manière toute aussi modeste après ce cadeau.

Décès et postérité Henriette Cadieux décède de dyspepsie le 6 décembre 1891 et elle est enterrée le 10 décembre. Le lendemain, le journal La Patrie (Montréal) affiche une souscription pour élever un monument à la mémoire de Chevalier de Lorimier et de son épouse dans le cimetière de l’Assomption.

Henriette Cadieux, ou un personnage fortement inspiré d’elle, figure dans des romans de Georges Boucher de Boucherville et de Robert de Roquebrune. Elle est également mise en scène par Pierre Falardeau dans le film 15 février 1839.

La rue Marie-Anne, dans le quartier Plateau Mont-Royal, est anciennement nommée rue Henriette par Jean-Marie Cadieux d'après une de ses filles.

Références

Catégorie:Personnalité canadienne du XIXe siècle Catégorie:Naissance en mars 1811 Catégorie:Naissance à Montréal Catégorie:Décès en décembre 1891 Catégorie:Participant à la rébellion des Patriotes