vignette|Manifestation populaire lors de l'Achoura en 1979, devant la tour Azadi. La révolution islamique de 1979 en Iran a fait un grand nombre de victimes, qu'elles aient été celles du régime impérial avant sa chute, ou celles du nouveau pouvoir religieux et révolutionnaire. Les observateurs diffèrent sur le nombre de personnes décédées durant la période de la révolution. L'actuel gouvernement islamique avance le chiffre de 60 000 morts ; à ce sujet, l'historien militaire Spencer C. Tucker note que « le régime de Khomeini a largement exagéré le bilan humain de la révolution à des fins de propagande ». Le sociologue Charles Kurzman, s'appuyant sur des documents ultérieurs plus détaillés émanant de la République islamique, estime que ce chiffre se situait plutôt entre 2 000 et 3 000.

Tucker explique que le consensus des historiens concernant le nombre de victimes estimées pendant la révolution iranienne (de janvier 1978 à février 1979) se situe entre 532 et 2 781.

Le nombre de manifestants et de prisonniers politiques tués après la chute du Chah par la nouvelle République islamique lors de la consolidation de son pouvoir est estimé par les organisations de défense des droits de l'homme à plusieurs milliersLettre d'Amnesty International à Shaul Bakhash, 6 juillet 1982. Citée dans The Reign of the Ayatollahs, de Shaul Bakhash, p. 111. Selon les estimations de Tucker, entre 1980 et 1985, entre 25 000 et 40 000 Iraniens ont été arrêtés, 15 000 ont été jugés et 8 000 à 9 500 ont été exécutés.

Victimes de la monarchie droite|vignette|250x250px| Affrontements à Téhéran sur la place Jaleh entre des manifestants et le régime du Chah. droite|vignette|250x250px| Des manifestants tués par le régime du Chah à Téhéran. droite|vignette|250x250px| Manifestants iraniens lors des émeutes de juin 1963, considérées par Khomeini et ses partisans comme le véritable début de la révolution. Le préambule de la Constitution de 1979 de la République islamique d’Iran parle de la révolution islamique « imbibée du sang de plus de 60 000 martyrs et de 100 000 blessés et invalides ». Le chef de la révolution, Rouhollah Khomeini, a également déclaré que « 60 000 hommes, femmes et enfants ont été martyrisés par le régime du Chah ». En référence au chiffre de 60 000, l’historien militaire Spencer C. Tucker note que « le régime de Khomeini a largement exagéré le nombre de morts de la révolution à des fins de propagande ». Tucker fait valoir que le consensus des historiens concernant le nombre estimé de morts pendant la révolution iranienne (de janvier 1978 à février 1979) se situe entre 532 et 2 781.

Emadeddin Baghi, qui fut chercheur à la fondation des Martyrs et des Affaires des Vétérans (Bonyad Shahid), créée après la révolution pour indemniser les révolutionnaires survivants et les familles de ceux tombés au combat, a constaté qu'en réalité, le nombre de personnes tuées était bien plus faible. Entre 1963 (année des émeutes déclenchées par Khomeini et véritable début, à ses yeux, de la révolution islamique) et 1979, il estime que 3 164 personnes du mouvement de protestation ont été tuées. La Fondation des Martyrs a recensé 744 morts à Téhéran (où la majorité des victimes seraient décédées). La fondation laissait de côté les non-musulmans morts sur cette période, jugeant leur nombre « trop insignifiant ». Baghi chiffre à 341 personnes le nombre de victimes non-musulmanes tuées entre le combat de Siakhal en 1971 et février 1979, essentiellement des membres de groupes marxistes et des guérilleros. Les pompes funèbres de la capitale ont dénombré 895 morts liés à des motifs politiques entre juin 1963 et février 1979, et le principal cimetière de Téhéran, Behesht-e Zahra, 768 morts.

Selon Kurzman, « le chah disait fréquemment aux émissaires étrangers qu’il était incapable de massacrer ses sujets pour sauver son trône »Kurzman, the Unthinkable Revolution, p.108.

Par date Selon un recueil de « martyrs de la révolution », Laleh'he-ye Enqelab, examiné par Charles Kurzman,

35 manifestants sont morts au cours des huit premiers mois de 1978. 33 à Shahrivar (août-septembre 1978) et 18 à Mehr (septembre-octobre 1978), lorsque la révolution a pris la forme de grèves au lieu de manifestations de rue.

Lorsque le régime militaire a été installé à Mehr en 1978, le nombre de morts est monté à :

45 à Aban (octobre-novembre 1978), puis à 85 à Azar (novembre-décembre 1978), 137 à Dey (décembre 1978–janvier 1979), et 179 à Bahman (janvier-février 1979)Kurzman, Unthinkable Revolution, (2004), p. 109, note : "Concernant les martyrs de la révolution, voir Laleh-ye Enqelab. Cet ouvrage, publié par une institution religieuse, présente des photographies de « martyrs de la révolution » accompagnées de leur nom, âge, date et lieu de décès, et parfois de leur profession. La méthode de recensement n'est pas précisée. Je suis reconnaissant au professeur James A. Bill de m'avoir orienté vers Laleh-ha-ye Enqelab, source qu'il a lui-même utilisée dans ses propres écrits comme indicateur des décès survenus durant la révolution." (James Bill, The Eagle and the Lion, p. 487).

Chronologie

Manifestation du 19 Dey à Qom La manifestation du 9 janvier 1978 (19 Dey 1356) dans la ville sainte de Qom, en réaction à la parution d'un récit diffamatoire sur l'ayatollah Khomeini, fut probablement la première manifestation majeure de la révolution. Le bilan officiel de la répression fut de neuf morts. Les diplomates américains ont d'abord rapporté à Washington qu'il y avait entre 20 et 30 morts, puis quatorze. Des rumeurs se sont immédiatement répandues selon lesquelles une centaine de personnes, voire plus, avaient été tuées, et « les estimations de l'opposition allaient jusqu'à 300 ». L’opinion publique de l’époque, telle que reflétée dans « un petit sondage réalisé à Téhéran la semaine suivante », a révélé que « davantage de personnes croyaient aux chiffres des victimes de l’opposition qu’à ceux du gouvernement »Kurzman, the Unthinkable Revolution, p. 37. En revanche, une liste récemment établie par le Centre de documentation de la révolution islamique, un « institut pro-révolutionnaire », a dénombré cinq morts lors de la manifestation.

Manifestation du 29 Bahman à Tabriz 40 jours après la manifestation de Qom, le 18 février 1978 (29 Bahman), plusieurs groupes de protestataires défilèrent dans un certain nombre de villes, pour honorer les morts et contester le régime du Chah. L'État fit venir « des troupes et des chars d'assaut provenant de bases militaires voisines ». Cette fois, les violences majeures éclatèrent dans la ville de Tabriz, au nord-ouest du pays. Selon l'opposition, 500 manifestants ont été tués sur place, et selon le gouvernement, dix l'ont été. « Une récente [vers 2004] critique pro-révolutionnaire de l’événement a cependant affirmé de manière définitive que le nombre total de morts était de 13. » Kurzman, The Unthinkable Revolution in Iran, (2004), p.46 [pour le décompte définitif des décès, voir Shirkhani, Hamaseh-ye 29 Bahman, 143–176; Enqelab-e Eslami Beh Ravayet-e Asnad-e SAVAK, v.3, 37, note 1] (Kurzman, Unthinkable Revolution, (2004), p. 201

Incendie du cinéma Rex à Abadan L'incendie criminel d'un cinéma à Abadan le 19 août 1978 tua au moins 420 personnes. Quatre hommes aspergèrent le bâtiment d'essence avant d'y mettre le feu, déclenchant ainsi une tragédie meurtrière.

Khomeini accusa immédiatement le Chah et les services secrets, la SAVAK, d'être à l'origine de l'incendie. L'opposition libérale déclara que le pouvoir avait souhaité faire régner une atmosphère de terreur en ce jour anniversaire de la chute de Mohammad Mossadegh, renversé le 19 août 1953, et qui restait dans l'imaginaire un symbole de l'opposition libérale au pouvoir des Pahlavi. En raison de l'atmosphère révolutionnaire, le public repris ce discours et accusa le Chah d'être responsable de l'incendie, malgré les multiples démentis du gouvernement assurant qu'il n'y était pour rien. Des dizaines de milliers de personnes descendirent dans la rue en criant « Brûlez le Chah ! » et « Le Chah est le coupable ! »droite|vignette|250x250px| Des manifestants tués lors du vendredi noir.Selon Roy Mottahedeh, auteur de l'ouvrage The Mantle of the Prophet, « des milliers d’Iraniens qui étaient restés neutres et qui pensaient jusqu’alors que la lutte n’opposait que le chah aux partisans des mollahs religieux conservateurs, eurent alors l'impression que le gouvernement pouvait aller jusqu'à mettre leur propre vie en jeu pour se sauver. Et soudain, pour des centaines de milliers de personnes, le mouvement était devenu un combat personnel. »

Après la révolution, nombreux furent ceux qui affirmèrent que c'était bien des militants islamistes qui étaient à l'origine de l'incendieAfkhami, R. Gholam. 2009. The life and times of the Shah. University of California Press. . pp. 459, 465.Bahl, Taru, and M. H. Syed. 2003. Encyclopaedia of the Muslim World. Anmol Publications PVT. LTD. . p. 105.Curtis, Glenn Eldon, and Library of Congress. 2008. Iran: a Country Study. Government Printing Office. . p. 48.. Après l’exécution d’un policier, le capitaine Monir Taheri, par le gouvernement de la République islamique pour cet acte de pyromanie, un homme nommé Hossein Takb'alizadeh, se disant le seul incendiaire survivant, affirma être responsable du déclenchement de l’incendie. Après avoir forcé la démission des juges présidents dans le but d'influencer l'enquête, le nouveau gouvernement islamique fit finalement exécuter l'incendiaire présumé pour avoir « mis le feu sur ordre du Chah ». Pourtant, ce dernier affirma l'avoir fait de son propre chef, en sacrifice ultime pour la cause révolutionnaire.

Le 17 Shahrivar, le « Vendredi noir »

L'affrontement entre le gouvernement et les manifestants dont il fut dit qu'il aurait provoqué la colère des forces anti-Chah et éliminé « tout espoir de compromis » se produisit le 8 septembre 1978 (17 Shahrivar) à Téhéran. A la suite de manifestations de plus en plus hostiles, le Chah avait instauré la loi martiale et interdit toutes les manifestations, mais des milliers de manifestants s'étaient tout de même rassemblés à Téhéran. Sur une place de Téhéran, la place Jaleh, les forces de sécurité tirèrent et tuèrent des manifestants lors de ce qui est aujourd'hui connu comme le Vendredi noir, ou massacre de la place Jaleh.

Les autorités religieuses déclarèrent que « des milliers de personnes [avaient] été massacrées par les troupes sionistes ». « Les estimations des victimes du Vendredi Noir varient de moins de 100 à plusieurs milliers. La Fondation des martyrs post-révolutionnaire n'a pu identifier que 79 morts, tandis que le bureau des pompes funèbres en a dénombré 82 et le principal cimetière de Téhéran, Beheshte-e Zahra, n'en a enregistré que 40. »Kurzman, the Unthinkable Revolution, p. 75

Victimes de la révolution Suite au renversement du gouvernement du Chah le 11 février 1979 (22 Bahman 1357), les fonctionnaires de l'ancien régime, y compris des généraux de haut rang, furent exécutés par le pouvoir révolutionnaire. À cette fin, le régime islamique forma des komitehs (comités) dans toutes les provinces. L'ayatollah Mohammad Reza Mahdavi Kani était le chef du Komiteh provisoire central pour la révolution islamique.

L'année 1979 vignette|Les premiers généraux exécutés le 15 février 1979 : en bas Reza Naji, en haut à droite Mehdi Rahimi, et en haut à gauche Manuchehr Khosrowdad.