Edward George Geoffrey Smith-Stanley, comte de Derby, né le à Knowsley dans le comté anglais du Lancashire et mort le dans cette même commune, est un homme d'État britannique, trois fois Premier ministre du Royaume-Uni et, à ce jour, le chef du Parti conservateur qui a connu la plus grande longévité. Il est connu avant 1834 sous le nom d'Edward Stanley et de 1834 à 1851 sous le nom de Lord Stanley. Il est l'un des quatre Premiers ministres britanniques à avoir exercé trois mandats distincts ou plusLes trois autres étant William Ewart Gladstone, Lord Salisbury et Stanley Baldwin.. Cependant, ses ministères ont duré chacun moins de deux ans pour un total de trois ans et 280 jours passés au 10 Downing Street.

Jeunesse et éducation

Stanley est le fils d'Edward Smith-Stanley ( comte de Derby) et de son épouse Charlotte Margaret Hornby, fille du révérend Geoffrey Hornby. Les Stanley sont une famille de propriétaires terriens établie de longue date et très richeRéputé richissime, Lord Derby fut aussi, dit-on, un ami intime de la Païva (cf. Femmes d'exception et femmes d'influence, par Catherine Authier, chez Armand Colin, 2015 et Histoire du Second Empire, par Gérard Unger, chez Perrin, 2018)., dont la résidence principale est Knowsley Hall dans le Lancashire. Stanley fait ses études au Collège d'Eton et à Christ Church, Oxford.

Début de carrière politique, 1822-1852

En 1822, Edward Stanley, comme il est appelé alors, est élu au Parlement dans le bourg pourri de Stockbridge en tant que whig, le parti traditionnel de sa famille. En 1824, cependant, il s'est aliéné certains de ses collègues whigs en votant contre la requête de Joseph Hume pour une enquête sur l'église protestante établie d'IrlandeHawkins Vol I p32–3. Il perd son siège en 1826. Lorsque les whigs reviennent au pouvoir en 1830, Stanley devient secrétaire en chef pour l'Irlande dans le gouvernement de Lord Grey et entre au cabinet en 1831. En tant que secrétaire en chef, Stanley prend une série de mesures coercitives qui l'ont souvent mis en conflit avec le Lord lieutenant d'Irlande, Lord AngleseyHawkins Vol I p75–125. En , Stanley écrit une lettre, la lettre Stanley, au duc de Leinster, établissant le système d'éducation nationale en Irlande. Cette lettre reste aujourd'hui la base juridique de la forme prédominante d'enseignement primaire en Irlande. En 1833, Stanley est promu secrétaire d'État à la Guerre et aux Colonies, supervisant le passage de la loi sur l'abolition de l'esclavageHawkins Vol I p125–134.

En tant que whig conservateur, Stanley rompt avec le ministère à propos de la réforme de l'Église d'Irlande en 1834 et démissionne du gouvernement. Il forme ensuite un groupe appelé Derby Dilly et tente de tracer un chemin intermédiaire entre ce que lui et ses partisans considéraient comme le radicalisme de plus en plus exacerbé de Lord John Russell et le conservatisme des tories. Le virage au centre du chef conservateur Robert Peel avec le « manifeste de Tamworth » de 1834, publié trois jours avant le discours de "Knowsley Creed" de Stanley, ôte au programme des stanleyites une grande partie de son originalitéHawkins Vol I p157–60.

Le terme Derby Dilly est inventé par le leader nationaliste irlandais Daniel O'Connell. Outre Stanley, les autres principaux membres des Dilly sont James Graham, Lord Ripon et Charles Gordon-Lennox, qui démissionnent chacun respectivement de leurs fonctions de Premier lord de l'amirauté, Lord du sceau privé et ministre des Postes. Ces quatre ministres viennent d'horizons politiques différents : Stanley et Graham sont des whigs de longue date, Ripon est un ancien Premier ministre conservateur canningite tandis que Richmond est un tory ultra-conservateur qui a incongrument fait partie du cabinet Grey.

Bien qu'ils n'aient pas participé au bref ministère de Peel en 1835, les Dilly fusionnent peu à peu au cours des années qui suivent avec le Parti conservateur. C'est le cas de Stanley qui rejoint les conservateurs et est nommé de nouveau secrétaire à la Guerre et aux Colonies au sein du second cabinet Peel en 1841Hawkins Vol I p224–5. En 1844, il est appelé à la Chambre des lords en tant que Lord Stanley de Bickerstaffe (Bickerstaffe) dans la baronnie de Stanley de son père par bref d'accélération Hawkins Vol I p290. Il rompt à nouveau avec le Premier ministre en 1845, cette fois à cause de l'abrogation des Corn Laws, et parvient à emmener avec lui la majorité du Parti conservateur (dont, entre autres, le jeune Benjamin Disraeli). Il dirige ensuite la faction protectionniste du Parti conservateur. À la Chambre des lords, le , il accuse le clergé catholique irlandais d'utiliser le confessionnal pour encourager l'anarchie et le crimeRefutation of Lord Stanley's Calumnies against the Catholic Clergy of Ireland, reprint, Dublin, 1850. Cela est contesté dans une série de lettres de l'évêque coadjuteur de Derry, Edward Maginn. En 1851, il succède à son père en tant que comte de Derby.

Le système des partis est en pleine mutation lorsque les conservateurs quittent leurs fonctions en 1846, les questions en suspens étant la question de l'Irlande et de la franchise non résolue. Les protectionnistes ont un noyau de dirigeants, dont Disraeli est un chef de file. Mais dans l'opposition, le parti est toujours divisé, même si Disraeli est déterminé à combler les failles.

Premier ministre, 1852–1869

Premier mandat de Premier ministre

vignette|gauche| Statue à la place du Parlement de Londres

Derby forme un gouvernement minoritaire en , après l'effondrement du gouvernement whig de John Russell. Dans ce nouveau ministère, Benjamin Disraeli est nommé chancelier de l'Échiquier. De nombreux ministres conservateurs de haut rang ayant suivi Peel, Derby est contraint de renouveler profondément son équipe dirigeante, dont trois membres seulement ont déjà servis en qualité de conseillers privés. Lorsque le vieux duc de Wellington, alors très sourd, entend à haute voix la liste des ministres inexpérimentés du cabinet à la Chambre des lords, il s'écrie « Qui ? Qui ? », ce qui vaut au gouvernement d'être surnommé le ministère Who? Who?.

Traditionnellement, les ministères de Derby sont, avec le recul, considérés comme dominés par Disraeli. Cependant, des recherches récentes suggèrent que cela n'a pas toujours été le cas, en particulier dans la conduite du gouvernement en matière de politique étrangère. Dans ce domaine, Derby et ses secrétaires aux Affaires étrangères, Lord Malmesbury et plus tard son fils Lord Stanley, mènent une action qui vise à renforcer le pouvoir grâce à la solidité financière, en cherchant à éviter les guerres à tout prix, en coopérant avec d'autres pouvoirs et en faisant fond sur le Concert européen pour résoudre les problèmes diplomatiques. Cela contraste fortement avec la politique ultérieure de Disraeli, basée sur la force et le prestige militaire, et Derby peut de ce point de vue être considéré comme un précurseur du « splendide isolement ».

Aux élections générales de juin 1852, le Parti conservateur dirigé par Derby et Disraeli ne remporte que 330 sièges à la Chambre des communes, soit du total. Bien que les whigs aient en fait remporté moins de sièges que leurs adversaires — 292 sièges en tout —, plusieurs petits groupes au Parlement se déclarent prêts à se ranger, au moins ponctuellement, du côté des whigs, parmi lesquels les 38 députés conservateurs de la faction peelite, qui ont déjà fait bloc avec les whigs pour abroger les Corn Laws en , les 113 membres libre-échangistes désireux d'éliminer tous les tarifs sur les biens de consommation et enfin les 63 parlementaires irlandais partisans de l'indépendance de l'Irlande et des droits des paysans irlandaisC. H. Stuart, "The Formation of the Coalition Cabinet of 1852." Transactions of the Royal Historical Society (Fifth Series) 4 (1954): 45–68.. Immédiatement après les élections de , aucun de ces petits groupes n'est toutefois disposé à former un gouvernement avec les whigs et Derby se maintient au pouvoir à la tête d'un gouvernement minoritaire. Il fait alors appel à Disraeli au poste de chancelier de l'ÉchiquierJ. T. Ward, "Derby and Disraeli." in Donald Southgate, ed., The Conservative Leadership 1832–1932 (1974) pp 58–100..

Du fait de sa situation fragile au Parlement, le gouvernement de Derby a du mal à gouverner. La principale préoccupation du cabinet est d'éviter tout problème qui pourrait faire en sorte que l'une des petites composantes du gouvernement se s'allie aux whigs et ne provoque un vote qui précipiterait sa chute. Lorsque Disraeli soumet son premier budget à la Chambre des communes en , son plan est immédiatement impopulaire auprès des peelites, des partisans du libre-échange et des députés irlandais qui votent une motion de défiance. En conséquence, le gouvernement minoritaire de Derby est renversé au profit d'une coalition peelite-whig sous Lord Aberdeen. Lorsque l'administration Aberdeen chute à son tour en 1855, la reine Victoria demande à Derby de former un gouvernement Hawkins Vol II p106. À la grande consternation de certaines sections de son parti, dont Disraeli, Derby décline cette offre, pensant qu'il serait en mesure de former un gouvernement plus fort après l'échec d'une administration de courte durée dirigée par l'un de ses rivaux du Parti conservateur, tels que Russell ou Lord PalmerstonHawkins Vol II p106–11Dick Leonard, "George Gordon, 4th Earl of Aberdeen—Failure or Scapegoat?." in Leonard, Nineteenth-Century British Premiers (2008). 232–244..

Deuxième mandat de Premier ministre

vignette|gauche|Derby en 1861.

En 1858, Derby forme un autre gouvernement minoritaire après la démission de Lord Palmerston à la suite d'une défaite parlementaire sur une motion de l'opposition qui, dans le contexte d'un complot raté pour assassiner Napoléon III, pointe du doigt le fait que « le ministère avait admis avoir abrité des assassins ». Disraeli retourne à l'Échiquier et devient également leader de la Chambre des communes. L'une des réussites les plus notables de cette administration est la disparition de la Compagnie britannique des Indes orientales à la suite de la Révolte des cipayes, qui place pour la première fois l'Inde sous contrôle britannique direct. Une fois de plus, le gouvernement ne dure pas et démissionne au bout d'une an, après avoir perdu de peu un vote de défiance porté par le duc de Devonshire au nom de diverses factions whig et radicales qui s'unissent pour former le Parti libéralHawkins Vol II pp 223–7. En , Derby est nommé chevalier de l'ordre de la Jarretière.

De retour dans l'opposition, Derby poursuit une stratégie visant à attirer le Premier ministre, Lord Palmerston, loin de ses collègues les plus radicaux, Lord Russell en particulierHawkins Vol II pp 252–3. Cette tactique est contrecarrée par le déclin de l'influence de Russell et par le budget de 1861 du chancelier de l'Échiquier Gladstone qui unit le cabinet et accroît les divisions entre les conservateursHawkins Vol II pp 259–60. Palmerston reste Premier ministre jusqu'à sa mort en 1865, date à laquelle il est remplacé par le frêle RussellHawkins Vol II p 298.

Troisième mandat de Premier ministre