La plaque de reliure dite d'Adalbéron est une plaque sculptée en ivoire, réalisée vers l’an 1000 en Lotharingie, probablement dans un atelier messin ou lotharingien. Elle est commandée par l’évêque de Metz Adalbéron II (984-1005), neveu du roi Hugues Capet et parent de l’empereur Otton III, afin de constituer la couverture d’un précieux livre liturgique. Elle est conservée au Musée de la Cour d'Or, à Metz, en FranceNotice du musée..

La plaque représente au centre la Crucifixion du Christ, entourée de figures et d’allégories caractéristiques de l’art ottonien et héritées de la tradition carolingienne. La composition est structurée verticalement par la croix. Sa base repose sur une colonne végétalisée, dont le chapiteau à feuilles d’acanthe est surmonté d’Adam et Ève, représentés dans une attitude de contrition et conscients de leur faute. La croix s’élève jusqu’au ciel en haut de la plaque. Entre les médaillons représentant le Soleil et la Lune, elle est adorée au-dessus des nuées par deux anges aux mains jointes. Au-dessus du Christ figure le Titulus crucis, portant l’inscription IHS NAZAREN REX IUDEORU, soit « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs ».

Au bas de la plaque, Océan et Terre personnifient la totalité du monde au centre duquel s’élève le Christ en croix. Au-dessus d’eux, le Verbe, annonçant la Bonne Nouvelle de la victoire sur la mort, est représenté par les symboles des quatre Évangélistes, disposés par paires. Les symboles terrestres, le lion et le bœuf, encadrent la colonne, tandis que les symboles célestes, l’homme ailé et l’aigle, occupent les extrémités de la composition.

Le registre situé au-dessus montre, associés par paires dans des édicules, des saints ressuscités sortant de leurs tombeaux au moment de la mort du Christ. Cette scène renvoie à l’idée de la résurrection des morts par le sacrifice du Christ sur la croix et à son universalité, qui concerne l’ensemble de l’humanité, passée et à venir.

Au pied de la croix apparaissent deux soldats. Le premier, placé à gauche, est le porte-lance, identifié par la tradition à Longin. Il est coiffé d’un casque et présente une main ouverte, attitude qui peut être interprétée comme un signe de reconnaissance et de conversion devant le Christ. À droite, le porte-éponge, traditionnellement appelé Stéphaton, est représenté tête nue et dans une attitude plus statique. Les deux figures peuvent ainsi être interprétées comme incarnant deux attitudes opposées face au Christ : l’accueil et la reconnaissance d’une part, l’impiété ou le refus d’autre part.

Au registre supérieur, une opposition plus fondamentale est suggérée par les personnifications de l’Église et de la Synagogue. L’Église, dont le regard est dirigé vers le Christ, recueille dans un vase le sang qui s’écoule de son côté. La Synagogue adopte une attitude différente : son visage semble se détourner du Crucifié et son regard paraît se diriger vers le Titulus crucis, qui proclame la royauté de Jésus sur les Juifs. Elle se dirige vers l’étendard de son peuple qu’elle tient entre ses mains. Cette opposition s’inscrit dans la tradition iconographique médiévale de la confrontation entre l’Église et la Synagogue.

Aux extrémités de la composition, Marie et Jean sont les seuls personnages dont le regard se dirige vers le ciel et vers les anges adorant la croix. Ils sont associés par les paroles prononcées par le Christ sur la croix, qui les donne l’un à l’autre comme mère et fils. Les bras de la croix les relient également sur le plan formel. Marie et Jean peuvent ainsi être compris comme deux figures participant à la représentation de l’Église : Marie par son rôle dans l’Incarnation du Christ, et Jean par son témoignage et par l’Évangile qui lui est traditionnellement attribué.

Sous la croix, l’évêque Adalbéron II est représenté dans une petite niche. Il apparaît comme le serviteur de la Croix et se place sous la protection du Christ, la croix pouvant être comprise ici comme le nouvel Arbre de vie. Une inscription placée autour de la niche, à la base de la colonne qui porte la croix, identifie le donateur : « Adalbéron, serviteur de la Croix du Christ » (Adalbero crucis XPI servus)Notice INHA..

L’ensemble de la composition est encadré d’une fine bordure ornée de feuilles d’acanthe.

La plaque mesure 15,4 cm de hauteur. Elle provient vraisemblablement du trésor de la cathédrale Saint-Étienne de Metz et est acquise en 1833.

Notes et références

Catégorie:Œuvre conservée au musée de la Cour d'Or Catégorie:Sculpture en ivoire Catégorie:Crucifixion dans l'art