Paroles d'un révolté est un recueil d'articles publiés entre 1877 et 1882 par l'anarchiste russe Pierre Kropotkine. dans le journal francophone qu'il a fondé Le Révolté.. La première édition de ce recueil d'articles date de 1885..
Résumé
La situation Cet article commence par l'annonce d'une prochaine révolution qui se laisse présager par « le réveil des peuples, à côté de la faillite morale, intellectuelle et économique des classes regnantes ».. Il conclut de ces deux phénomènes qu'il détaille dans l'article que « [le] peuple prononcera bientôt la déchéance de la bourgeoisie »..
La décomposition des États Après avoir développé « la faillite de la production commerciale ». dans l'article précédent, Kropotkine s'attache à détailler la « décomposition galopante » et la « faillite prochaine des États ». Il commence par affirmer que la forme étatique est devenue vieille (« leur point culminant [fut] au ».). Cependant, le désir d'autonomie et de communes du peuples n'est pas suivi par les classes dirigeantes qui s'attachent encore à l'État, ce qui explique que la révolution sera violente. Kropotkine évoque ensuite le pouvoir immensce que l'État a pris sur la vie des gens, ceci à un prix immense, que les contribuables doivent payer et qui conduit à une dette qui atteint un « chiffre immense, incroyable ».. En plus de marcher vers la ruine, l'État est synonyme de guerre - chose qui accroît encore les crises économiques. Cette guerre est autant extérieure, contre les autres États, qu'intérieure, contre les exploités. En effet, « l'État c'est la protection de l'exploitation, de la spéculation, de la propriété privée, produit de la spoliation »..
La nécessité de la révolution Cet article commence par les mots suivants :
Kropotkine juge que la fin de l'Empire Romain fut la première, et que son époque est la seconde. Il évoque à titre d'exemple le traitement réservé aux enfants. Après avoir évoqué le travail des enfants, il critique l'éducation genrée des jeunes garçons et des jeunes filles de bonne société, éduqués à la domination et au maintien de leur privilèges, sous couvert de morale. Il conclut : « [la] peste est dans nos foyers, il faut en détruire la cause [...]. Il y va du salut de l'humanité..
La prochaine révolution Kropotkine, après avoir insisté une nouvelle fois sur l'imminence d'une prochaine révolution, considère que « la prochaine révolution aura un caractère de généralité qui la distinguer des précédentes ».. En effet, les liens et l'interdépendance entre les États contemporains est telles, que la révolution ne pourra être qu'internationale. En outre, les révolutionnaires ne s'en remettront plus à un pouvoir gouvernemental : l'ouvrier « se mettra à l’œuvre lui-même »..
Les droits politiques La classe dominante utilise l'argument des droits politiques également partagés pour faire valoir le bien fondé de son organisation politique auprès des plus pauvres. Kropotkine distingue deux types de droits. Il y a ceux qui sont « assez chers au peuple pour qu'il s'insurge si on venait à les violer »., comme l'inviolabilité corporelle de l'homme, l'égalité dans les relations privées, etc. Il y a ensuite ceux, comme le suffrage universel, la liberté de la presse ou la liberté de réunion qui « ne sont qu'un instrument entre les mains des classes dominantes pour maintenir leur pouvoir sur le peuple ».. En effet, ces dernières liberté ne sont accordées qu'autant qu'elles ne mettent pas en péril le pouvoir en place, et sont retirées dès qu'un risque plane. Kropotkine écrit ainsi :Il est évident que dans la société actuelle, divisée en maîtres et en serfs, la vraie liberté ne peut pas exister ; elle ne le pourra pas tant qu'il y aura exploiteurs et esclaves, gouvernants et gouvernés..En effet, les dits droits politiques ne peuvent être de réelles liberté que s'ils sont imposés par la force du peuple et qu'il n'y a pas de gouvernement qui puisse revenir dessus comme il le souhaite : « les libertés ne se donnent pas, elles se prennent ».
Aux jeunes gens vignette|Photographie du jeune Pierre Kropotkine prise autour de 1870. Ce métier s'adresse aux jeunes gens à partir d'une question que Kropotkine leur prête : « Que vais-je devenir ? ».. Il procède métier par métier, et invite d'abord les futures médecins à prendre conscience des inégalités sociales sous-jacentes au développement des maladies. Au futur scientifique, il parle des inégalités d'accès à la science et des inégales retombées des découvertes scientifiques, en invitant le chercheur à étudier les transformations sociales nécessaires. Aux étudiants en droit, il montre combien la loi défend l'ordre social établi et le rapport de force en faveur des dominants. Au jeune ingénieur, il montre combien ses travaux visent à optimiser la production au détriment des travailleurs. Il explique ensuite au futur enseignant à quel point les inégalités scolaires sont le résultat d'inégalités sociales et que sont travail ne pourra bien se faire qu'une fois la révolution venue. Quant aux artistes, il les invite à utiliser de leur sensibilité pour partager la souffrance des opprimés.
Ensuite, à la question « Que faire ? », Kropotkine répond en invitant les concerné à aller à la rencontre du peuple et d'utiliser ensuite les compétences acquises dans leur métier pour les mettre au service du peuple. Cette partie se conclut en affirmant : « La lutte pour la vérité, pour la justice, pour l'égalité, au sein du peuple - que trouverez-vous de plus beau dans la vie ? »..
Kropotkine s'adresse ensuite non plus aux jeunes bourgeois, mais aux jeunes venus du peuple à s'indigner et à ne pas s’accommoder des dominations et des vexations quotidiennes. Il s'adresse finalement aux femmes en les invitant - tout en les considérant, dans un réflexe patriarcal, avant tout comme des mères ou des épouses - à rejoindre la lutte en cours. Le texte conclut sur le fait que les opprimés sont très nombreux et que « dès que nous en aurons la volonté, un moment suffira pour que justice se fasse »..
La guerre Dans cet article, Kropotkine cherche à montrer que la guerre n'est que le produit des intérêts économiques capitalistes qui sont en concurrence pour de nouveaux marchés dans le cadre impérialiste. Il estime donc qu'une révolution anarchiste aurait pour conséquence de supprimer toute raison de faire la guerre.
Les minorités révolutionnaires Cet article vise à répondre une objection communément opposée à la pensée anarchiste : les révolutionnaires seraient trop peu nombreux. Kropotkine y répond que les révolutionnaires sont en effet minoritaires jusqu'au moment où advient la révolution. À ce moment, la majorité du peuple qui, sans être activiste au quotidien n'en est pas moins d'accord avec les idéaux anarchiste, se soulève et emporte le pouvoir avec elle.
L'ordre Kropotkine cherche dans cet article à justifier le terme d'anarchisme. Il s'agit d'un refus de l'ordre, autant que l'ordre est compris comme l'ordre social assurant la domination des classes bourgeoises sur le reste de la société, et le désordre la prise de pouvoir des opprimés et leur émancipation. En ce sens, l'anarchisme est en effet un désordre.
La commune L'auteur compare les communes médiévales et la commune anarchiste pour montrer que les deux sont très différentes. Dans la pensée anarchiste, la commune est ouverte sur l'extérieure, autant en terme de relations économiques et d'interdépendance (dont l'extrême serait une forme fédérative entre les communes) qu'en termes de volonté de faire bénéficier des idées socialistes les espaces alentours et contribuer à l'émancipation des autres populations. Les communes médiévales étaient en outre indépendantes du pouvoir d'un seigneur, mais n'en étaient pas moins structurées sur de très fortes inégalités sociales au bénéfice des bourgeois.
La Commune de Paris Cet article loue fortement la Commune de Paris et montre qu'il s'agit là de l'anarchisme presque réalisé - à quelques défauts près, notamment la tentation d'un gouvernement représentatif ou l'échec de l'inclusion des campagnes. Il estime notamment que la forme communaliste de la révolution ouvre une nouvelle ère de révolutions, et que si la Commune a été écrasée dans le sang, son idée ne s'en est pas moins imposée.
La question agraire Cet article cherche à démontrer que la classe paysanne n'est pas opposée aux idées révolutionnaires. L'auteur commence par montrer les tendances révolutionnaires de mouvements paysans européens, notamment en Irlande avec la Ligue agraire. Il montre ensuite que la classe paysanne française est constituée de quelques grands propriétaires et d'une écrasante majorité de petits paysans qui ne sont propriétaires que de quelques hectares. Si le poids économique de ces derniers est moindre, il considère que ceux-ci sont largement acquis aux idées anarchistes, bien qu'ils ne soient pas politiquement unis.
Le gouvernement représentatif Cet article, proche de celui intitulé Le gouvernement parlementaire publié dans Freedom vise à combattre un préjugé politique favorable aux régimes gouvernementaux. Il montre d'abord que les régimes gouvernementaux ne garantissent aucune liberté, car les droits politiques ne sont que le fruits des combats sociaux. Il ajoute ensuite que le gouvernement représentatif est avant tout un système qui protège les classes dominantes au détriment du prolétariat, il affirme ensuite que ce modèle politique est plus que tout autre sujet à tomber dans l'écueil de la personnalisation du pouvoir. Enfin, il affirme que les gouvernements représentatifs ont tendance à s'arroger un pouvoir très large sur la vie des gens, pouvoir qui repose aussi sur une centralisation et une fonctionnarisation de leurs prérogatives.
Kropotkine s'attaque ensuite au modèle des élections en montrant que celles-ci ne sont que le cadre d'un ensemble de mensonges et de flatteries de la part des candidats qui sont prêts à tout pour obtenir les très larges pouvoir conférés par ces élections. La capacité à se faire élire ne dépend donc pas de l'intégrité du candidat, mais de sa capacité à charmer les foules. Aucun candidat ne peut être expert de tout, mais il est tout de même élu pour faire des lois sur tout. Enfin, Kropotkine aboutit son article sur une « critique des crapauds du marais »., ces élus qui n'appartiennent ni au groupe gouvernemental ni à l'opposition, mais qui font la majorité en rejoignant l'un ou l'autre de ces deux groupes, décidant de l'avenir politique par leur seule indécision.
Kropotkine finit ce long article par un bref recul historique qui vise à montrer que la représentativité n'avait initialement rien à voir : il s'agissait d'un groupe de citoyens qui se connaissaient tous, qui mandataient une personne pour les représenter (et non pas décider à leur place) sur un sujet très précis. Il conclut sur le fait qu'une transformation économique nécessiterait une transformation politique des institutions existantes, tant modèle économique et politique sont historiquement liés.
La loi et l'autorité Cet article attaque un autre préjugé, celui de la loi et de l'autorité. Kropotkine commence par déplorer que le citoyen contemporain attende tout de la loi dans la gestion de ses problèmes. Il défend que la loi est un outil central pour la domination bourgeoise, sans légitimité politique que celle de l'ordre en place, et invite à se révolter contre elle.
Évoquant le droit coutumier qui régularise traditionnellement les sociétés, il montre qu'à côté des coutumes sociales, se greffent des coutumes qui n'existes que par l'instrumentation d'individus cherchant à s'accaparer du pouvoir. Ceux-ci utilise la routine et invoquent le passé pour justifier des règles à leur intérêt. La loi vient cristalliser ces deux coutumes, la seconde pour servir l'intérêt des puissants, la première pour limiter les récriminations des dominés. Il montre ainsi que la loi est jumelle du capital, dans la mesure où celui-ci repose sur le vol, celle-ci vise à garantir le vol.