Le soulèvement des mineurs de Besztercebánya () ou soulèvement des mineurs de 1525-1526 () dans l'historiographie slovaque, est un mouvement social et une insurrection armée qui touche les régions minières du centre du royaume de Hongrie en 1525 et 1526, principalement autour de Besztercebánya (actuelle Banská Bystrica en Slovaquie, Neusohl en allemand), mais également de Selmecbánya (Banská Štiavnica), Hodrushámor (Hodruša-Hámre) et Körmöcbánya (Kremnica). Il constitue l'un des principaux conflits sociaux de l'histoire des villes minières de Haute-Hongrie à la fin du Moyen Âge.

Le mouvement trouve son origine dans la dégradation de la situation économique des mineurs, notamment dans la dépréciation de la monnaie utilisée pour payer leurs salaires, mais s'inscrit également dans un ensemble de conflits opposant les ouvriers des mines, le patriciat des villes minières, les propriétaires des exploitations et la puissante compagnie Fugger associée aux Thurzó. Commencées par des grèves et des manifestations en mai 1525, les protestations s'étendent progressivement à plusieurs centres miniers et conduisent à la constitution d'une organisation commune des mineurs. Elles culminent dans plusieurs épisodes armés à Besztercebánya en 1526.

Contexte

Les mines de cuivre de Besztercebánya

À la fin du , la région de Besztercebánya constitue l'un des principaux centres européens d'extraction et de traitement du cuivre. À partir des années 1490, l'entrepreneur hongrois János Thurzó et la famille bancaire allemande des Fugger mettent progressivement en place un vaste complexe minier et métallurgique autour de la ville. Leur entreprise dispose des capitaux et des techniques nécessaires pour exploiter à grande échelle les gisements de cuivre de la région et développe un réseau commercial à l'échelle européenne.

Le développement de l'entreprise thurzó-fuggerienne transforme profondément l'économie locale. Il accroît le nombre de salariés travaillant dans les mines et les installations métallurgiques mais entre également en conflit avec les anciennes élites de Besztercebánya. Les Walbürger, bourgeois possédant traditionnellement des droits miniers, perdent progressivement une partie de leur position économique au profit de la compagnie.

Les relations entre la municipalité et la compagnie sont également conflictuelles. Le conseil urbain défend notamment ses privilèges commerciaux tandis que l'entreprise organise directement l'approvisionnement de ses ouvriers. Les mineurs forment ainsi un groupe nombreux qui ne s'intègre que partiellement aux structures politiques de la ville.

Organisation des mineurs vignette|Église de Špania Dolina (Úrvölgy en hongrois, Herrengrund en allemand). Les mineurs disposent néanmoins de leurs propres formes de solidarité. À Besztercebánya, une place importante revient à la confrérie du Corpus Christi, progressivement transformée en confrérie minière. Les contributions versées par les travailleurs constituent un patrimoine important, mais sa gestion demeure en grande partie contrôlée par les élites urbaines.

Les mineurs cherchent notamment à obtenir davantage de contrôle sur ces ressources afin qu'elles puissent servir à l'assistance des travailleurs malades, des veuves et des orphelins. Cette question provoque de nouveaux conflits avec le patriciat urbain.

Ces structures de solidarité contribuent à la capacité de mobilisation des communautés minières. À l'automne 1525 apparaît notamment une organisation reliant différents groupes de mineurs du district minier de Haute-Hongrie, dont l'un des principaux centres se trouve à Úrvölgy (actuelle Špania Dolina), importante localité minière située au nord de Besztercebánya.

Crise monétaire et sociale vignette|Le roi Louis II de Hongrie. Le déclenchement du conflit est étroitement lié à la crise monétaire que connaît le royaume sous le règne de Louis II de Hongrie. Confronté à des difficultés financières croissantes et à la menace de l'Empire ottoman, le pouvoir royal procède à une dévaluation monétaire.

Une nouvelle monnaie, la moneta nova, contenant moins de métal précieux que les anciennes pièces, circule parallèlement à la moneta antiqua. La perte de valeur de la monnaie affecte particulièrement les salariés payés dans les nouvelles espèces, tandis que les prix des denrées augmentent fortement.

Dans les régions minières, la question monétaire s'ajoute aux revendications concernant le niveau et la régularité des salaires, les conditions de travail et l'approvisionnement en nourriture. Cette dégradation du niveau de vie constitue le facteur immédiat du mouvement de 1525.

Déroulement

Premiers troubles de mai 1525 vignette|Les méthodes d’exploration du minerai dans la gravure sur bois De re metallica du savant allemand Georgius Agricola, publiée en 1556. Les premiers troubles importants éclatent à Besztercebánya en mai 1525. Les mineurs refusent notamment de recevoir leurs salaires dans une monnaie fortement dépréciée. Le 16 mai, plusieurs centaines de mineurs armés de piques et d'armes à feu se rassemblent devant les fortifications de Besztercebánya. Selon les sources conservées, leur nombre atteint environ 500 hommes. Des négociations permettent temporairement de désamorcer la situation : les ouvriers obtiennent notamment la promesse d'une revalorisation de leurs rémunérations.

Les mineurs entrent ensuite collectivement dans la ville avec leurs armes, leurs bannières et leurs tambours. L'épisode montre que le mouvement dispose déjà d'une capacité de mobilisation et d'une organisation dépassant la simple cessation du travail. Les troubles ne restent pas limités à Besztercebánya. Durant l'été 1525, des mouvements touchent également les travailleurs de Körmöcbánya, Selmecbánya et Hodrushámor. Grèves, interruptions de la production et manifestations alternent avec des phases de négociation.

Extension et organisation du mouvement vignette|János Thurzó. Au cours de l'année 1525, les contacts entre les différentes communautés minières se renforcent. Une forme d'alliance ou de ligue des mineurs se constitue, avec un centre important à Úrvölgy. Cette organisation permet de coordonner les revendications et, progressivement, les actions armées. Le mouvement acquiert ainsi une dimension régionale : bien que Besztercebánya en demeure le principal théâtre, il concerne une part importante du bassin minier de Haute-Hongrie.

L'agitation se développe dans un contexte politique particulièrement instable. La noblesse hongroise conteste parallèlement la puissance de la compagnie Thurzó-Fugger. En 1525, les biens de celle-ci sont temporairement confisqués par le pouvoir royal. L'interruption ou la désorganisation de ses activités prive alors de nombreux mineurs et artisans de leur source de revenus, ce qui contribue à radicaliser le conflit.

Insurrection de 1526 vignette|Le barbacane de Banská Bystrica de nos jours. Le mouvement entre dans une phase insurrectionnelle au début de l'année 1526. Des groupes de mineurs armés convergent vers Besztercebánya, notamment depuis Úrvölgy. Les insurgés prennent le contrôle d'une partie de la ville, tandis que les représentants du patriciat urbain se réfugient dans l'ensemble fortifié entourant l'église paroissiale. Des maisons sont incendiées et les affrontements prennent une dimension militaire.

Les recherches récentes ont cependant conduit à réexaminer la chronologie et l'organisation précise de ces événements. L'étude des fonds municipaux et de la correspondance entre les villes minières permet notamment de mieux documenter l'incendie de Besztercebánya, les mouvements des insurgés et les réactions des autorités. Les sources indiquent également que les insurgés cherchent ou espèrent obtenir des soutiens à l'extérieur de Besztercebánya. Des éléments récemment étudiés concernent notamment de possibles alliés au château de Zólyomlipcse, à l'est de la ville.

Les insurgés ne parviennent toutefois pas à prendre durablement le complexe fortifié (barbacane) de Besztercebánya. Confrontés à la réaction des autorités et des autres villes minières, ils doivent progressivement se disperser. Certains gagnent les montagnes environnantes tandis que d'autres cherchent refuge en Moravie.

Derniers troubles et répression

Une nouvelle flambée de violence intervient durant l'été 1526. Au début du mois d'août, un groupe de mineurs envisage une attaque contre les élites urbaines. Parmi les meneurs mentionnés dans les sources figure Michal Dietrich. Le 3 août, des insurgés pénètrent dans Besztercebánya. Plusieurs maisons de bourgeois sont incendiées et le complexe fortifié de la ville est menacé. Les autorités organisent cependant rapidement la répression. Des forces dépendant notamment du château de Zólyom (actuelle Zvolen) interviennent, tandis qu'un commissaire royal est envoyé sur place. Plusieurs insurgés sont capturés. Un tribunal composé de représentants des villes minières et du comitat de Zólyom condamne plusieurs meneurs à mort. Cinq d'entre eux — Andrej Kollár, Andrej Kocka, Ján Skocko, Jakub Köhler et Maco Siegl — sont exécutés à Besztercebánya en septembre 1526.

La répression se déroule dans un contexte exceptionnel : quelques semaines seulement après les derniers affrontements, le royaume de Hongrie subit la défaite de Mohács, le 29 août 1526, au cours de laquelle le roi Louis II trouve la mort. La crise politique consécutive à la bataille transforme profondément le contexte dans lequel fonctionnent les villes minières de Haute-Hongrie.

Débats historiographiques vignette|La maison Thurzó, sur la place centrale de Banská Bystrica. L'interprétation du soulèvement a évolué au cours de l'historiographie. Les travaux slovaques du milieu du , en particulier ceux de Peter Ratkoš, ont largement interprété l'événement dans le cadre de l'histoire des conflits de classes et des mouvements antiféodaux. Cette lecture a longtemps fait du soulèvement l'une des principales manifestations de la lutte sociale des travailleurs dans la Slovaquie médiévale.

Les recherches ultérieures ont conservé l'importance des facteurs sociaux tout en proposant une interprétation plus complexe. Le mouvement résulte de la superposition de plusieurs conflits : opposition entre salariés et employeurs autour des rémunérations, crise monétaire du royaume, rivalités entre le patriciat urbain et la compagnie Thurzó-Fugger, revendications relatives à l'organisation des confréries minières et instabilité politique du royaume de Hongrie.

L'influence de la Réforme protestante a également fait l'objet de débats historiographiques. Des auteurs plus anciens avaient établi un lien étroit entre diffusion des idées luthériennes et radicalisation des mineurs. Les travaux ultérieurs conduisent à distinguer plus nettement les revendications sociales et les transformations religieuses, même si celles-ci appartiennent au même contexte de profond bouleversement de la société centre-européenne du début du .

Le soulèvement est par ailleurs contemporain de la Guerre des Paysans allemands, qui atteint son apogée en 1525 dans les territoires voisins du Saint-Empire romain germanique. Les rapprochements entre les deux mouvements ont été étudiés, mais l'insurrection des mineurs de Haute-Hongrie possède des causes locales et des structures propres liées à l'organisation économique des régions minières.