Cette page vise à donner, dans une page spéciale et afin d'alléger la présentation de la page principale Marc Richir, les principaux traits de la biographie de Marc Richir, philosophe belge né en 1943 et mort en 2015.

Origines et formation scientifique (1943-1965) Marc Richir naît le 2 février 1943 à Couillet, dans la banlieue de Charleroi. Durant ses études secondaires, il s'intéresse aux sciences naturelles, pratique la géologie de terrain et publie un court article sur une coupe qu'il a relevée ; il est membre plusieurs années de la Société belge de géologie.. Il renonce cependant à des études de géologie et s'inscrit en physique à l'université de Liège en 1960, à l'âge de dix-sept ans.

Il attribue rétrospectivement ce choix à une intuition qu'il qualifie de « pythagoricienne », selon laquelle le fond des choses serait mathématique. La lecture des deux Préfaces de la Critique de la raison pure le conduit à estimer que la physique, fût-elle mathématique, ne répond pas aux questions qui l'occupent.

Diplômé, il travaille un an à l'Institut d'astrophysique de Liège, où il étudie, sur un appareil de résonance magnétique, la radiorésistance de macromolécules soumises aux rayonnements ionisants ; il cosigne à ce titre un article de radiobiologie avec Albert Van de Vorst.. Il lit parallèlement Descartes, dont le Discours de la méthode et les Méditations métaphysiques emportent sa décision d'abandonner la physique.

Études de philosophie (1965-1968) En 1965, Richir obtient un demi-horaire de professeur de mathématiques et de physique à l'École normale de Charleroi et s'inscrit en philosophie à l'Université libre de Bruxelles, dont le programme de maîtrise permet aux diplômés d'une autre discipline d'achever le cursus en trois ans. Il y suit les enseignements de Chaïm Perelman, de Jean Paumen et de Max Loreau ; ce dernier, par ailleurs secrétaire de Jean Dubuffet, l'initie à la lecture des textes philosophiques et à l'esthétique.

Loreau dirige son mémoire, consacré à Husserl — l'Introduction des Recherches logiques et les Ideen I — et resté inédit ; un exemplaire en est déposé aux Archives Husserl de Louvain. Richir lit dans le même temps les premiers ouvrages de Derrida, dont il s'éloignera progressivement. Il publie son premier article en 1968 dans Textures et prononce la même année, devant la Société belge de philosophie, sa première conférence, consacrée au problème du psychologisme. Il est recruté la même année comme chercheur par le FNRS..

Thèse (1969-1973) Max Loreau, qui devait diriger sa thèse, démissionne de l'université à la rentrée 1969, après avoir proposé à Richir de déposer comme thèse une version augmentée de son mémoire. Richir décline cette solution et poursuit sans directeur. Il résume plus tard le trajet de ces années par la formule d'une sortie « de Derrida par Heidegger, et de Heidegger par l'idéalisme allemand », consacrant environ une année d'étude à chacun de ces auteurs.

En 1973, sous la direction de Jean Paumen, il soutient une thèse d'environ 700 pages portant sur la question de la phénoménologie et de la cosmologie philosophique dans le jeune idéalisme allemand. Il n'en publie que deux parties — l'introduction générale, sous le titre Au-delà du renversement copernicien, et l'étude de Fichte, sous le titre Le Rien et son apparence — et s'oppose à la publication du reste, dont il juge le travail insuffisant.

Textures et la question politique (1968-1976) Richir distingue deux séries de la revue Textures. La première, bruxelloise, est fondée avant mai 1968 par un groupe d'étudiants de Max Loreau, qui la soutient financièrement. La seconde résulte de sa rencontre, en septembre 1970, avec Marcel Gauchet, lecteur de la revue, qui le met en rapport avec Claude Lefort, lequel propose d'y associer Cornelius Castoriadis ; il en résulte un comité parisien et une orientation nettement politique. C'est dans ces colonnes que paraît en 1970 « Le Rien enroulé. Esquisse d'une pensée de la phénoménalisation ».

Miguel Abensour, entré au comité vers 1974, publie Richir dans la collection « Critique de la politique » qu'il dirige chez Payot : un commentaire des Considérations sur la Révolution française de Fichte (1974), puis une traduction commentée des Recherches philosophiques sur l'essence de la liberté humaine de Schelling (1977). Richir situe chez Lefort l'ouverture de la question du politique, et prend ses distances avec la thèse castoriadienne de l'auto-institution imaginaire du social.

La revue est dissoute en 1976, à la suite d'un désaccord né de la publication, dans Esprit, de son article « L'aporie révolutionnaire ».

Installation en Provence et Recherches phénoménologiques (1976-1983) La même année, Richir s'installe avec sa famille en Provence, où il demeurera jusqu'à sa mort. Sa situation matérielle reste incertaine jusqu'à l'obtention, en 1977, d'un mandat à durée indéterminée de chercheur qualifié au FNRS, qui lui évite une charge de cours complète à l'ULB et l'obligation de résidence en Belgique qu'elle aurait entraînée.

Suivent quatre à cinq années presque sans publication, consacrées à la lecture de Platon, de Plotin, de Damascius et de la tradition néoplatonicienne. Il en tire les deux tomes des Recherches phénoménologiques (1981 et 1983), où il met en œuvre pour la première fois l'hyperbole de l'épochè au niveau de l'être et fait le choix méthodique de ne considérer que des apparences, l'illusion cessant d'être ce qu'il faut éliminer pour entrer dans la constitution du phénomène..

Activités éditoriales Cofondateur des éditions Ousia, société coopérative bruxelloise où paraissent ses trois premiers ouvrages belges, Richir quitte la maison quelques années plus tard. Sa rencontre avec Jérôme Millon, par l'entremise du libraire grenoblois Jacques Prunair, aboutit à la création de la collection « Krisis », inaugurée en février 1987 par Phénomènes, temps et êtres et qu'il dirige jusqu'à sa mort.vignette| Il fonde successivement deux revues. Épokhè, qui réunit chez Millon Patrice Loraux, Robert Legros, Michel Haar, Jacques Garelli, Renaud Barbaras et Étienne Tassin, paraît de 1990 à 1996 et cesse après six numéros. Le 2 mai 2001, à Paris, il fonde l'Association pour la promotion de la phénoménologie, avec Bernard Besnier, Gérard Bordé, Jean-Toussaint Desanti, Vincent Gérard, Raymond Kassis, Albino Lanciani, Patrice Loraux, Jean-François Pestureau, Guy Petitdemange et Alexander Schnell ; il en est le président jusqu'à sa mort.. L'association publie à partir de 2002 les Annales de phénoménologie, dont il est le directeur, ainsi que la collection des Mémoires des Annales de phénoménologie.

Enseignement Chargé de cours puis professeur à l'Université libre de Bruxelles, Richir y enseigne d'abord la logique et l'épistémologie, puis la métaphysique ; il indique n'y avoir jamais exposé sa propre pensée, mais la tradition philosophique et l'œuvre de Husserl. Sur proposition de Miguel Abensour, il anime un séminaire au Collège international de philosophie, dont il est directeur de programme durant six ans à la charnière des années 1980 et 1990. Bernard Besnier l'invite ensuite à l'ENS de Fontenay, tandis que Pierre Fédida l'accueille dans son laboratoire de recherche, où il tient un séminaire de doctorat jusqu'à sa retraite en 2008. Il poursuit ensuite, à la demande de ses auditeurs, un séminaire privé tenu deux fois par an au domicile arcueillais de la psychologue Joëlle Mesnil.

Il dirige un nombre restreint de mémoires et de thèses, parmi lesquelles celles de Pierre Kerszberg, de Frank Pierobon, d'Albino Lanciani, d'Antonino Mazzù, de Marc Groenen et de Yasuhiko Murakami.

Étapes de l'œuvre selon Richir Dans l'avant-propos de Phénoménologie en esquisses (2000), Richir propose une relecture rétrospective de son parcours. Il y indique que ses travaux, des Recherches phénoménologiques aux Méditations phénoménologiques, se sont tenus dans un registre spéculatif, parce qu'il fallait selon lui livrer bataille sur le terrain ouvert par la métaphysique heideggerienne, avec les moyens de la spéculation philosophique et en concentrant la critique sur la question de la phénoménalisation. Il reprend à son compte l'expression de « métaphysique-fiction », que lui avait appliquée Anne-Marie Roviello, pour désigner la seule métaphysique possible en régime d'épochè hyperbolique.

Il décrit ensuite les étapes de cette « reconquête » : Phénomènes, temps et êtres pour le schématisme de la phénoménalisation, Phénoménologie et institution symbolique pour l'articulation du champ phénoménologique et du champ symbolique, La Crise du sens et la phénoménologie pour l'institution des sciences modernes, et les Méditations phénoménologiques pour le passage à la démarche architectonique ; L'Expérience du penser lui en fournit les moyens propres, condensés dans le couplage de l'épochè phénoménologique hyperbolique et de la réduction architectonique.

Un dernier infléchissement intervient à la charnière de 1997 et 1998 avec la lecture du volume XXIII des Husserliana, où Richir trouve la distinction entre imagination et phantasia ainsi que la mise en rapport de celles-ci avec l'affectivité ; il en tire Phénoménologie en esquisses (2000) puis Phantasia, imagination, affectivité (2004). Il fait par ailleurs traduire ce volume en français, sous le titre Phantasia, conscience d'image, souvenir, et en révise la traduction.

Dernières années Concomitamment, chaque été depuis 2001, il reçoit les sociétaires de l'Association pour la promotion de la phénoménologie (aujourd'hui rebaptisée Association internationale de phénoménologie.), dans sa maison de La Rochegiron, tant pour faire état du prochain numéro des Annales que pour exposer ses récents travaux.

Il fut un proche ami de Jean-Toussaint Desanti et de Patrice Loraux, son élève, en compagnie desquels il pratiquait des séances régulières de lectures d'Aristote...

Il meurt d'un cancer le . à Avignon.

Alexander Schnell lui succède à la présidence de l'association le 19 mai 2016. Les Annales de phénoménologie reparaissent en 2017 sous le titre d'Annales de phénoménologie – Nouvelle série. Les archives Marc Richir sont inaugurées en mars 2019 à l'Université de Wuppertal, et l'association devient, le 26 juillet 2019 à Dixmont, l'Association internationale de phénoménologie.

Notes et références

Articles connexes Philosophie de Marc Richir

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