Iturengo Arotza (« Le forgeron d'Ituren ») est une chanson traditionnelle basque originaire d'Ituren, en Navarre, dans le Pays basque. Elle met en scène Erramun Joakin Sunbil, forgeron (arotz) né à Ituren en 1755, auquel la tradition populaire attribue la fonte d'une représentation en cuivre de Saint Christophe afin d'en fabriquer des sonnailles (joareak). La chanson, de caractère satirique et humoristique, est connue sous plusieurs formes, notamment Ituringo arotza et Iturengo arotza.
Personnage historique Erramun Joakin Sunbil naît le 6 novembre 1755 dans la maison Berdabioa, à Ituren. Il exerce le métier d'artisan forgeron. Les recherches menées à partir d'archives paroissiales et administratives ont permis de documenter une partie de sa vie et de sa famille. Il meurt à Montevideo le 8 octobre 1821, à l'âge de 65 ans.
L'existence historique de Sunbil est attestée. En revanche, les sources disponibles ne permettent pas d'établir comme un fait historique qu'il ait réellement fondu une statue de saint Christophe. Cet épisode est principalement connu par la chanson populaire qui lui est consacrée.
La chanson vignette|Le défilé de Joaldunak à Ituren qui portent chacun deux sonnailles. vignette|Sonnailles. La chanson s'adresse directement au forgeron et lui reproche d'avoir fondu saint Christophe pour fabriquer des sonnailles. Dans les couplets suivants, Sunbil demande à son épouse de lui apporter le saint afin de le faire fondre. Celle-ci lui rappelle que l'entreprise constitue un péché et lui demande de garder le secret.
La chanson évoque ensuite les sonnailles nouvellement fabriquées et accuse la belle-sœur, Joana Mari, d'avoir révélé le secret. Le dernier couplet généralise l'histoire sous la forme d'un avertissement adressé aux statues de saints en cuivre : si les forgerons les découvrent, ils pourraient les fondre afin de fabriquer des sonnailles.
Plusieurs versions ont été recueillies dans le domaine basque. Une version intitulée Ituringo arotza a notamment été recueillie par Aita Donostia dans la vallée de Baztan, puis publiée dans le Cancionero Vasco d'Eusko Ikaskuntza. La version ancienne attestée par Aita Donostia comporte seulement deux couplets, retranscrits ci dessous, tandis que les versions chantées aujourd'hui peuvent en avoir 4, 5 ou davantage.
Paroles en basqueTraductionIturingo arotza, Erramun Joakin,Asarre omen zaude zeren degun jakin,Santurik ez laiteke fiatu zurekin:San Kritobal urtu-ta joaliak egin. Ituringo arotza bere andreari:« Urtu biar deñegu; ekarrak Santu ori »« Gizona, zaude ixilik, bekatu da ori »« Eztioñegu erranen sekulan iñori. » Iturengo garaile (joare e(g)ile), Ramuntxo Joakin,haserre omen zira zeren dudan jakin.Konfesa zaitez ongi erretoarekin:ez dute zer fidatu Santuek zurekin. Kobrezko Santurikan inon bazarete,egoten al zarete hemendik aparte;baldin arrotz horiek jakiten badute,gariek egiteko urtuko zaituzte.Forgeron d’Ituren Erramun Joakin,il paraît que tu es en colère parce que nous l’avons su,Aucun saint ne peut se fier à toi :Saint Christophe, tu l’as fait fondre pour en faire des sonnailles. Le forgeron dit à sa femme :« Il faut que nous le fassions fondre, apporte-moi ce saint. »« Homme, tais-toi, c’est un péché ! »« Nous ne le dirons jamais à personne. » Le forgeron de sonnailles d’Ituren, Ramuntxo Joakin,il paraît que tu es en colère parce que je l’ai su,Confesse-toi bien auprès du curé :Les saints ne peuvent pas te faire confiance. S’il y a quelque part des saints de cuivre,Restez donc loin d’ici.Si ces forgerons l’apprennent,Ils vous feront fondre pour en faire des sonnailles.
Dimension mythologique et légendaire Bien que Iturengo arotza soit associée à un personnage historique identifiable, la chanson populaire lui attribue un épisode qui n'est pas attesté par les sources documentaires. Selon le récit, Erramun Joakin Sunbil aurait fondu une représentation en cuivre de saint Christophe afin d'en fabriquer des joareak, des sonnailles. Toutefois, l'historien et académicien Andres Iñigo Ariztegi souligne qu'aucune preuve de cet épisode n'a été retrouvée dans les archives consultées et qu'il n'est pas établi que la représentation de saint Christophe ait effectivement été en cuivre.
Le récit repose sur la transformation d'un objet religieux en objet profane : dans la chanson, la représentation de saint Christophe est fondue pour être transformée en joareak. La chanson présente elle-même cet acte comme un péché et met en scène la crainte que d'autres représentations de saints en cuivre connaissent le même sort. Le motif du sacrilège constitue ainsi un élément central du récit.
La chanson peut ainsi être considérée comme un récit populaire à caractère satirique, fondé sur le contraste entre la fonction religieuse de la représentation du saint et son utilisation supposée comme matière première pour la fabrication de sonnailles. Cette opposition entre le sacré et un objet associé à la vie pastorale constitue l'un des traits caractéristiques du récit.
La présence de Saint Christophe constitue un élément important du récit religieux. Toutefois, il n'existe pas, dans les sources historiques actuellement disponibles, de preuve permettant d'affirmer que la statue mentionnée par la chanson ait réellement existé ou qu'elle ait effectivement été fondue par Sunbil. Une étude consacrée à Erramun Joakin Sunbil souligne l'absence de preuve documentaire concernant cet épisode.
La dernière strophe élargit le récit au-delà du seul cas d'Erramun Joakin Sunbil. Elle s'adresse directement aux représentations de saints en cuivre et les avertit de rester à l'écart, sous peine d'être fondues par les forgerons pour fabriquer des sonnailles. Cette conclusion transforme ainsi l'anecdote attribuée au forgeron d'Ituren en un avertissement général, qui prolonge sur un mode humoristique le motif de la fonte de la représentation de saint Christophe.
Postérité Iturengo arotza appartient au répertoire de la chanson traditionnelle basque. La chanson a notamment été enregistrée par Mikel Laboa en 1969, par le groupe Oskarbi en 1972 ou Oskorri en 2000; elle figure également dans plusieurs recueils de chants basques, dont Nafarroako Kantu Zaharrak et le Cancionero Vasco d'Aita Donostia.
La chanson est attestée sous les formes Ituringo arotza et Iturengo arotza. La base de données de la Bertsozale Elkartea indique que la forme Ituringo arotza apparaît dans la plupart des textes, tandis que la forme Iturengo arotza semble avoir été introduite par Aita Riezu dans le recueil Nafarroako Kantu Zaharrak. Ces variantes témoignent de la diversité des formes sous lesquelles la chanson a été transmise et publiée.
Références
Catégorie:Personnage de la mythologie basque Catégorie:Musique basque