Les petits thermes de l'Est de Timgad sont un établissement thermal romain de Timgad, l'antique Thamugadi, en Algérie. Situés dans l'îlot 79, à l'est du forum, ils occupent une superficie d'environ et appartiennent à la catégorie des petits thermes de quartier. Leur construction n'est pas précisément datée : les différentes propositions les placent entre le et une période plus tardive, sans qu'aucune chronologie ne soit considérée comme suffisamment établie.

Mis au jour en 1901, les thermes présentent un plan organisé autour de vastes espaces méridionaux, interprétés comme des lieux d'accueil, de promenade ou d'exercice, et d'un secteur balnéaire comprenant un avec piscine, plusieurs salles chauffées et des bassins chauds. Le parcours suit un plan linéaire à itinéraire rétrograde, tandis qu'une galerie de service dessert les hypocaustes, les fourneaux et les chaudières. L'établissement possède également un réservoir et des dispositifs d'évacuation reliés à son fonctionnement hydraulique. Plusieurs remaniements modifient son organisation, notamment la transformation d'un local en latrines.

Les fouilles ont révélé différents pavements mosaïqués, des bancs de pierre et plusieurs inscriptions, dont certaines sont remployées ou de provenance incertaine. L'étude du monument, commencée par Albert Ballu puis reprise notamment par Suzanne Germain et Yvon Thébert, a conduit à plusieurs interprétations de la fonction de ses espaces. Les Petits Thermes de l'Est appartiennent au site archéologique de Timgad, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982.

Localisation de la cité vignette|alt=Plan de Timgad indiquant rues, monuments et principaux édifices numérotés.|Localisation des Grands thermes du Nord (élément 26, en bleu).

Timgad s'élève sur les premières pentes septentrionales du massif de l'Aurès, à la transition entre les reliefs montagneux et les plaines de l'intérieur numide. La cité occupe un espace largement dégagé, directement ouvert sur les voies de circulation reliant les zones de plaine aux régions montagneuses, dans un secteur qui constitue à l'époque romaine une limite naturelle stratégique.

La création de la ville répond avant tout à des préoccupations militaires et territoriales. Fondée au pied de l'Aurès, Timgad sert de place de seconde ligne destinée à contrôler les accès vers les massifs et à surveiller les populations montagnardes. Cette fonction stratégique influence directement l'organisation de la cité, conçue selon un plan régulier hérité du modèle du camp militaire et protégée par une enceinte défensive.

Dans le cadre de l'Empire romain, Timgad constitue un exemple représentatif des colonies de droit romain établies en Afrique du Nord. Sa situation géographique, à la fois périphérique et stratégique, conditionne son développement urbain et son rôle régional, tout en assurant son intégration aux structures administratives et territoriales de l'Afrique romaine.

Histoire et recherches archéologiques Découverte et fouilles

Les petits thermes de l'Est sont mis au jour en 1901, lors du dégagement des alignements situés à l'est de la basilique judiciaire du forum. L'élévation des vestiges au-dessus de la voie et les caractéristiques des maçonneries visibles conduisent d'abord Albert Ballu et son équipe à envisager la présence d'un réservoir d'eau important. La poursuite des fouilles révèle toutefois un établissement thermal, que Ballu classe alors au quatrième rang des thermes de Timgad par son importance. de Timgad Les premières publications décrivent progressivement l'organisation du monument et ses installations balnéaires. Ballu en livre une première présentation détaillée en 1903, puis Émile Boeswillwald, René Cagnat et Ballu en publient une nouvelle description accompagnée d'un plan en 1905. Ballu reprend encore le monument en 1911, en précisant plusieurs observations effectuées pendant les dégagements, notamment sur les salles froides, les installations de chauffage et les transformations de certaines pièces.

L'étude du monument est renouvelée dans la seconde moitié du . Suzanne Germain reprend en 1969 la documentation relative aux mosaïques découvertes dans les différentes salles et en précise l'état de conservation. Yvon Thébert réexamine ensuite l'ensemble de la documentation archéologique et des publications antérieures : son analyse confronte les différentes restitutions du plan, discute la chronologie proposée par ses prédécesseurs et réévalue la fonction de plusieurs espaces.

Datation et transformations

La datation des thermes demeure incertaine, aucune donnée archéologique connue ne permettant de fixer précisément leur construction. Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu attribuent l'édifice à une « époque assez basse », principalement en raison de ce qu'ils considèrent comme une construction négligée. Les propositions ultérieures restent divergentes : Daniel Krencker situe les thermes entre 130 et 200, tandis que Pietro Romanelli les place plus généralement au . Charles Courtois et Suzanne Germain privilégient au contraire une chronologie tardive, cette dernière invoquant notamment l'importance des remaniements observés dans le bâtiment. Yvon Thébert estime cependant qu'aucune de ces propositions n'est suffisamment étayée.

Les inscriptions découvertes lors des fouilles ne permettent pas davantage d'établir directement la date de construction. Krencker s'appuie sur des textes s'échelonnant du règne d'Hadrien au , tandis que Germain considère qu'ils proviennent de monuments voisins. Thébert nuance cette dernière interprétation : la provenance de la dédicace impériale déjà visible avant le dégagement du monument reste inconnue, tandis que rien ne démontre que la dédicace à la Victoire, attribuable aux , ne se trouvait pas originellement dans les thermes. Deux autres inscriptions, probablement du , proviennent en revanche d'un édifice voisin, mais leur remploi dans l'escalier occidental les rattache à une phase de l'histoire de l'établissement.

L'implantation du bâtiment fournit un autre indice, sans constituer pour autant un critère de datation décisif. Les thermes, d'une superficie de , débordent sur les rues qui encadrent l'îlot 79. Thébert considère que cet empiètement pourrait témoigner d'une construction postérieure à la conception initiale du quartier, tout en maintenant l'incertitude sur la chronologie précise du monument.

Plusieurs transformations affectent également l'organisation interne des thermes. Une petite chambre communiquant initialement avec le vestiaire est interprétée par Ballu comme un local destiné au dépôt des huiles et des parfums ; elle est ultérieurement convertie en latrines, avec des rigoles aménagées dans le dallage, trois canaux d'écoulement et un égout longeant deux de ses parois. Ballu relève par ailleurs des modifications de maçonnerie à l'emplacement du fourneau disparu du , qu'il attribue à des remaniements postérieurs. Thébert associe également la transformation de la salle 5 en latrines à trois places à la fermeture d'une ancienne communication avec la petite salle chauffée 6, tout en soulignant que les traces de cette ouverture primitive sont aujourd'hui peu visibles.

Architecture Situation et implantation urbaine

Les thermes occupent l'îlot 79 de Timgad, à l'est du forum et derrière celui-ci. Albert Ballu situe plus précisément l'établissement à de la basilique judiciaire du forum et à du decumanus. Dans sa description de 1911, il place son entrée au sud-est du marché.

L'établissement couvre une superficie de . Son emprise dépasse légèrement celle des autres îlots voisins, car une partie de la construction empiète sur les rues qui la bordent. Cette disposition retient l'attention de Yvon Thébert, qui considère l'empiètement sur la voirie comme un indice possible d'une construction postérieure à la conception initiale du quartier, sans toutefois en tirer une datation certaine.

Les accès sont regroupés sur la façade méridionale. L'entrée est double et s'organise aux deux extrémités d'un couloir longeant le flanc sud de l'établissement, large de . Cette disposition met directement les espaces d'accueil méridionaux en relation avec la rue, tandis que les principales salles balnéaires occupent la partie septentrionale de l'édifice.

Plan et organisation générale vignette|upright|alt=Plan des petits thermes de l'Est montrant la disposition des salles, des bassins et des voies environnantes.|Plan du monument montrant l'organisation des salles thermales.

Les petits thermes de l'Est forment un établissement thermal de dimensions réduites, couvrant et comprenant, selon le décompte d'Albert Ballu, treize pièces, salles ou couloirs. Le plan oppose deux ensembles fonctionnels : de vastes espaces occupent la partie méridionale, au voisinage des entrées, tandis que les salles proprement balnéaires se concentrent principalement dans la partie septentrionale. Yvon Thébert classe ainsi le monument parmi les petits thermes de quartier et souligne la faible superficie réservée au bain par rapport à l'ensemble de l'édifice.

Le secteur méridional s'organise autour de trois salles disposées en L et séparées en partie par des colonnes. Leur fonction fait l'objet d'interprétations différentes. Ballu leur attribue des fonctions de conversation, d'exercice et de promenade, tout en les considérant comme de grands vestibules desservant les différentes parties des thermes. Germain les interprète comme des vestibules et une salle des pas perdus. Thébert juge toutefois excessive la superficie qui aurait ainsi été consacrée aux seuls espaces d'accueil et propose de restituer dans la salle 1, mesurant sur , un espace hypèthre constituant une sorte de palestre, prolongé par une annexe couverte dans la salle 2. Il envisage parallèlement d'installer le vestiaire dans la salle 3, à l'articulation des espaces d'exercice et du , plutôt que dans l'étroit local 4 traditionnellement identifié comme tel.

Le constitue le point d'articulation du circuit balnéaire. Cette salle froide, simplement dallée et pourvue d'une piscine, communique directement avec le secteur chauffé. Celui-ci se développe principalement le long des côtés nord et ouest de l'établissement et comprend successivement les pièces chauffées identifiées par les premiers fouilleurs comme un , une étuve ou et un doté de deux bassins chauds, auxquels s'ajoute une petite salle chauffée pourvue de son propre bassin.

Thébert caractérise cette succession comme un plan linéaire à itinéraire rétrograde : le baigneur rejoint les salles chauffées depuis le , puis revient vers celui-ci en parcourant le circuit en sens inverse. Le secteur chaud longe exceptionnellement la façade nord, contrairement à la disposition généralement recherchée dans les thermes romains, mais l'orientation générale du bâtiment permet néanmoins aux pièces chauffées de bénéficier d'une exposition au sud-ouest. Une galerie réservée au service contourne enfin les côtés ouest et nord et dessert les installations de chauffage, séparant ainsi leur fonctionnement technique de la circulation principale des baigneurs.

Entrées et espaces méridionaux

Les accès aux thermes occupent le flanc méridional du bâtiment. Deux entrées sont aménagées aux extrémités d'un couloir large de . Ballu décrit un pavement différencié selon les secteurs : la galerie est revêtue de mosaïque de terre cuite dans sa partie orientale et de dalles de pierre à l'ouest. L'accès occidental impose de descendre neuf marches pour atteindre le niveau de la première grande salle.