La nécropole de Medjez II est un ensemble funéraire préhistorique associé à une importante escargotière située dans la région d'El Eulma, dans la wilaya de Sétif, en Algérie. Le site constitue l'un des principaux gisements étudiés pour la connaissance du Sétifien et se distingue par l'intégration de sépultures humaines dans une escargotière également occupée par les vivants.

Localisation Medjez II est situé dans la région d'El Eulma dans la wilaya de Sétif, sur les Hautes Plaines sétifiennes. Cette région constitue l'un des principaux ensembles préhistoriques du Nord-Est algérien, notamment pour l'étude des occupations du Capsien et de leurs différentes expressions régionales. Medjez II appartient ainsi à l'aire septentrionale du Capsien supérieur, où s'est développé le faciès sétifien.

Historique Le site a fait l'objet de fouilles importantes sous la direction de Henriette Camps-Fabrer. Les résultats de ces recherches ont été réunis dans la monographie Un gisement capsien de faciès sétifien, Medjez II, El-Eulma (Algérie), publiée en 1975 dans la collection Études d'Antiquités africaines. Cette étude constitue la principale publication monographique consacrée au gisement. Elle rassemble les résultats des fouilles et les études portant sur différents aspects du site, notamment les industries préhistoriques, les restes humains, la faune et les sépultures.

Les recherches de Camps-Fabrer ont joué un rôle important dans la définition du faciès sétifien. Medjez II est ainsi devenu l'un des sites de référence pour l'étude du Capsien supérieur dans les Hautes Plaines orientales de l'Algérie.

Description Medjez II est une escargotière, c'est-à-dire un amas archéologique caractéristique de plusieurs occupations préhistoriques d'Afrique du Nord et particulièrement riche en coquilles de gastéropodes terrestres, auxquelles sont associés différents vestiges de l'activité humaine. L'étude du gisement a permis de mettre en évidence une succession de niveaux et plusieurs phases culturelles. Camps-Fabrer a proposé une organisation en quatre phases à partir de l'étude du mobilier archéologique.

Ces données ont ensuite été reprises par les recherches sur le Sétifien, qui les ont mises en relation avec l'évolution générale du Capsien supérieur dans les Hautes Plaines. Gabriel Camps souligne l'ancienneté remarquable du Capsien supérieur à Medjez II, dont la phase 1 est datée de à av. J.-C. Cette phase ancienne présente des réminiscences ibéromaurusiennes, tandis que les phases suivantes voient progressivement s'affirmer les caractères capsiens. La phase 4, correspondant au Sétifien évolué, se caractérise notamment par un développement de l'indice des denticulés et par la multiplication des triangles et des trapèzes allongés à petit côté concave. Medjez II contribue ainsi à la définition du faciès sétifien, considéré comme le faciès le plus septentrional du Capsien supérieur.

La stratigraphie et la chronologie du site doivent cependant être considérées en tenant compte des perturbations provoquées par les nombreuses inhumations. Les recherches ultérieures ont également conduit à réexaminer certains aspects de la succession stratigraphique initialement proposée.

Découvertes archéologiques Les fouilles ont mis au jour individus inhumés dans différents secteurs et à différentes profondeurs de l'escargotière.

Colette Roubet considère Medjez II comme une « nécropole en escargotière », en raison de la présence de sépultures aménagées au sein d’un habitat préhistorique caractérisé par d’importants dépôts de coquilles d’escargots terrestres. Roubet et Slimane Hachi le présentent également comme une nécropole d'un type particulier, puisque les sépultures sont installées dans un espace qui a également servi de lieu d'habitat. Les sépultures ne sont pas signalées par une superstructure rocheuse. Les recherches ont distingué des sépultures individuelles ainsi que des regroupements, notamment dans le cas de jeunes enfants.

Trois principaux modes d'inhumation primaire ont été observés : le décubitus latéral fléchi, le décubitus dorsal allongé et une position forcée ayant entraîné la désarticulation du corps. La sépulture H4, attribuée à une femme de type Mechtoïde, présente une position fortement contractée, voire désarticulée. Son traitement a été rapproché de certaines pratiques funéraires anciennes associées aux populations de type Mechta-Afalou.

Plusieurs jeunes enfants ont reçu un traitement funéraire particulier. L'enfant E6 reposait notamment sur un « lit d'ocre rouge », tandis que des ossements animaux accompagnaient certains nouveau-nés. De l'ocre avait également été placé à proximité du crâne et des bras d'E6. Une coquille marine avait par ailleurs été déposée près de la tête de l'enfant E2.

Les sépultures adultes comportaient également différents éléments déposés sur le corps ou à proximité immédiate. Ceux-ci comprennent des ossements animaux, un trapèze, de l'ocre, une parure tubulaire, une canine perforée et des poinçons en os poli. Les observations montrent ainsi que le traitement funéraire pouvait associer la position du corps, son emplacement, son orientation et différents éléments d'accompagnement.

Les pratiques funéraires de Medjez II témoignent de la diversité des comportements observés durant l’Épipaléolithique en Algérie, notamment par l’intégration des sépultures aux espaces occupés. Les restes humains de Medjez II ont également fait l'objet d'études anthropologiques plus récentes. Djillali Hadjouis a notamment étudié un individu provenant du site dans le cadre d'une recherche consacrée à la para-fonction dentaire chez les Hommes anatomiquement modernes d'Algérie.

Une observation anthropologique concerne également la dentition d'une femme du site, dont deux incisives supérieures présentent une abrasion bilatérale. Cette usure a été interprétée soit comme le résultat d'un frottement naturel des dents antagonistes, soit comme la conséquence possible d'un limage volontaire. Dans cette seconde hypothèse, il s'agirait d'un cas particulièrement ancien de mutilation dentaire préhistorique en Afrique du Nord.

Importance archéologique Medjez II occupe une place importante dans l'étude de la préhistoire récente de l'Algérie en raison de l'ampleur de sa documentation archéologique, de la durée de son occupation et de son rôle dans la définition du Sétifien. Son ensemble funéraire présente un intérêt particulier pour l'étude des pratiques funéraires capsiennes. La coexistence des sépultures avec les vestiges d'occupation de l'escargotière permet notamment d'étudier les relations entre les espaces des vivants et ceux des morts.

La diversité des positions funéraires, l'emploi de l'ocre, la présence d'ossements animaux, de coquillages et d'objets associés aux individus font de Medjez II un site important pour l'étude des comportements funéraires des populations préhistoriques des Hautes Plaines.

Références

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