L’Ours brun des Pyrénées ou des Asturies, aujourd’hui plus communément désigné sous le nom d’Ours brun cantabrique, est une population indigène d'ours bruns d'Eurasie (Ursus arctos arctos), une sous-espèce de mammifères de l'ordre des carnivores et de la famille des ursidés. Ces ours bruns, autrefois largement répandus dans la péninsule Ibérique, ont connu une diminution drastique de leurs effectifs aboutissant à la disparition de la souche indigène des Pyrénées, où la population actuelle résulte de réintroductions d'individus originaires de Slovénie.

Dénomination Nom normalisé anglais : Cantabrian brown bear ; Noms vulgaires typiques en français : Ours brun des Pyrénées, Ours brun Cantabrique ; Autres noms vulgaires : Ours brun des Asturies, Ours des Pyrénées, Ours des Asturies, Ours doré ; Noms vernaculaires : Ours brun, Ours.

En espagnol, cette forme est appelée (ou simplement ). Les différentes langues et dialectes de la péninsule Ibérique possèdent également leurs propres désignations vernaculaires : en asturien, l'adulte est nommé et l'ourson (ou ) ; en galicien, il porte le nom d' ; en aragonais, il est désigné sous le terme d' ; en catalan, sous celui d' ; et en basque, sous l'appellation d'.

Taxonomie vignette|gauche|Illustration d’un petit Ours femelle des Asturies dans Histoire naturelle des mammifères (1824). L'Ours des Pyrénées et des Asturies a été décrit en septembre 1824 par le naturaliste français Frédéric Cuvier (dans l'ouvrage monumental codirigé avec Étienne Geoffroy Saint-Hilaire) sous le nom en français d'« Ours des Asturies ». Cuvier s'appuie sur l'examen d'un individu vivant capturé dans les montagnes des Asturies, acheminé en France par le général Huber puis offert à la ménagerie royale du Jardin des plantes. Dans son analyse, Cuvier indique que cette population se distingue nettement par les variations du pelage liées à l'âge : alors que l'adulte est uniformément brun sombre, les petits présentent de manière constante une robe d'un beige jaunâtre sur le corps, avec un ton plus foncé sur la tête et des membres noirs, dont seule l'extrémité des poils est plus claire. Il observe que ce caractère de pelage juvénile est commun aux ours de la péninsule Ibérique et des Pyrénées, et suggère expressément en conclusion que si cette forme pyrénéenne venait à être formellement reconnue comme une espèce distincte, elle pourrait recevoir une dénomination latine dérivée du nom de ces montagnes, préfigurant ainsi les combinaisons latines ultérieures telles que Ursus Pyreniacus par John Edward Gray en 1825, puis Ursus pyrænaicus par René Primevère Lesson en 1827. Le nom binominal formellement valide est donné en 1829 par le naturaliste Johann Baptist Fischer sous le taxon d', reprenant la localité type des « Asturies, Espagne » de Cuvier.

Les spécialistes des ursidés continuent de débattre de la classification scientifique des ours, dont huit espèces sont actuellement reconnues, bien que certains auteurs identifient un plus grand nombre de sous-espèces. Au début du , Cabrera (1914) considérait l'ours brun cantabrique comme une sous-espèce distincte de l'ours brun d'Eurasie (U. a. arctos) et l'a classé sous le nom trinomial d', le caractérisant par la nuance beige ou jaunâtre à la pointe des poils et par des pattes sombres.

Évolution vignette|Lithographie d'un ours brun cantabrique (Ursus arctos pyrenaicus), Musée national des sciences naturelles, également présente dans l’ouvrage Fauna Ibérica : Mamíferos, 1914.|gauche À la suite de révisions systématiques ultérieures, l'ours brun cantabrique a perdu son statut taxonomique autonome : il n'est plus considéré comme une sous-espèce valide (synonyme junior), mais plutôt comme une population régionale au sein d'Ursus arctos arctos.

Considéré comme originaire d'Asie, l'ours brun (Ursus arctos, L. 1758) s'est répandu à travers l'hémisphère Nord, colonisant une grande partie de la masse continentale eurasienne ainsi que l'Amérique du Nord.

Les analyses en phylogénie moléculaire et sur l'ADN mitochondrial confirment une très grande proximité génétique globale parmi les ours bruns européens et indiquent que les populations se divisent principalement en deux lignées continentales majeures : la première regroupe les populations du sud de la Scandinavie, des Pyrénées et de la cordillère Cantabrique, faisant des ours du sud de la Suède les parents actuels les plus proches de cette population ; la seconde rassemble les populations des Alpes du Sud, des Apennins, des Alpes dinariques, des monts Rila, des monts Rhodopes et du Grand Balkan (Stara Planina). L'ours brun des Pyrénées et des Asturies s'inscrit au sein de ce type occidental, la progression géographique de l'espèce ayant été canalisée lors des glaciations du Pléistocène par les barrières formées par les calottes glaciaires des Alpes et des Balkans, orientant les flux migratoires vers le nord-est d'une part, et vers le sud-ouest d'autre part. À la suite de la recolonisation post-glaciaire consécutive au dernier maximum glaciaire, la séparation génétique entre la population cantabrique et le reste des ours bruns ne s'est produite qu'après le premier tiers de l'Holocène, il y a environ 8 000 ans, et les divergences génétiques demeurent extrêmement faibles. Les premières analyses de l'ours des Pyrénées et des Asturies avaient mis en évidence ces particularités au sein de la lignée occidentale, classée sous l'appellation de Clade 1 (ou Clade V) ; plus récemment, les études paléogénomiques ont confirmé une stricte identité haplotypique entre ces ours dorés et des restes historiques d'Afrique du Nord (grotte d'Akouker), suggérant un franchissement maritime ou une introduction tardive à travers le détroit de Gibraltar.

Phylogénie Phylogénie des clades mitochondriaux et des sous-espèces d'Ours brun (Ursus arctos) basée sur les études phylogéographiques et mitogénomiques mondiales (notamment Matsuhashi et al., 2001, Calvignac et al., 2008, Hirata et al., 2013 et Lan et al., 2017) :

Description vignette|gauche|Illustration du squelette de l'Ours des Asturies (Ursus pyrenaicus) dans l'Ostéographie, par Henri-Marie Ducrotay de Blainville (1839-1864). L'ours brun des Pyrénées et des Asturies se caractérise par une stature légèrement plus réduite que l'ours brun du nord et de l'est de l'Europe. La longueur totale tête-corps est généralement comprise entre , pour une hauteur au garrot variant de . Les mensurations corporelles relevées sur un vieux mâle des pics d'Europe indiquent une longueur tête-corps de , une hauteur au garrot de , une queue de , une oreille de et un pied postérieur de . Le dimorphisme sexuel se traduit principalement par la masse corporelle : les femelles pèsent en moyenne mais peuvent atteindre jusqu'à , tandis que les mâles atteignent une moyenne de avec des maxima pouvant atteindre .

Le pelage des adultes varie selon les individus du beige isabelle clair au brun sépia plus foncé, les teintes les plus fréquentes étant la terre d'ombre et le brun de Prout (Prout’s brown). Le poil présente une coloration bicolore diagnostique : la racine est très sombre, presque noire, tandis que l'apex s'éclaircit en une nuance jaunâtre virant à l'ocre ou à l'isabelle. Les pattes se distinguent par une teinte uniformément noire ou brun de clou très foncé dès la racine du membre, tranchant nettement avec le reste du corps. Les jeunes individus arborent un pelage clair d'un blond jaunâtre avec la tête plus foncée, et conservent fréquemment les traces d'un collier blanchâtre qui peut persister de manière estompée chez certains adultes.

Sur le plan ostéologique et craniométrique, le crâne se caractérise par un profil bas et peu sinueux, ainsi que par des arcades zygomatiques moins saillantes et moins divergentes que chez la forme type : la largeur zygomatique ne représente que 58 à 65 % de la longueur condylobasale, contre 65 à 75 % chez U. a. arctos. Le crâne du spécimen des pics d'Europe mesure de longueur totale (longueur condylobasale : ), de largeur zygomatique, de largeur interorbitaire et de largeur postorbitaire, avec une mandibule de et une série dentaire supérieure de .

Écologie et comportement Répartition géographique Historiquement présent sur l'ensemble de la péninsule Ibérique, l'ours brun a vu son aire de répartition se restreindre au cours des temps historiques ; dès la fin du , il subsistait notamment dans les monts de San Martín de Valdeiglesias et la vallée du Lozoya, avant d'être repoussé vers les massifs septentrionaux. Au début du , les populations ibériques se maintenaient encore dans les secteurs pyrénéens d'Aragon et de Catalogne, ainsi que dans la cordillère Cantabrique, notamment dans les montagnes de Santander, les Asturies, le nord des provinces de Palencia et de León (à Cervera et Palacios del Sil) et l'est de la province de Lugo dans la Serra do Courel.

En France, à cause d'une pression toujours plus importante de l'Homme sur leur habitat et leur population, le nombre d'ours ne cessa de diminuer. Dans les Pyrénées-Orientales, le dernier individu sauvage du département est tué en 1846, lors d'une battue. L'arrêt de la chasse à l'ours est effectif en 1962, alors qu'il reste environ dans les Pyrénées. La dernière ourse de souche pyrénéenne, Cannelle, a été abattue par un chasseur le et est aujourd'hui présentée naturalisée au muséum de Toulouse. Son fils Cannellito, né en 2004, est ainsi le dernier ours de souche pyrénéenne encore en vie.

À l'époque contemporaine, l'ours brun des Pyrénées et des Asturies est fragmenté en deux populations isolées occupant un territoire combiné de dans le nord de l'Espagne. Le noyau occidental, le plus important (comptant 100 à 140 ours), s'étend sur les Asturies, l'ouest de la province de León et l'est de la province de Lugo en Galice, notamment dans le parc naturel de Somiedo et la réserve de biosphère de Trubia. Le noyau oriental (plus restreint, avec 20 à 30 individus) couvre les zones montagneuses de la province de Palencia, du nord-est de León, de la Cantabrie (notamment le parc naturel de Saja dans la comarque de Campoo-Los Valles près de Reinosa) et l'est des Asturies.

Ces deux noyaux sont séparés par un couloir de 30 à interrompu par des axes de communication et des activités humaines, bien que des indices de connectivité génétique et des passages d'individus aient été mis en évidence dans le parc naturel de Redes. Des incursions sporadiques sont occasionnellement relevées à proximité des frontières limitrophes : en 2005 et 2019, la présence d'individus erratiques a été confirmée dans le massif de Trevinca et au-delà de la frontière nord du Portugal, région d'où l'espèce avait disparu depuis la fin du .

Comportement et espérance de vie L'ours brun cantabrique est un animal solitaire et particulièrement craintif qui fuit systématiquement la présence humaine dans son milieu naturel, rendant les rencontres fortuites avec des promeneurs très rares). L'espérance de vie de l'espèce est estimée entre 25 et 30 ans à l'état sauvage.

Régime alimentaire Bien que classé parmi les carnivores, son régime alimentaire est très majoritairement végétarien et opportuniste. Il consomme selon la phénologie des végétaux des glands de chêne, des faînes de hêtre, des châtaignes, diverses baies, des racines, des tubercules et des graminées, pillant à l'occasion les cultures de maïs. Il complète son alimentation par des insectes, des larves et du miel.

Les matières carnées sont principalement consommées sous la forme de charognes de grands ongulés sauvages abandonnées par d'autres prédateurs ou de cadavres d’animaux d’élevage laissés par les éleveurs. Ces sources de protéines et de lipides jouent un rôle vital pour la survie des oursons, pour le rétablissement pondéral des adultes au printemps et pour l'accumulation des réserves de graisse indispensables avant l'entrée en tanière hivernale.

Menaces et conservation

Menaces