Les trésors monétaires de Tipasa désignent plusieurs dépôts et ensembles de monnaies découverts sur le site archéologique de Tipasa, ancienne cité de Maurétanie Césarienne. Ces découvertes, principalement documentées par les recherches archéologiques menées entre la fin du et le , couvrent une période allant de la fin de la République romaine à l'Antiquité tardive. Elles comprennent des monnaies d'or, d'argent et de bronze, découvertes dans différents contextes, notamment urbains, monumentaux et funéraires. Leur étude permet d'analyser la circulation monétaire, la durée de leur utilisation, les pratiques de thésaurisation et les transformations de l'approvisionnement en numéraire en Afrique du Nord durant l'Antiquité.
Localisation vignette|Vue de la ville depuis la mer. Les trésors monétaires ont été découverts dans différents secteurs de l'ancienne Tipasa, cité littorale de Maurétanie Césarienne située sur la côte méditerranéenne de l'actuelle Algérie. La ville antique, issue d'un établissement punique, connaît un important développement sous la domination romaine. Son espace urbain comprend notamment une enceinte, un amphithéâtre, des habitations, des thermes, des édifices chrétiens et plusieurs nécropoles. Les découvertes monétaires proviennent ainsi de contextes urbains et monumentaux différents.
Historique des fouilles du site L'histoire des recherches à Tipasa repose sur plusieurs générations d'archéologues et de chercheurs, dont les travaux ont progressivement permis de documenter les différentes phases d'occupation de la ville, son urbanisme, ses monuments, ses nécropoles et son environnement.
Les vestiges de Tipasa sont signalés par des voyageurs et des érudits avant le développement des recherches archéologiques modernes. En 1743, l'ecclésiastique et voyageur anglais Thomas Shaw identifie les ruines de Tefessad avec l'ancienne Tipasa. Au , Charles Texier visite à son tour le site et décrit notamment les aménagements portuaires, le théâtre et l'enceinte antiques. Des interventions ponctuelles sont également réalisées dans certains monuments, notamment la basilique Sainte-Salsa et le nymphée.
À partir de 1891, Stéphane Gsell entreprend des recherches plus systématiques. Entre 1891 et 1893, il poursuit notamment l'exploration de la basilique Sainte-Salsa et de la grande basilique située sur le Ras el-Knissa, tout en intervenant dans le cimetière oriental intra muros. Ses travaux aboutissent à une première étude générale de Tipasa, publiée en 1894, qui établit une présentation d'ensemble des principaux monuments et de leur répartition dans la ville antique. Parallèlement, le curé Saint-Gérand entreprend le dégagement de l'église de l'évêque Alexandre.
Les recherches se poursuivent au cours des premières décennies du . Plusieurs monuments et secteurs du site font l'objet d'études et de travaux de dégagement. Les recherches conduites entre 1922 et 1932 par le Service des monuments historiques de l'Algérie constituent notamment une nouvelle étape dans l'exploration du site.
Au début des années 1940, les recherches prennent une nouvelle ampleur. Paul-Marie Duval étudie l'enceinte de Tipasa et effectue des sondages destinés à préciser son tracé et ses caractéristiques. Louis Leschi entreprend parallèlement la fouille du théâtre entre 1942 et 1944 ; celle-ci est achevée en 1950 par Edmond Frézouls. En 1943, Pierre Cintas reprend l'étude du cimetière oriental intra muros et met en évidence des vestiges attribuables à la période punique.
La principale campagne de fouilles du milieu du est menée sous la direction de Jean Baradez. Les travaux, engagés à partir de 1948 et poursuivis jusqu'au début des années 1960, concernent de nombreux secteurs de la ville et de ses nécropoles. Jean Baradez contribue notamment à préciser l'organisation urbaine de Tipasa par le dégagement de voies et de monuments, parmi lesquels la basilique Saints-Pierre-et-Paul et la Maison des Fresques. Il intervient également sur les nécropoles et sur l'enceinte de la ville.
Cette période correspond également à la découverte de plusieurs ensembles monétaires qui seront étudiés ultérieurement par les numismates. Les trésors de l'amphithéâtre, de la Maison des Fresques et du rempart oriental sont ainsi associés aux travaux archéologiques réalisés dans différents secteurs du site au cours de cette période.
Après la fin de la période dirigée par Baradez, Serge Lancel poursuit les recherches de 1962 à 1968. Ses travaux portent notamment sur les nécropoles orientale et occidentale et permettent également d'identifier une nouvelle nécropole romaine occidentale à proximité de la porte de Césarée. Il publie plusieurs rapports consacrés aux nécropoles de Tipasa sous le titre Tipasitana.
Après l'indépendance de l'Algérie, les recherches se poursuivent principalement dans les secteurs périphériques de la ville antique, notamment dans les nécropoles occidentales. Des travaux plus récents ont également réexaminé certains secteurs déjà fouillés, comme le paysage funéraire associé à la basilique Sainte-Salsa. Les recherches archéologiques récentes ont toutefois été moins nombreuses que celles menées au milieu du .
Trésors monétaires antérieurs à 1962 Trésor du rempart oriental Un trésor monétaire est découvert entre 1948 et 1950 lors des fouilles du rempart oriental de Tipasa, dans l'angle nord de l'enceinte, du côté extérieur du rempart et face à la nécropole de Sainte-Salsa. Les monnaies avaient été dissimulées dans une cavité aménagée dans le mur.
Dans sa publication consacrée au dépôt, Jean Baradez en dénombre deniers d'argent. Le catalogue comprend huit deniers des légions de Marc Antoine, suivis d'émissions allant du règne de Néron à celui d'Antonin le Pieux. La monnaie la plus récente est un denier d'Antonin le Pieux daté de 143 apr. J.-C. Le détail publié par Pierre Salama permet de suivre la composition du dépôt : huit monnaies liées aux légions d'Antoine, un denier de Néron, vingt-neuf de Vespasien, quatre de Titus, huit de Domitien, deux de Nerva, dix-sept de Trajan, quatorze d'Hadrien et trois d'Antonin le Pieux.
La chronologie des monnaies s'étend ainsi de la fin de la République romaine, avec les deniers associés aux légions de Marc Antoine, jusqu'au milieu du . Le terme final du dépôt est fixé à 143 apr. J.-C., correspondant à l'émission la plus récente représentée. Cette date constitue le terminus post quem du dépôt, et ne doit pas être confondue avec sa date d'enfouissement.
Jean Baradez rapproche l'existence du trésor de la construction et de l'inauguration du rempart oriental. Pierre Salama précise que, puisque le denier le plus récent date de 143 et que l'inauguration du rempart est placée en 147, l'enfouissement serait postérieur à cette dernière date.
La documentation numismatique présente toutefois une légère divergence concernant le nombre total de monnaies. Les publications de Baradez et de Salama indiquent 84 deniers, tandis que la base de Coin Hoards of the Roman Empire enregistre actuellement 86 deniers pour le dépôt « Tipasa 1948-1950 ».
Par sa composition, le trésor constitue un témoignage important sur la circulation du denier à Tipasa entre la fin de la République romaine et le IIe siècle apr. J.-C. La longue présence de monnaies anciennes, notamment celles associées aux légions de Marc Antoine, aux côtés d'émissions plus récentes jusqu'au règne d'Antonin le Pieux, permet d'observer la durée de circulation de la monnaie d'argent dans la cité.
Trésor de la basilique occidentale vignette|La Grande basilique chrétienne. Un petit dépôt monétaire de deniers d'argent est découvert en 1957 lors des fouilles de l'abside de la grande basilique occidentale de Tipasa, désignée dans la documentation archéologique comme la « cathédrale ». Les monnaies avaient été réunies dans un petit contenant en matière périssable, probablement un sachet de cuir ou de tissu, dont aucun élément n'a été conservé. Le dépôt a été retrouvé à plus de 5 mètres de profondeur, dans le secteur de l'abside.
Les monnaies s'échelonnent entre le règne de Lucius Verus et celui de Héliogabale, avec une monnaie hybride attribuée à Julia Soaemias dont le revers est associé à Sévère Alexandre. Le terminus chronologique du dépôt se situe ainsi au début du IIIe siècle, entre 218 et 235 apr. J.-C..
La découverte est particulièrement intéressante en raison de son contexte archéologique : le dépôt se trouvait dans l'abside d'un important édifice de la ville antique. Il constitue ainsi un témoignage de la circulation de la monnaie d'argent à Tipasa au cours des IIe et IIIe siècles, avant les transformations profondes du système monétaire romain de l'Antiquité tardive.
La « cathédrale » correspond à la grande basilique occidentale de Tipasa, située sur la colline occidentale de la cité. Elle doit être distinguée de la basilique de l'évêque Alexandre et de la basilique Sainte-Salsa, qui constituent d'autres ensembles monumentaux chrétiens de Tipasa.
Trésor de l'amphithéâtre vignette|Vestiges de l'amphithéâtre. Un dépôt de petites monnaies de bronze est découvert dans l'amphithéâtre lors des fouilles de Jean Baradez. Les monnaies étaient réunies dans un sac dont des restes textiles ont été conservés. Le dépôt comprend trois antoniniens du IIIe siècle, dont des exemplaires de Claude II le Gothique et de Tetricus Ier, ainsi que des monnaies de bronze des IVe et Ve siècles. Il comprend également deux imitations de monnaies d'Honorius et une monnaie attribuée à Maxime, usurpateur en Hispanie au début du . Quinze monnaies seulement n'ont pas pu être attribuées avec certitude à un empereur.
Robert Turcan situe l'enfouissement au début du . L'ensemble témoigne de la persistance de monnaies anciennes dans la circulation et de la coexistence de numéraires appartenant à différentes périodes.
Trésors de la villa des Fresques vignette|La villa des Fresques. Un premier dépôt de la Maison des Fresques comprend petites monnaies de bronze. Elles étaient conservées dans une cruche en céramique jaune, découverte dans la chambre nord-ouest d'une maison romaine. La série monétaire s'étend de l'époque des fils de Constantin jusqu'au règne de Valentinien III, avec notamment deux imitations de monnaies de ce dernier. Vingt-sept monnaies n'ont pas pu être attribuées avec certitude. Robert Turcan situe l'enfouissement vers 425-430, tandis que le Coin Hoards of the Roman Empire fournit une fourchette de clôture plus large, comprise entre 425 et 455.
Un deuxième dépôt de la Maison des Fresques comprend petites monnaies de bronze découvertes dans l'évacuation des thermes privés. Il contient notamment un antoninien de Claude II le Gothique, des petits bronzes du et des monnaies du , parmi lesquelles trois monnaies autonomes de Carthage. Robert Turcan propose un enfouissement vers 430-440, avec une réserve sur cette datation.
Le troisième dépôt de la Maison des Fresques comprend monnaies et fragments retrouvés dans une couche d'alluvions sableuses. Aucun récipient destiné à contenir le dépôt n'a été identifié. L'état de conservation est particulièrement mauvais et environ monnaies ou fragments n'ont pas pu être déterminés.
La composition de ce troisième dépôt est particulièrement étendue. Les monnaies les plus anciennes comprennent deux antoniniens de Claude II le Gothique et un antoninien de Tetricus Ier. Le est représenté par plusieurs centaines de petits bronzes. Le comprend notamment monnaies, dont une proportion importante d'imitations. Le dépôt contient également une monnaie de Thrasamund, monnaies de Justinien Ier antérieures à 538 et deux monnaies autonomes de Carthage.