vignette|Germaine Richier (photo de Emmy Andriesse) Germaine Richier, née le à Grans (Bouches-du-Rhône), et morte le à Montpellier (Hérault), est une sculptrice française.
Ses intimes la surnommaient L'Ouragane du nom d'une de ses sculptures réalisée en 1949. Car
La première monographie illustrée, hors catalogue d'exposition, Germaine Richier, l'Ouragane., signée Laurence Durieu, petite nièce de l'artiste, est parue en 2023.
Lors de la rétrospective à la Fondation Maeght, Geneviève Breerette souligne en 1996 Le Tome 1 de ce catalogue raisonné, introduit par Françoise Guiter, nièce de l'artiste, a été publié en 2024 aux Éditions Silvana Editoriale. Les dates de parution des deux tomes suivants sont toujours en attente.
Biographie 1902-1939 enfance et formation Cadette d'une famille provençale par son père, languedocienne par sa mère, Germaine habite dès 1904 avec sa famille à Castelnau-le-Lez dans la propriété du Prado où elle vit pendant toute sa jeunesse. À partir de 1920, Germaine Richier entre à l'école supérieure des beaux arts de Montpellier., dans l'atelier de Louis-Jacques GuiguesLouis-Jacques Guigues, (1873-1943) est un élève du sculpteur Alfred Boucher (1850-1934), et un ancien praticien d'Auguste Rodin qu'il admire. Ses lettres à Rodin sont conservées au musée Rodin à Paris. Né à Bessèges (Gard), il fait ses études à l'école des beaux-arts de Montpellier de 1889 à 1893. À partir de 1920, il y enseigne la sculpture. En 1937, il devient conservateur du musée Fabre qui conserve la plupart de ses sculptures : des bustes essentiellement pratiqué en taille directe (Tête de Frédéric Bazille). V. Da Costa, note 18, .. Elle y apprend la technique de la taille directe et réalise essentiellement des bustes. Elle remporte le premier prix de sculpture avec Jeunesse, œuvre aujourd'hui détruite.
En Sur recommandation de l'architecte Henri Favier., le sculpteur Antoine Bourdelle l'accueille dans son atelier particulier, avenue du Maine où elle restera jusqu'à la mort de son maître en 1929. Elle est la seule élève particulière de BourdelleDepuis 1909, Bourdelle enseigne à l'Académie de la Grande Chaumière mais réserve son atelier privé à quelques privilégiés. Bourdelle est entouré de deux praticiens, les sculpteurs suisses Arnold Geissbuhler (1897-1977) et Otto Bänninger (1897-1973), anciens élèves de l'Académie de la Grande Chaumière.V. Da Costa, note 30, .. Formée, à la « dure école du buste » elle réalise pendant ces années des modelages, moulages, mais travaille aussi la pierre et le bois. Elle possède un grand métier dont Romuald Dor de la Souchère note sur de la Souchère.. écrit
Mariée le au sculpteur suisse Otto Bänninger qui est metteur en place et praticien de Bourdelle, elle travaille à Paris en toute indépendance dans son atelier de l'avenue du Maine. Dès son arrivée à Paris sa sculpture est remarquée et appréciée. Elle prend des élèves. À partir de 1933 et jusqu'à la fin de sa vie, elle s'installe avec son mari dans un autre atelier Villa Brune, puis avenue de Châtillon, (aujourd'hui avenue Jean-Moulin, n°36, dans le arrondissement). À cette époque, elle sert de modèle pour la pièce de réalisée par le sculpteur André Lavrillier, selon son ami Georges Dezeuze.. Sa première exposition a lieu en 1934, à la galerie du russe Max Kaganovitch à Paris. Germaine Richier y montre des bustes, aujourd'hui détruits, et un nu masculin Loretto IBV. Da Costa, note 298, ., bronze patiné foncé en onze exemplaires, première œuvre de grande taille : , exposée ensuite au musée du jeu de paume en 1937 dans l'exposition Femmes artistes d'Europe.. Après un voyage à Pompéi avec ses élèves en 1935, elle reçoit en 1936 le prix Blumenthal, bourse créée par deux mécènes américains, Florence et Georges Blumenthal, pour récompenser des artistes deux fois par an. Le prix attribué à Germaine récompense le Buste , portrait du fils du sculpteur Robert Coutin.
À l'Exposition universelle de 1937, Germaine Richier présente Méditerranée au pavillon Languedoc méditerrainéenvue ancienne du pavillon Languedoc Méditerranéen., elle obtient la médaille d'honneur pour cette œuvre. L'année suivante, accompagnée de son mari, elle emmène ses élèves en Tchécoslovaquie, crée le buste de Renée Regodias, appelée couramment La Regodias, bronze patiné en douze exemplaires, (collection famille Germaine Richier)..
Elle expose souvent à partir de 1939, à Paris et à Bruxelles. Elle participe également à l'Exposition internationale de New York. C'est une période heureuse pour Germaine Richier qui retrouve, boulevard du Montparnasse, la communauté artistique presque tous les soirs à La Coupole ou au Dôme, après avoir travaillé toute la journée dans son atelier. Dans les brasseries, ou aux expositions, elle est avec ses amis : Marko, Emmanuel Auricoste, Robert Couturier, Fritz Wotruba, Marino Marini, et Alberto Giacometti.
1939-1946, la période suisse À la déclaration de guerre, en , Germaine Richier et Otto Bänninger sont en Suisse. Ils s'installent à Zurich, Bergstrasse.
En Suisse, Germaine retrouve ses amis du quartier du Montparnasse : Jean Arp, Giacometti, Marino Marini, Chana Orloff, Wotruba, et elle rencontre l'écrivain Georges Borgeaud qui pose pour la statue Le Poète (1945). Germaine a déjà un grand succès.. Elle a pris des élèves et elle crée Juin 40, hauteur 98 cm, pour illustrer la guerre. C'est dans son atelier de Zurich qu'elle a appris la fin de la Drôle de guerre. Cette même année, elle réalise Le Crapaud, 1940, , actuellement conservé au Kunsmuseum de Berne.. Dans Le Crapaud on relève les premières marques de son intérêt pour le monde animal que l'on retrouve dans La Sauterelle (1944). Mais la représentation humaine reste sa préoccupation principale jusqu'en 1946, année où l'on va voir apparaître L'Araignée, La Chauve souris, La Mante, grande et d'autres figures « insectiformes », mi humaines, mi insectes.
Pour autant, elle n'abandonne pas son étude de la figure humaine. Le Vieux, (1944), est le premier buste où elle s'accorde une totale liberté, tout en gardant la rigueur du buste et la ressemblance avec le modèle. Dans ce même style, elle réalise Femme assise (1944) dont la figure évolue par la suite vers L'Eau (1953), , Tate Gallery, Londres.
Le sculpteur italien Marino Marini, réfugié à Zurich, qui était déjà un de ses amis à la grande époque de la communauté d'artistes de Montparnasse, est si proche de Germaine Richier que la sculptrice n'accepte de participer à une exposition au Kunstmuseum de Bâle qu'à la condition que Marini donne un avis favorable
En 1945, Marino Marini réalise une tête de Germaine Richier conservée à la Galleria d'Arte Moderna de Milan.
En , Germaine Richier revient seule à Paris car : Elle reste en lien avec Otto Bänninger ; elle vit entre la France et Zurich et correspond très régulièrement avec luiSes lettres sont conservées dans les archives Otto Bränninger à Zurich. : Mais à Paris elle retrouve ses anciens amis auxquels s'ajoutent des personnalités littéraires dont Marcel Arland, Nathalie Sarraute, Colette, Edmond Humeau, Jean Paulhan.
Elle reprend son atelier de l'avenue de Châtillon et sa liberté de création explose avec des figures hybrides : L'Araignée I, La Mante, La Chauve-Souris auxquelles elle ajoute des fils tendus, croisés. La Chauve souris inaugure une nouvelle technique : celle de la filasse et du plâtre qu'elle poursuit avec La Forêt. Outre La Vierge folle, elle crée des bronzes de petite taille : La Lutte, La Parade, Le Combat, La Tarasque.
En , elle rencontre l'écrivain et poète René de Solier qui deviendra son compagnon quelques années plus tard. Il communique son enthousiasme à son ami Jean Paulhan, ainsi qu'au poète Francis Ponge et à l'écrivain André Pieyre de Mandiargues :
1947-1953 Don Quichotte, monstres et araignées
En 1947, elle entreprend L'Orage, qu'elle achève en 1948, pour lequel elle fait poser un ancien modèle d'Auguste Rodin, NardoneLibero Nardone (1867-1961) V. Da Costa, note 152, ., modèle pour Le Balzac de Rodin à partir de 1903.. C'est avec lui qu'elle crée L'Homme qui marche. Elle utilise ce même modèle en 1948 pour L'Aigle et pour L'Ogre l'année suivante, pour L'Hydre et Le Pentacle en 1954 et encore pour Le Dos de la montagne. L'Orage est présenté à la Biennale de Venise en 1952. Cette même année, elle expose à l'Anglo-French art center de Londres. Le texte du catalogue est de René de Solier.
En 1948, elle est exposée à la galerie Maeght du au . Au même moment, le de la revue Derrière le miroir lui est consacré avec des textes de Georges Limbour, Francis Ponge et René de Solier
En 1949, elle crée Don Quichotte et Don Quichotte à l'aile du moulin, avec sa nouvelle technique de la filasse. Elle commence aussi à travailler à un christ, commandé par les dominicains pour l'église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d'Assy et pour lequel elle se passionne. Dès 1945, le père Couturier et le père Régamey de l'ordre des dominicains, souhaitent rénover l'art sacré Ils demandent à des artistes contemporains - parmi lesquels Georges Braque, Fernand Léger, Henri Matisse, Marc Chagall - d'assurer la décoration de l'église d'Assy, . Ayant déjà fait poser Nardone, Germaine le trouve trop corpulent pour un christ et reprend son travail avec Lyrot, un modèle plus mince. Elle réalise le crucifix qui sera placé derrière l'autel. Ce Christ fait l'objet d'une grande controverse. En , Monseigneur Auguste Cesbron, évêque d'Annecy, fait retirer la sculpture. Il s'agit surtout d'une opposition émanant d'ecclésiastiques d'ordres différents, alors que la statue est défendue par beaucoup de chrétiens, des laïques ainsi que par les malades du sanatorium d'Assy, et tout aussi largement par la critique française et étrangère.. Après avoir été préservée dans la sacristie, la statue est remise en place sur le maître-autel en 1969 et classée monument historique le .
À partir de 1951, Germaine Richier ajoute de la couleur dans ses bronzes. Ainsi pour La Ville (1951), le fond est peint par Vieira da Silva et La Toupie (1952) par Hans Hartung. Elle a également l'idée d'insérer des verres colorés. 1952 est aussi l'année du Griffu qui illustre le mythe provençal de la Tarasque. Pour cette réalisation Germaine Richier s'inspire d'une reproduction de la tarasque suspendue au plafond du Museon Arlaten. Cette même année, elle réalise le Cheval à six têtes, petit. Puis elle décide de transporter à Saint-Tropez son atelier avec quelques élèves et sa nièce Françoise. Elle expose au Chili, en Suisse, et à la Biennale de Venise.
Elle illustre les œuvres d'Arthur Rimbaud Illuminations et Une saison en enfer par des eaux-fortes.
1954-1959, de L'Hydre aux œuvres monumentales
En 1954, Germaine Richier divorce et se remarie avec René de Solier.
Germaine Richier expose pour la première fois aux États-Unis, à la Allan Frumkin Gallery de Chicago. Puis elle participe à l'exposition collective The New decade : 22 european painters and sculptors au Museum of Modern Art (MOMA) de New York, où elle présente notamment La Mandoline ou La Cigale. Le MoMA possède actuellement Sculpture with background (sculpture avec arrière-plan), bronze nettoyé doré, aperçu de Sculpture with background ., don de la fondation Blanchette Hooker Rockefeller1909-1992, épouse de John Davison Rockefeller III..
Entre 1955 et 1956, Germaine Richier entreprend une œuvre monumentale La Montagne qui sera présentée au public pour la première fois lors de la rétrospective organisée au musée d'Art moderne de Paris.
Germaine Richier fait partie des rares artistes qui ont eu une rétrospective de leur vivant au MNAM : le sculpteur Henri Laurens, les peintres Marc Chagall et Joan Miró et le plasticien Alexander Calder notammentV. Da Costa, ..
En 1957, pour des raisons de santé, elle s'installe à Antibes avec son mari René de Solier dont elle illustre le recueil de poèmes Contre terre.
La dernière exposition organisée de son vivant a lieu au musée Grimaldi-château d'Antibes en .