Béni Snous (en berbère : ⴰⵜ ⵙⵏⵓⵙ, Ath Snus) est une tribu berbère de l'Ouest algérien, établie dans la région de la haute Tafna, au sud-ouest de Tlemcen, dans l'actuelle wilaya de Tlemcen. Son territoire historique correspond à un ensemble de vallées et de plateaux calcaires où s'est maintenu jusqu'à l'époque contemporaine un parler berbère appartenant à l'ensemble zénète du Nord-Ouest maghrébin. Il peut être rattaché l'ensemble rifain, et partage la plupart de ses caractéristiques avec le berbère des Béni Snassen.S. Chaker, Les Beni Iznasen - Linguistique, dans: Encyclopédie berbère, vol.10 (Edisud, 1991), pp.1468-1470.

Géographie et territoire Les Béni Snous occupent historiquement la partie occidentale de la Ghaba, ensemble de plateaux calcaires de la haute Tafna situé à l'ouest et au sud-ouest de Tlemcen. Le territoire est marqué par un relief accidenté, des vallées encaissées et un climat relativement humide pour cette partie de l'Oranie, avec des précipitations hivernales et des chutes de neige sur les hauteurs.

Le territoire des Béni Snous s'organise autour de plusieurs vallées, notamment celles de Tifousser et de la Tafna, où se concentrent traditionnellement les villages et les hameaux, également implantés sur les versants. Marc Côte décrit Béni-Snous comme une région montagneuse et signale les vestiges de plusieurs anciens villages, témoignant de l'ancienneté et de l'extension du peuplement dans la région. L'organisation rurale est étroitement liée à l'exploitation des terres, à l'arboriculture et à la maîtrise des ressources en eau. Les sources, les puits et les cours d'eau étaient utilisés pour les besoins domestiques et agricoles, tandis que des systèmes traditionnels de conduite, d'irrigation et de stockage de l'eau, notamment les seguias et les citernes, contribuaient à la mise en valeur des terres et à l'organisation de la vie collective dans les villages.

Les limites administratives contemporaines du territoire actuel des Béni-Snous ne correspondent cependant pas nécessairement au territoire historique de l'ensemble tribal, celui-ci ayant été affecté par les réorganisations administratives de la période coloniale puis de l'Algérie indépendante.

Organisation tribale vignette|Femmes Béni-Snous de Tlemcen (1954). L'organisation traditionnelle des Béni-Snous associait plusieurs niveaux de regroupement, des familles et fractions aux villages et aux ensembles tribaux. Les sources ethnographiques distinguent principalement le Kef, le Khemis et les Azaïls. Des sources de la période coloniale mentionnent également les Beni Bou Saïd parmi les composantes historiques de l'ensemble des Beni Snous.

Le village El kef comprenait plusieurs fractions, parmi lesquelles les Ouled Ali ou Moussa El Achach, les El Achach, les Ouled Ali ou Moussa, les Ouled Atia, les Ouled Mehdi, les Deradera, les Ouled Anem et les Ouled Yahia. Le Khemis regroupait notamment les Ouled Farès, les Ouled Mezian, les Beni Achir, les Ouled Moussa, les Ouled Arbi, les Beni Hammou, Mazzer, les Ouled Abdelaziz et les Ouled Amara. Les Azaïls comprenaient notamment Tafessera, Tlata, Zahra et Beni Bahdel.

Cette organisation ne correspondait pas au découpage administratif colonial. Roger Bellissant indique notamment que les Azaïls relevaient de la commune mixte de Sebdou tandis que les villages du Khemis étaient rattachés à la commune mixte de Maghnia. Il considère néanmoins ces groupes comme appartenant à la « grande tribu berbère des Béni-Snous » dans son étude de 1941.

Les descriptions ethnographiques de cette période utilisent ainsi simultanément des catégories tribales, villageoises et administratives. Cette distinction est importante pour l'étude historique des Béni-Snous, car les communes et circonscriptions administratives actuelles ne permettent pas à elles seules de reconstituer l'organisation tribale ancienne.

Histoire La question de l'origine des Béni-Snous apparaît dans les sources historiques relatives aux groupes berbères de la région de Tlemcen. Dans son histoire des Berbères, Ibn Khaldoun rattache les Béni-Snous aux Koumia, groupe berbère établi dans cette région. Il présente les Béni-Snous comme une branche des Koumia demeurée dans son territoire alors qu'une autre partie du groupe se serait déplacée vers le Maghreb al-Aqsa.

À l'époque précoloniale, les Béni-Snous constituaient un ensemble de communautés rurales établies dans les vallées de la haute Tafna. Les villages formaient des unités essentielles de la vie sociale et économique, tandis que les fractions et ensembles tribaux structuraient les relations entre communautés.

L'établissement de l'administration coloniale française entraîna l'intégration des différentes composantes des Béni-Snous dans de nouvelles circonscriptions administratives. Les appartenances tribales continuèrent toutefois d'être utilisées dans les enquêtes et descriptions ethnographiques.

Le début du fut marqué par plusieurs enquêtes consacrées à la région. Les travaux d'Edmond Destaing occupent une place particulière dans cette documentation. Ils portent à la fois sur le parler berbère et sur différentes pratiques culturelles des Béni-Snous.

Dans le cadre de son étude de la tribu des Béni-Snous et de leur région, Destaing publia notamment « L'Ennayer chez les Beni Snous » en 1905, « Fêtes et coutumes saisonnières chez les Beni Snous » en 1907, son Étude sur le dialecte berbère des Beni Snous en deux volumes en 1907 et 1911, puis un Dictionnaire français-berbère (dialecte des Beni Snous) en 1914.

Langue

Le parler des Béni-Snous est classé parmi les variétés berbères du Nord-Ouest maghrébin et de l'ensemble rifain et présente des affinités particulières avec les parlers du nord-est du Maroc, notamment celui des Béni-Snassen. Dans la classification proposée par Alfred Willms, les Béni-Snous sont associés aux parlers des Beni Iznassen et des Sanhaja de Sraïr, dans un ensemble distingué du Rif proprement dit.

Le parler présente plusieurs particularités phonétiques. Les descriptions linguistiques signalent notamment une spirantisation avancée de certaines consonnes occlusives. Des évolutions concernent les dentales et les consonnes palato-vélaires, notamment /t/, /d/, /k/ et /g/. La voyelle initiale a- des noms masculins singuliers peut également disparaître dans certaines formes. Les descriptions anciennes donnent par exemple fus pour afus « main », lum pour alum « paille » et tmart pour tamart « barbe ».

La connaissance du parler repose en grande partie sur les travaux d'Edmond Destaing, qui publia un dictionnaire français-berbère consacré au parler des Beni Snous en 1914.

Les recherches contemporaines portent notamment sur les contacts entre le berbère local, l'arabe et le français. La thèse de Fatma Kherbache étudie les phénomènes de contact et d'accommodation linguistique ainsi que les transformations sociolinguistiques liées aux déplacements de population et aux situations de contact urbain.

Économie et organisation rurale L'économie rurale traditionnelle associait agriculture, arboriculture et élevage. Les cultures comprenaient notamment les céréales et différentes productions destinées à la consommation locale. Dans certains secteurs, les oliviers formaient des vergers anciens auxquels s'ajoutaient des amandiers, figuiers et autres arbres fruitiers. L'élevage concernait principalement les chèvres et les moutons, auxquels s'ajoutait un petit élevage bovin.

L'eau constituait une ressource essentielle pour les activités agricoles et la vie des villages. Les sources, les puits et les oueds étaient exploités par les communautés. Des seguias et autres dispositifs traditionnels permettaient d'acheminer l'eau vers les espaces cultivés, tandis que des citernes servaient à son stockage. La répartition de l'eau reposait sur des pratiques collectives transmises au sein des communautés rurales.

Les ressources forestières avaient également une fonction dans l'économie locale. La forêt était davantage utilisée comme espace de pâturage que comme source de bois d'œuvre, ce qui témoigne de l'importance des activités pastorales dans l'utilisation traditionnelle du territoire.

Dans les villages des Béni-Snous, l'habitat traditionnel s'organise autour de la maison familiale, dont la configuration répond à la fois aux conditions du milieu rural et aux structures sociales de la communauté. La maison constitue le principal espace de la vie familiale et s'insère dans une organisation villageoise regroupant plusieurs unités domestiques. Sa répartition des espaces et ses usages sont liés aux relations de parenté, à l'organisation de la famille et aux activités exercées par ses membres. À l'échelle du village, cette organisation domestique se prolonge dans les relations entre les différentes familles, donnant à l’espace habité une dimension sociale qui dépasse la seule fonction résidentielle.

Destaing a élargit son enquête aux croyances, aux rites et aux pratiques qui rythment l'année agricole chez les Béni-Snous. Il décrit notamment les coutumes associées aux différentes périodes de l’année agricole, les jours considérés comme fastes ou néfastes, les pratiques destinées à favoriser la pluie et les récoltes, ainsi que diverses croyances liées aux saisons et aux travaux agricoles. Il s’intéresse également aux fêtes et aux cérémonies qui marquent le calendrier saisonnier, en décrivant les pratiques collectives, les préparatifs domestiques et les usages symboliques qui les accompagnent.

Culture et traditions Les traditions des Béni-Snous comprennent des pratiques rattachées au calendrier saisonnier et aux fêtes de l'année. La célébration de Yennayer, appelée également Ennayer dans les sources anciennes, constitue l'un des principaux ensembles rituels documentés dans la région. Edmond Destaing lui consacra dès 1905 une étude portant sur les pratiques et croyances associées à cette période.

Ayred constitue l'une des manifestations associées à cette période. La cérémonie comporte des personnages masqués et costumés, des déplacements collectifs, des chants, de la musique et des performances publiques. Des recherches anthropologiques l'analysent comme une forme de performance rituelle et théâtrale comportant des dimensions symboliques et religieuses.

Destaing a étudié la fête d’Ennayer chez les Béni-Snous, en donnant une description ethnographique très détaillée de son déroulement et des pratiques qui l’accompagnent. À El Kef, il indique que les célébrations durent quatre ou cinq jours et décrit les préparatifs domestiques, notamment l'achat de semoule, la collecte du bois et de diverses plantes, ainsi que le renouvellement du foyer par le remplacement de ses anciennes pierres. Une place importante est accordée aux végétaux, parmi lesquels l'olivier, le romarin, l'asphodèle, la scille, le lentisque, le caroubier, la férule et le fenouil, dont la verdure est associée à la prospérité et à la fécondité de l’année nouvelle. Il décrit également les aliments préparés à cette occasion, tels que le Berkoukes, le Baghrir, Sfendj, Khobz eddar et le cherchem, ainsi que diverses préparations à base de blé, de fèves, de pois chiches et d'orge. Ces pratiques s’accompagnent de dons de nourriture et de cadeaux, d'échanges entre voisins et familles, ainsi que de l'accueil des pauvres et des mendiants.