L’Ours brun (Ursus arctos) est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Ursidés qui se distingue par une remarquable plasticité phénotypique et écologique qui s'exprime à travers une vaste aire de répartition transcontinentale et un grand nombre de sous-espèces et de populations. Il a fait l'objet d'une intense profusion taxinomique historique marquée par la description de centaines de synonymes et de formes régionales, montrant la difficulté d'établir une classification unifiée. Si la recherche moderne a rationalisé cette diversité autour de grands clades mitochondriaux et d'une quinzaine de sous-espèces officielles validées par les bases de données taxinomiques contemporaines, l'histoire évolutive de l'espèce demeure profondément façonnée par les cycles glaciaires du Pléistocène, les expansions postglaciaires et, plus récemment, par la fragmentation anthropique de ses habitats.
Historique vignette|gauche|L’Ours blanc terrestre par Jacques de Sève dans l’Histoire naturelle de Georges-Louis Leclerc de Buffon 1760. Dans son article fondateur « De l'Ours » en 1760 dans le huitième tome son histoire naturelle, Buffon souligne la grande confusion des naturalistes qui l'ont précédé, qu'il attribue à une mauvaise distinction des espèces et de leurs variétés chez les ours. Après avoir exclu l’« ours de mer », à savoir l'ours polaire, qu'il considère comme un animal totalement distinct, il sépare les ours terrestres en deux espèces principales : les ours noirs et les ours bruns. S’appuyant sur les récits de voyageurs de son époque, Buffon s'intéresse à la grande variabilité géographique et morphologique de l’ours brun, notant qu’il se rencontre non seulement dans les pays froids et tempérés d'Europe et d'Amérique, mais aussi dans des régions plus méridionales comme la Grèce, les pays romains, l'Égypte ou l'Inde. Il rapporte également l'existence de formes intermédiaires ou locales, telles que les ours rouges ou roussoux des montagnes de Savoie et d'Amérique, réputés plus carnassiers et dangereux que les ours noirs pacifiques, ainsi que des ours blancs terrestres signalés en Tartarie et en Moscovie, qu'il apparente à une race intermédiaire entre l'ours blanc arctique et l'ours brun ou noir.
La taxonomie moderne sera marquée par la description de nombreux spécimens, tantôt décrit comme des espèces, ou bien comme des variétés puis des sous-espèces. En Europe, l’on comptait plusieurs espèces d’Ours brun comme l’Ours des Asturies (Ursus pyrenaicus) dans les Pyrénées et la péninsule ibérique, ou encore l’Ours de Norvège (Ursus norvegicus) en Scandinavie, ainsi que des variétés régionales multiples comme l’Ours blanc terrestre (var. albus), l’Ours noir d’Europe (var. niger), ou encore l’Ours fourmilier (var. formicarius) etc… La taxonomie et la classification des sous-espèces de l'ours brun ont été qualifiées de « redoutables et déroutantes », peu d'autorités s'accordant sur une même liste de sous-espèces. Il existe des centaines de sous-espèces obsolètes, et jusqu'à 90 sous-espèces ont déjà été proposées.
Une analyse d'ADN de 2008 n'a identifié que cinq clades principaux regroupant l'ensemble des populations actuelles d'ours bruns, tandis qu'une étude phylogénétique de 2017 a mis en évidence neuf clades, dont un englobe les ours blancs. En 2005, 15 sous-espèces actuelles ou récemment éteintes étaient reconnues par la communauté scientifique générale et recensées par .
Les analyses génétiques montrent que, mis à part une récente fragmentation de la population causée par l'Homme, les ours bruns d'Amérique du Nord forment généralement un système de populations interconnectées, à l'exception de la population (ou sous-espèce) de l'archipel Kodiak, isolée depuis probablement la fin de la dernière période glaciaire. Ces données montrent que l’ours brun d’Alaska péninsulaire U. a. gyas, le Grizzly des rocheuses (U. a. horribilis), l’Ours brun de Sitka (U. a. sitkensis) et l’Ours brun de la Stikine (U. a. stikeenensis) ne sont pas des groupes distincts ou cohésifs, et correspondraient plutôt à des écotypes. Par exemple, les ours bruns d'une zone côtière donnée de l'Alaska sont plus étroitement apparentés aux grizzlis adjacents qu'aux populations d'ours bruns plus éloignées.
L'histoire évolutive des ours de l'archipel Alexandre est atypique : ces populations insulaires portent de l'ADN d'ours polaire, provenant sans doute d'un groupe d'ours polaires resté isolé à la fin du Pléistocène. Cependant, les échanges génétiques continus via les mouvements de mâles venus du continent ont ramené leur génome nucléaire à plus de 90 % d'ascendance d'ours brun. Les analyses de l'ADN mitochondrial indiquent que les ours bruns se divisent apparemment en cinq clades distincts, dont certains coexistent ou se chevauchent selon les régions.
Liste des sous-espèces et des populations Sous-espèces reconnues officiellement +Liste des sous-espèces valides selon : Sous-espèce, nom et auteurDescriptionRépartitionStatut UICNSynonymes Ursus arctos arctosLinnaeus, 1758Ours brun d'EuropeOurs brun d'Eurasie 130px|sans_cadre|gauche Sous-espèce nominale décrite par Carl von Linné en 1758, l'ours brun d'Eurasie présente un gabarit moyen ( au sud, davantage au nord-est) et un crâne allongé pourvu de puissants muscles masticateurs. Principalement omnivore à dominante végétale (baies, racines, herbes, complétées par des insectes ou des ongulés), il vit de 20 à 30 ans. Bien que classé en « préoccupation mineure » (LC) globalement, ses populations européennes relictuelles sont souvent isolées et menacées.130px|sans_cadre|gaucheUrsus arctos alascensisMerriam, 1896Ours brun d'Alaska 130px|sans_cadre|gauche Sous-espèce continentale décrite en 1896 par Clinton Hart Merriam et souvent assimilée au grizzly des rocheuses, l'ours brun d'Alaska mesure de au garrot pour un poids de selon le sexe et l'accès à la nourriture. Rattaché au clade mitochondrial 3a1 issu d'une traversée tardive de la Béringie il y a 40 000 ans, cet omnivore opportuniste fréquente prairies, taïga et toundra où il consomme végétaux, saumons, ongulés et charognes.Ursus arctos beringianusMiddendorff, 1853Ours brun du KamtchatkaOurs de Béring 130px|sans_cadre|gauche Décrit par Alexander von Middendorff en 1851, l'ours brun du Kamtchatka est la plus imposante forme d'ours brun d'Eurasie, dressé jusqu'à 3 m et approchant autrefois les 650 kg bien que la pression de chasse ait réduit le gabarit actuel à environ 300 kg. Rattaché au clade mitochondrial oriental 3b aux côtés de l'ours de l'Oussouri, il se distingue par un crâne très large et un pelage sombre aux reflets violacés. Inféodé à la péninsule et aux côtes d'Extrême-Orient russe, cet omnivore opportuniste et excellent nageur concentre son activité estivale sur les montaisons de saumons, les baies et les pignons de pin nain.130px|sans_cadre|gauche † Ursus arctos californicusMerriam, 1896Grizzly de Californie Sous-espèce éteinte décrite par Clinton Hart Merriam en 1896, le grizzly de Californie arborait un pelage souvent brun doré et pesait en moyenne . Rattaché au clade 4 et génomiquement très proche de la population de Yellowstone dont il a divergé il y a 10 000 ans, cet omnivore opportuniste peuplait le chaparral et les chênaies littorales. Persécuté par les éleveurs au poison et piégé pour des combats contre des taureaux, il a vu son dernier individu sauvage confirmé en 1924 dans le parc national de Sequoia.Ursus arctos collarisF. G. Cuvier, 1824Ours à collier de SibérieOurs brun de Sibérie orientale 130px|sans_cadre|gauche Sous-espèce de gabarit intermédiaire décrite par Frédéric Cuvier en 1824, l'ours brun de Sibérie orientale surpasse la forme européenne et peut atteindre près de . Rattaché au clade mitochondrial 3a1 issu d'une radiation postglaciaire commune avec les ours côtiers d'Alaska, il arbore une fourrure dense souvent sombre et un museau allongé. Établi dans la taïga de l'Ienisseï à la Kolyma, cet omnivore solitaire consomme végétaux, baies et surtout des pignons de pin de Sibérie avant une longue hibernation de 145 à 195 jours.† Ursus arctos crowtheriSchinz, 1844Ours de CrowtherOurs de l'Atlas 130px|sans_cadre|gauche Seule forme indigène d'ursidé du continent africain à l'époque historique, l'ours de l'Atlas a été décrit en 1844 par Heinrich Rudolf Schinz d'après des spécimens marocains. De stature trapue, il se caractérisait par un museau noir effilé, des griffes courtes et un pelage bicolore mêlant un dos sombre à un ventre roux orangé vif. L'analyse paléogénomique révèle une structure singulière scindée entre une souche proche des ours ibériques (clade 1) et une lignée basale très divergente (clade VI). Exploitant principalement racines, glands et fruits dans les forêts du Maghreb, il a décliné sous la pression anthropique depuis l'Antiquité romaine avant de s'éteindre totalement au cours du XIXe siècle.130px|sans_cadre|gauche * Ursus crowtheri Schinz, 1844 (Protonyme)Ursus arctos dalliMerriam, 1896Ours brun de l'île Dall Sous-espèce côtière et insulaire décrite en 1896 par Clinton Hart Merriam, l'ours brun de l'île Dall présente une stature imposante (mâles de pour une hauteur au garrot de ). et se distingue par un front aplati ainsi que des tubercules dentaires spécifiques. Contrairement aux populations du nord de l'archipel Alexandre rattachées au clade 2a, il s'intègre au clade mitochondrial 4 aux côtés des grizzlis continentaux. Confiné au littoral et aux îles du sud-est de l'Alaska, cet omnivore opportuniste exploite les baies, végétaux, saumons et carcasses marines, avec une espérance de vie de 20 à 30 ans.Ursus arctos gyasMerriam, 1902Ours brun d'Alaska péninsulaireOurs brun de la péninsule130px|sans_cadre|gauche Sous-espèce côtière géante décrite en 1902 par Clinton Hart Merriam, l'ours brun d'Alaska péninsulaire rivalise en masse avec l'ours kodiak, les mâles adultes pesant en moyenne (pouvant dépasser )... Rattaché au clade mitochondrial 3a1 aux côtés de l'ours kodiak et des ours de Sibérie, il présente un crâne très massif pourvu d'un rostre surélevé et de volumineuses dents broyeuses. Endémique des plaines et des côtes du sud-ouest de l'Alaska (notamment à Katmai), il tire sa corpulence imposante d'un régime côtier hypercalorique dominé par les bivalves, les laîches et d'abondantes montaisons saisonnières de saumons.. Ursus arctos horribilisOrd, 1815GrizzlyOurs brun d’Amérique du Nord