Le syndrome POEMS (en ) est une association de symptômes dont le nom est un acronyme anglais décrivant les principaux éléments constitutifs du syndrome : « P »olyneuropathy : Polyneuropathie périphérique, atteinte du système nerveux périphérique. « O »rganomegaly : Organomégalie, agrandissement anormal des organes. « E »ndocrinopathy : Endocrinopathie, maladies endocriniennes. « M »onoclonal protein : Dysglobulinémie monoclonale, traduite par la présence d'une immunoglobuline monoclonale en excès. « S »kin changes : Anomalie cutanée (et unguéale).
Le syndrome n'est pas toujours complet et certains de ses symptômes peuvent manquer, à l'inverse d'autres symptômes peuvent être présents tel que : fatigue, douleur, perte de poids, fébricule, papillœdème, œdème, épanchement pleural, ascite, anasarque, hypertension pulmonaire primitive, diarrhée, insuffisance rénale, lésions osseuses cancéreuses (plasmocytome), maladie de Castelman et au niveau biologique thrombocytose et polyglobulie.
La cause de ce syndrome n'est pas encore connue même si de nombreuses hypothèses physiopathologiques existent.
Cette maladie est exceptionnelle, sa fréquence exacte n'est pas connue, elle touche plus les hommes que les femmes et l'âge moyen de survenue se situe autour de 50-60 ans avec des extrêmes allant de 25 à 83 ans. Le POEMS syndrome pose un problème diagnostique, car c'est une maladie rare donc peu connue des médecins qui diagnostiquent parfois à tort une polyneuropathie inflammatoire chronique démyélinisante (CIDP) car le symptôme principal est une polyneuropathie périphérique ayant les caractéristiques d'une CIDP. Ceci est dommageable car les traitements efficaces pour un CIDP (gammaglobuline et plasmaphérèse) ne le sont pas dans le POEMS. Or une prise en charge précoce de la maladie est essentielle, car elle permet d'en réduire la morbidité (diminution des séquelles neurologiques), d'où la nécessité d'un diagnostic précis et rapide.
Les clés pour aboutir au bon diagnostic sont, outre les éléments cliniques, la présence d'une thrombocytose à la prise de sang et de lésions osseuses évocatrices sur les radiographies corps entier.
Le POEMS est une maladie grave et la réponse aux traitements est le facteur pronostic essentiel.
La prise en charge dépend de l'extension de la maladie. Si elle est peu développée, la chirurgie et l'ablation du plasmocytome puis la radiothérapie sont préconisées. Si la maladie est plus diffuse on propose une corticothérapie, une chimiothérapie à base d’alkylants voir une autogreffe de cellules souches hématopoïétiques après une chimiothérapie intensive.
Synonymes Le syndrome POEMS est également dénomméSyndrome POEMS sur http://www.chu-rouen.fr : Crow-Fukase syndrome ou syndrome de Crow-Fukase ; dénomination principalement utilisée au JaponLagueny « Le syndrome POEMS (ou syndrome de Crow-Fukase) » Revue neurologique 2004; 160(3):285-295. ; ou syndrome de Takatsuki Pruzanski W. « Takatsuki syndrome: a reversible multisystem plasma cell dyscrasia » Arthritis Rheum. 1986 Dec; 29(12):1534-5. ; PEP syndrome : ;
Shimpo .
Historique Les associations entre les dysglobulinémies les neuropathies périphériques sont bien connues depuis longtemps Crow R. « Peripheral neuritis in myelomatosis » Brit Med J. 1956;2:802-804. PMCID: PMC2035359. De un tiers à la moitié des patients ayant un myélome ostéocondensant ont une neuropathie Driedger H, Pruzanski W. « Plasma cell neoplasia with osteosclerotic lesions: a study of five cases and a review of the literature » Arch Intern Med. 1979;139:892-896. Abstract Mangalik A, Veliath AJ. « Osteosclerotic myeloma and peripheral neuropathy: a case report » Cancer 1971;28:1040-1045. Abstract, et la moitié des patients ayant un myélome et une neuropathie périphérique ont des lésions ostéocondensantes. Ces chiffres contrastent fortement avec les 1 à 8 % de neuropathies retrouvées chez des patients avec un myélome classique Evison G, Evans KT. « Sclerotic bone deposits in multiple myeloma [letter] » Br J Radiol. 1983;56:145.Reitan JB, Pape E, Fossa SD, Julsrud OJ, Slettnes ON, Solheim OP. « Osteosclerotic myeloma with polyneuropathy » Acta Med Scand. 1980;208:137-144. .
En 1956, ce lien entre les dysglobulinémie et les neuropathies périphériques fut démontré par Crow, qui publia la description de 2 patients associant plasmocytome ostéocondensant, neuropathie et autres symptômes tels que hippocratisme digital, zone d'hyperpigmentation ou de décoloration cutanée, ongle blanc, adénopathie et œdème.
En 1938, Scheinker Scheinker I. « Myelom und Nervensystem: Über eine bisher nicht beschriebene mit eigentümlichen Hautveränderungen einhergehende Polyneuritis bei einem plasmazellulären Myelom des Sternums » Deutsche Zeitschrift für Nervenheilkunde 1938;147:247-273. springerlink publia une étude autopsique qui peut être considérée comme la première description de POEMS syndrome. Le patient de 39 ans avait un plasmocytome solitaire, une polyneuropathie sensitivo-motrice et des zones cutanées épaissies et hyperpigmentées sur la poitrine Iwashita H, Ohnishi A, Asada M, Kanazawa Y, Kuroiwa Y. « Polyneuropathy, skin hyperpigmentation, edema, and hypertrichosis in localized osteosclerotic myeloma » Neurology 1977;27:675-681. Abstract.
Par la suite il y eut de nombreux autres reports de patients associant myélome ostéocondensant et neuropathie périphérique avec organomégalie, anomalie cutanée, endocrinopathie, œdème, hypertrichose, gynécomastie et ascite Driedger H, Pruzanski W. « Plasma cell neoplasia with peripheral polyneuropathy: a study of five cases and a review of the literature » Medicine 1980;59:301-310. Abstract Morley JB, Schwieger AC. « The relation between chronic polyneuropathy and osteosclerotic myeloma » J Neurol Neurosurg Psychiatry 1967;30:432-442. Abstract Shimpo S. « Solitary myeloma causing polyneuritis and endocrine disorders [in Japanese] » Nippon Rinsho. 1968;26:2444-2456. Abstract Mayo CM, Daniels A, Barron KD. « Polyneuropathy in the osteosclerotic form of multiple myeloma » Trans Am Neurol Assoc. 1968;93:240-242. Abstract Fukase M, Kakimatsu T, Nishitani H « Report of a case of solitary plasmacytoma in the abdomen presenting with polyneuropathy and endocrinological disorders » Clin Neurol. 1969;9:657. Imawari M, Akatsuka N, Ishibashi M, Beppu H, Suzuki H. « Syndrome of plasma cell dyscrasia, polyneuropathy, and endocrine disturbances: report of a case » Ann Intern Med. 1974;81:490-493. Abstract Getaz P, Handler L, Jacobs P, Tunley I. « Osteosclerotic myeloma with peripheral neuropathy » S Afr Med J. 1974;48:1246-1250. Abstract Waldenström JG, Adner A, Gydell K, Zettervall O. « Osteosclerotic "plasmocytoma" with polyneuropathy, hypertrichosis and diabetes » Acta Med Scand. 1978;203:297-303. Abstract Moya-Mir MS, Martin-Martin F, Barbadillo R « Plasma cell dyscrasia with polyneuritis and dermato-endocrine alterations: report of a new case outside Japan » Postgrad Med J. 1980;56:427-430. Abstract.
En 1977, Iwashita publia une étude comparant 30 patients avec un myélome ostéocondensant et une neuropathie périphérique et 29 patients avec un myélome sans neuropathie périphérique. Le premier groupe avait un taux plus élevé d'hyperpigmentation, d'hypertrichose, d'œdème, d'épaississement cutanée, d'hépatomégalie et d'hippocratisme digital.
En 1980, Bardwick Bardwick PA, Zvaifler NJ, Gill GN, Newman D, Greenway GD, Resnick DL. « Plasma cell dyscrasia with polyneuropathy, organomegaly, endocrinopathy, M protein, and skin changes: the POEMS syndrome: report on two cases and a review of the literature » Medicine 1980;59:311-322. Abstract créa l'acronyme POEMS pour désigner l'association des symptômes , , , M , et . De nombreux autres symptômes importants ne figurent pas dans cet acronyme tels que les lésions osseuses condensantes, la maladie de Castleman, l'œdème papillaire, l'épanchement pleural, œdème, ascite et thrombocytose Nakanishi T, Sobue I, Toyokura Y « The Crow-Fukase syndrome: a study of 102 cases in Japan » Neurology 1984;34:712-720. Abstract Milanov I, Georgiev D. « Polyneuropathy, organomegaly, endocrinopathy, monoclonal gammopathy and skin changes (POEMS) syndrome » Can J Neurol Sci. 1994;21:60-63. Medline Soubrier MJ, Dubost JJ, Sauvezie BJ. « POEMS syndrome: a study of 25 cases and a review of the literature. French Study Group on POEMS syndrome » Am. J. Med. 1994;97:543-553. Medline Longo G, Emilia G, Torelli U. « Skin changes in POEMS syndrome » Haematologica 1999;84:86. Abstract.
Épidémiologie Le POEMS syndrome est une maladie rare, sa prévalence exacte reste inconnue.Plus de 300 cas ont été décrits dans la littérature, les principales séries sont toutes rétrospectives : en 1984 la série historique japonaise de 102 cas, en 1992 une série de la Mayo Clinic avec 39 patients Miralles GD, O'Fallon JR, Talley NJ. « Plasma-cell dyscrasia with polyneuropathy: the spectrum of POEMS syndrome » N Engl J Med. 1992;327:1919-1923. Abstract, en 1994 une série multicentrique française de 25 cas, en 1998 la série la plus récente de la Mayo Clinic regroupant 99 patients Dispenzieri A, Kyle RA, Lacy MQ « POEMS syndrome: definitions and long-term outcome » Blood 2003;101:2496–2506. Full Text étudiés sur une période allant de 1975 à 1998.
L'homme est plus souvent touché, avec un sex ratio approchant les 2/3 pour l'homme. Ainsi 63 % des patients sont de sexe masculin dans la série de la Mayo Clinic de 1998.
L'âge de début du POEMS est plus précoce que pour le myélome. Le pic d'incidence du syndrome POEMS se situe entre la et la , avec des extrêmes allant de 25 Wong VA, Wade NK. « POEMS syndrome: an unusual cause of bilateral optic disk swelling » Am J Ophthalmol. 1998;126:452–454 à 83 ans. L'âge moyen de survenue varie selon les séries, il est de 51 ans dans les 2 séries de la Mayo Clinic. Et dans celle de 1998, 31 % des patients étaient âgés de 45 ans ou moins.
Physiopathologie La physiopathologie n'est pas encore très claire. Différentes hypothèses ont été avancées mais aucune n'a été réellement confirmée.
Pathogénie directe de la chaîne légère lambda : la responsabilité de la dysglobulinémie monoclonale dans la genèse de la symptomatologie clinique est suggérée par la disparition de celle-ci lors des thérapeutiques efficaces de la dyscrasie plasmocytaire. Mais l’absence d’immunoglobuline monoclonale sérique dans de nombreuses observations plaide contre cette théorie. Et si une chaîne légère lambda est retrouvée dans plus de 95 % des cas, les études histopathologiques des différents organes et nerfs atteints ne retrouvent pas signe évoquant une anomalie due à des dépôts.
Anomalie génétique : Soubrier ont décelé en 2004 des anomalies au niveau des gènes Vlambda chez 2 patients atteints de POEMS syndrome Martin Soubrier, Labauge P, Jouanel P, Viallard JL, Piette JC, Sauvezie B. « Restricted use of Vlambda genes in POEMS syndrome » Haematologica .
Responsabilité de l'HHV 8 : des anticorps contre le virus herpès humain (HHV) 8 ont été trouvés chez 78 % des patients ayant un poems et une maladie de Castelman, et chez seulement 22 % de ceux qui ont un poems sans Castelman Belec L, Authier FJ, Mohamed AS, Soubrier M, Gherardi RK. « Antibodies to human herpesvirus 8 in POEMS (polyneuropathy, organomegaly, endocrinopathy, M protein, skin changes) syndrome with multicentric Castleman’s disease » Clin Infect Dis. 1999;28:678–679 .