La révolte juive en Palestine mandataire contre l'Empire britannique commence en février 1944 pour s'achever avec le départ de l'armée britannique de Palestine mandataire en mai 1948, et la proclamation d'indépendance d'Israël. Elle oppose l'armée britannique aux milices sionistes de diverses tendances, Haganah, Lehi et Irgoun.

Les tensions entre les sionistes et les autorités mandataires britanniques allaient croissant depuis la publication du Livre blanc de 1939 qui, à l'issue de la grande révolte arabe (1936-1939), limitait sévèrement les possibilités d'installation de juifs en Palestine. Il prévoyait également l'indépendance de la Palestine sous la forme d'un État binational où les juifs auraient eu le statut d'une minorité aux droits garantis

Quand la défaite des puissances de l'Axe devient certaine, les tensions débouchent sur une révolte armée menée par l'Irgoun et le Lehi, la Haganah, la plus importante des trois, passant d'une attitude de collaboration avec le pouvoir britannique à la lutte ouverte. Les bases militaires britanniques, les postes de police et les administrations du Mandat sont attaquées, ainsi que les infrastructures et des cibles civiles lors d'attaques terroristes.

Commençant avec l'assassinat de Walter Guinness par le Lehi en février 1944, la révolte ouvre une période de lutte intersionistes connue sous le nom de saison de chasse où la Haganah participe à la contre-insurrection et à la défaite des milices d'extrême-droite.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe (mai 1945) et en Asie (septembre 1945), il devient évident que les Britanniques n'ont pas l'intention de faciliter l'immigration juive ni la création d'un État juif. Les trois milices coopèrent alors au sein du Mouvement de rébellion hébraïque. Si la Haganah évite les confrontations directes avec les forces britanniques pour se concentrer sur l'aide à l'immigration illégale, l'Irgoun et le Lehi attaquent des cibles militaires et policières. Le mouvement se dissout en juillet 1946, après l'attentat de l'hôtel King David, chacune des milices continuant ses actions de son côté. La Haganah lutte brièvement contre l'activité de ses rivaux lors de la visite d'une commission d'enquête des Nations unies. Après le vote du plan de partage de la Palestine par l'assemblée générale des Nations unies, le 29 novembre 1947, le début de la première guerre israélo-arabe et de l'expulsion des Arabes palestiniens éclipse la lutte contre la puissance coloniale. Cependant, les forces britanniques et sionistes continuent de s'affronter jusqu'au dernier jour du mandat.

Cette guerre suscite de vifs débats au Royaume-Uni et une montée de l'. L'affaire de deux sergents britanniques enlevés et tués par l'Irgoun provoque une vague d'émeutes antijuives en Grande-BretagneJewish Chronicle 8/8/47 and 22/8/47, both p. 1..

Contexte Progrès et difficultés du sionisme entre les deux guerres mondiales La déclaration Balfour (1917) comme les termes du mandat de la Société des Nations pour la Palestine étaient favorables au sionisme en appelant à la formation d'un foyer national juif. L'Empire britannique refusait cependant de lier sa politique en Palestine au sort des Juifs d'Europe.

Lors de la grande révolte palestinienne (1936-1939), la commission Peel propose un partage de la Palestine en deux États, l'un juif et l'autre arabe, assorti d'un projet de déplacement des populations arabes vivant dans l'État juif proposé. Ce plan est rejeté par les deux camps.

Fin 1938, la commission Woodhead conclut que les propositions de la commission Peel sont impraticables.

La même année, la Grande-Bretagne assiste à la xonférence d'Évian sur le problème des réfugiés fuyant l'Allemagne nazie, conférence où les participants décident de ne rien faire. Le Royaume-Uni pour sa part refuse d'accueillir des Juifs en Palestine pour ne pas aggraver la révolte arabe.

Dans les années 1920, les Britanniques avaient lié l'immigration juive aux capacités économiques de la Palestine mandataire ( habitants au recensement de 1922). Dans les années 1930, des quotas sont imposés, l'Agence juive étant chargée de distribuer les certificats d'immigration. Mais à la fin de la grande révolte arabe, le livre blanc de 1939 annonce la création d'un État binational dans les dix ans et des restrictions à l'immigration juive : nouveaux arrivants par an de 1940 à 1944 plus certificats pour des situations d'urgence. Des restrictions aux achats de terres par les Juifs sont aussi imposées.

En réaction, le Yishouv organise l'immigration illégale ou clandestine, utilisant des solutions variées. L'Irgoun et les sionistes révisionnistes, deux organisations d'extrême-droite, affrétèrent des bateaux.

De 1929 à 1940, immigrants arrivèrent en Palestine, la plupart illégalement ou par des moyens détournés.

Seconde Guerre mondiale La Seconde Guerre mondiale éclate alors que les autorités mandataires finissent d'écraser la révolte en Palestine.

Le Yishouv décide de mettre temporairement de côté ses désaccords au sujet du Livre blanc de 1939, considérant la défaite nazie comme un but plus urgent. Pendant la guerre, de nombreux Palestiniens juifs et arabes se portèrent volontaires dans les rangs de l'armée britannique. Environ Juifs servirent durant la guerre. Le est formé en 1942, divisé en bataillons arabes et juifs. Le régiment comptait au départ 1600 Juifs et 1200 Arabes pour atteindre et 4000 Arabes au total dans l'armée britannique. De plus, du Yishouv s'engagent dans l'Auxiliary Territorial Service (ATS) et les Women's Auxiliary Air Force (WAAF)Ronen Segev, «The Shaping of Military Nursing in Israel: 1947–1958 », Nashim: A Journal of Jewish Women's Studies & Gender Issues, printemps/été 2023. 42, 148–174. DOI 10.2979/nsh.2023.a907308. https://research.ebsco.com/plink/8c66b683-00b1-3e1a-825f-21b35b727014.. L'unité commando Special Interrogation Group est aussi formée en 1942 avec des Juifs palestiniens germanophones.

Comme durant la révolte, les Nashashibi soutinrent les Britanniques, d'autres, menés par Amin al-Husseini, se rangèrent du côté de l'Axe.

l'Irgoun cesse toute activité anti-britannique en septembre 1939, et soutient l'Empire britannique. Une unité de l'Irgoun est envoyée combattre à leurs côtés au Moyen-Orient. Il fournit également des renseignements venant d'Europe de l'Est et d'Afrique du Nord et autorise ses membres à s'engager.

En août 1940, Avraham Stern quitte l'Irgoun pour former le Lehi, scission de l'Irgoun d'abord appelée le gang Stern. Ce groupe est en faveur d'une lutte armée contre les Britanniques pour les expulser de Palestine et fonder un État juif le plus rapidement possible. Stern, qui croyait qu'Hitler voulait seulement vider l'Allemagne de ses juifs via l'émigration, proposa une alliance avec l'Allemagne nazie, offrant de l'aider à conquérir le Moyen-Orient en échange d'un État juif en Palestine, qui pourrait accueillir les Juifs d'Europe. Cette offre, qui n'a jamais reçu de réponse, couta de nombreux soutiens à Stern.

La Grande-Bretagne refuse de modifier sa politique de restriction à l'immigration, même quand les premiers échos de la Shoah parviennent aux Alliés, fin 1942. La Royal Navy organise un blocus des côtes pour empêcher des navires de réfugiés juifs d'arriver en Palestine. Certains sont renvoyés en Europe et 2000 réfugiés envoyés dans un camp à l'île Maurice ou à Trinité-et-Tobago et eurent la possibilité d'émigrer en Palestine après la guerre.À la fin de la guerre, environ 3000 certificats d'immigration n'avaient pas été attribués.

Déroulement de la révolte

La problématique des réfugiés et de l'immigration juive

Pendant la campagne pour les élections générales de 1945, les travaillistes militent pour l'abandon du Livre blanc de 1939 et le soutien à un État juif indépendant en Palestine, Hugh Dalton soutenant même l'idée d'un transfert des Arabes palestiniens et l'expansion de l'État juif. Cependant, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Ernest Bevin, décide de maintenir les restrictions à l'immigration juive. Favorable à un État arabe avec une minorité juive, il craint que la création d'un État juif ne fragilise la position britannique au Moyen-Orient.

L'Agence juive s'implique alors dans l'immigration clandestine, affrétant des navires qu'elle surcharge de réfugiés, tout en sachant que la plupart seraient incarcérés par les Britanniques.

En Europe, les anciens partisans juifs, menés par Abba Kovner, commencent à organiser des filières pour acheminer les juifs d'Europe de l'Est vers les côtes méditerranéennes où ils sont pris en charge par l'Agence juive. Les responsables britanniques en Allemagne occupée tentent de ralentir le mouvement en exigeant le retour des juifs déplacés dans leur pays d'origine et en exerçant des pressions diplomatiques sur la Pologne qui autorisait les Juifs à quitter librement le pays, mais ces efforts furent vains. Le gouvernement polonais espérait ainsi régler le problème des biens juifs spoliés. En 1947, le Secret Intelligence Service (MI6) lance l'opération Embarrass pour couler les navires de l'Agence juive en Italie. De l'été 1947 à début 1948, cinq tentatives aboutirent à un bateau détruit et deux endommagés.

Un blocus naval est également mis en place en Méditerranée, les bateaux d'immigrants étant abordés par des destroyers, opération complétée par des collectes de renseignements et une activité diplomatique vers les pays de départ. Les abordages par les Royal Marines ont plusieurs fois tourné à l'affrontement violent. Deux navires de la Royal Navy furent endommagés, sept soldats britanniques tués (souvent par noyade après avoir été jetés à l'eau) et six passagers tués. De 1945 à 1948, des migrants furent emprisonnés. Le service dans ces opérations fut récompensé par la .

En 1945, le camp de détention d'Atlit est converti de camp de prisonniers de guerre qu'il était pendant la Seconde Guerre mondiale en camp d'internement d'immigrants juifs illégaux. En octobre 1945, un raid du Palmach libère 208 prisonniers. La semaine suivant l'attentat de l'hôtel King David, en juillet 1946, quatre navires convoyant arrivent à Haïfa : le camp est alors débordé. Le gouvernement britannique fait alors ouvrir les camp d'internement pour réfugiés juifs à Chypre. Juifs y furent détenus.

La situation des Juifs dans les camps de personnes déplacées en Europe était difficile et le Royaume-Uni réduisit les rations alimentaires distribuées pour éviter que les Juifs des camps aident les juifs migrant vers la Palestine.

En 1945, le président des États-Unis Harry S. Truman envoie un représentant personnel Earl G. Harrison enquêter sur la situation des survivants de la Shoah en Europe. Insistant sur leur situation extrêmement difficile, Harrison écrit que . Ce rapport change la politique américaine qui se concentre sur l'aide à apporter aux Juifs fuyant les persécutions qu'ils subissent en Europe de l'Est.

En avril 1946, la estime à un demi-million le nombre de candidats à l'immigration en Palestine et une autre enquête indique que 96,8 % des réfugiés voulaient aller en Palestine. La commission d'enquête recommande que juifs soient immédiatement admis en Palestine. Malgré les pressions américaines, le premier ministre britannique lie leur entrée en Palestine au démantèlement des (c'est-à-dire les milices sionistes). Cependant, en octobre 1946, le Royaume-Uni décide d'autoriser juifs à entrer en Palestine, au rythme de 1500 par mois, dont la moitié venant des camps d'internement à Chypre. Le gouvernement craignait une insurrection dans les camps.