est un film japonais de Mikio Naruse, sorti en 1944, adapté d'une œuvre de . Le film relève du genre geidō-mono, consacré à la transmission des arts traditionnels.
Synopsis À Dōtonbori, quartier des théâtres d'Osaka, en novembre 1894, pendant la guerre sino-japonaise, Yamatoya dirige la salle de spectacle Kado. Pour lui, le théâtre n'est pas un divertissement, mais un instrument d'éducation populaire : il baisse ses prix et distribue des bons de demi-tarif pour attirer ceux qui n'ont jamais vu de pièce, ce qui lui vaut l'hostilité des autres directeurs de Dōtonbori, dont il repousse les protestations lors d'une confrontation.
Sa vedette est Shinzō Nakamura, jeune acteur de kabuki, populaire mais suffisant, qu'il a formé. Yamatoya lui confie le rôle du héros de guerre Jūkichi Harada, et lui ordonne de rompre avec Hanaryū Takemoto, dite Omitsu, récitante de jōruri qu'il connaît depuis l'enfance. Shinzō refuse et déclare qu'il l'épousera, quitte à renoncer à son métier. Yamatoya convoque alors Omitsu, évalue sa force de caractère, et lui demande de rompre au nom de l'avenir artistique du jeune homme. Elle s'exécute et rompt.
Blessé et se croyant trahi, Shinzō quitte Osaka pour le Shintomiza de Tokyo, où il découvre que l'engagement flatteur cache un rôle secondaire, un salaire réduit et l'obligation d'apprendre l'humilité. Il travaille, mûrit, et finit par percer réellement. Pendant ce temps, Yamatoya s'obstine à monter des pièces sans concession, sur les réformes de l'ère Kansei ou des héros historiques, met en garde contre l'optimisme excessif sur l'issue de la guerre, perd ses spectateurs, ses acteurs, puis son théâtre : le propriétaire refuse de le lui louer. Omitsu, elle, a renoncé à la scène et vit de la couture, disparue sans laisser d'adresse pour ne plus être un fardeau.
Apprenant la déroute de son ancien patron, Shinzō revient à Osaka et lui offre de jouer n'importe quel rôle. Le théâtre rouvre, la représentation est un succès, et Yamatoya révèle enfin à Shinzō qu'il avait lui-même écrit au directeur du Shintomiza, Morita, pour lui demander de le former durement. Il lui apprend également ce qu'il doit à Omitsu.
Au cours d'une représentation, Okinu, la fille de Yamatoya, repère Omitsu debout parmi les spectateurs. Les retrouvailles ont enfin lieu. Shinzō lui demande pardon de l'avoir si longtemps mal jugée. Yamatoya les rejoint, et devant le feu d'artifice tiré pour une victoire militaire, il oppose l'éclat aussitôt éteint des fusées à ce qu'exige la voie du théâtre, une discipline de toute une vie.
Fiche technique
Titre français : Le Chemin du drame Titre alternatif : L’Art du théâtre.. Titre original : Le titre japonais 芝居道 associe 芝居 (shibai), le théâtre, et 道 (dō), la voie : une pratique érigée en discipline de vie, où la maîtrise technique est indissociable d'une exigence morale. Le titre annonce donc « la voie du théâtre » plutôt qu'un cheminement personnel ou dramatique. Titre anglais : The Way of Drama Réalisation : Mikio Naruse Scénario : Œuvre originale : Musique : Yasuji Kiyose Photographie : Kinya Ogura Lumière : Iwaji Hiraoka Direction artistique : Son : Michio Okazaki Conseil historique : Production : Hosuke Kiyokawa Société de production : Tōhō Pays de production : Langue originale : japonais Format : noir et blanc — 35 mm — sonore Genre : drame Durée : 82 minutes Date de sortie : Empire du Japon :
Distribution
Roppa Furukawa : Eikichi Yamatoya, le patron Kazuo Hasegawa : Shinzō Nakamura Isuzu Yamada : Hanaryū Takemoto, dite Omitsu Ranko Hanai : Okinu, la fille d'Eikichi Eitarō Shindō : Senjūrō Arashi Kitsunosuke Bandō : Kikuzaburō Ichikawa Sōji Kiyokawa : Tōsuke Kataoka Takashi Shimura : Zengorō Shinanoya Zen'ichirō Kitō : le propriétaire du Kadoza Yōnosuke Toba : Rihei Ōmiya Tomosaburō Ii : Zen'ya Morita Kikuko Hanaoka : Shunshō Toyosawa Tomoko Itō : Okane Fumio Ōkura : Gosuke Atsushi Watanabe
Autour du film Dans Japanese Film Directors (1978), Audie Bock note que Naruse avait pris plaisir à tourner ce film et le rattache aux films consacrés aux arts traditionnels du spectacle, dans la lignée de La Chanson de la lanterne (1943). Elle indique alors qu'aucune copie de projection ne subsistait, seul un contretype étant conservé à la Tōhō ; la National Film Archive of Japan en détient depuis un tirage 35 mm.
Analyse Dans son livre , Catherine Russell range Le Chemin du drame parmi trois films trois geidō-mono, films consacrés aux arts traditionnels du spectacle, de Naruse, avec Tsuruhachi et Tsurujirō (1938) et La Chanson de la lanterne (1943). Elle y voit un paradoxe : le climat idéologique du temps de guerre aurait donné à Naruse l'occasion d'explorer une esthétique « japonaise classique », rythme ralenti et architecture intérieure utilisée comme cadre dans la composition des plans, procédé qui signifiera la japonité dans ses films d'après-guerre.
Elle note que la conception du théâtre défendue par Yamatoya, éducative plutôt que divertissante et rendue accessible par la baisse des prix, recouvre les attendus du kokusaku, la politique culturelle nationale. Mais le même personnage met en garde contre l'optimisme excessif sur l'issue de la guerre, ce qui introduit une réserve dans le dispositif de propagande.
Son argument central : sous couvert de retour au passé, le film produit un récit moderne à portée allégorique sur la position de Naruse comme producteur de culture populaire. Le titre fait écho au bushidō, et la formation de l'acteur exige renoncement et humilité, mais Shinzō agit en héros individualiste, qui sauve le théâtre de son patron et obtient la femme qu'il aime.
Notes et références
Liens externes
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