Une tourelle oscillante est un type de tourelle destinée aux véhicules de combat blindés, notamment aux chars et aux voitures blindées. Elle se distingue par sa conception en deux parties articulées. L'élévation du canon est obtenue grâce au déplacement de la partie supérieure de la tourelle par rapport à sa partie inférieure.

Tourelle oscillante Animation montrant le fonctionnement de base de l'élévation d'une tourelle oscillante.

L'AMX-13, connu pour sa tourelle oscillante.

Les tourelles oscillantes ont été rarement utilisées. Leur utilisation la plus répandue concerne deux conceptions françaises et une conception suédoise : le char léger AMX-13, la voiture blindée Panhard EBR et l'artillerie automotrice suédoise 15,5 cm Bandkanon 1. Le SK-105 Kürassier autrichien utilise quant à lui une tourelle développée à partir de celle de l'AMX-13.

Conception SK-105 Kürassier, montrant la faible hauteur de la tourelle au-dessus du canon.

La tourelle se compose d'une partie supérieure et d'une partie inférieure, reliées par un tourillon. L'espace entre ces deux parties est souvent recouvert d'un soufflet visible en caoutchouc ou en toile. Le canon est fixé à la partie supérieure de la tourelle. L'élévation du canon est obtenue en faisant basculer l'ensemble de la partie supérieure de la tourelle.

Dans une conception conventionnelle, le canon est monté à l'intérieur d'une tourelle monobloc au moyen d'un tourillon. Son élévation est modifiée en le faisant pivoter autour de ce tourillon, tandis que la tourelle reste fixe par rapport à la caisse. Dans les deux conceptions, l'orientation horizontale du canon est obtenue par la rotation de la tourelle.

Dans les tourelles oscillantes où la partie oscillante est fermée, le tireur et le chargeur restent constamment alignés avec le canon, ce qui facilite la visée et le chargement.

Avantages et inconvénients SK-105 Kürassier, char léger de 19 tonnes de l'armée bolivienne équipé d'un canon de 105 mm dans une tourelle oscillante, en 2007.

Les tourelles oscillantes présentent trois avantages principaux :

une position plus élevée du canon dans la tourelle ; une taille de tourelle réduite ; une installation plus facile d'un chargeur automatique.

Dans une conception conventionnelle, l'espace disponible entre la culasse du canon et le plafond de la tourelle détermine l'angle de dépression maximal du canon.

Dans une conception oscillante, le canon et la partie supérieure de la tourelle se déplacent ensemble. Aucun espace supplémentaire n'est donc nécessaire pour permettre le déplacement de la culasse. Le canon peut ainsi être installé plus haut dans la tourelle, ce qui peut permettre de réduire la taille et la masse de celle-ci. Cette conception peut également augmenter l'angle maximal de dépression du canon.

De plus, dans une tourelle conventionnelle, l'élévation du canon fait pivoter la culasse vers l'intérieur de la caisse. Le diamètre de la circulaire de tourelle doit alors être suffisamment important pour permettre ce mouvement.

Dans une tourelle oscillante, la culasse peut rester au-dessus de la circulaire de tourelle. Celle-ci peut donc être plus petite, ce qui permet potentiellement de réduire également les dimensions de la caisse.

Cependant, l'angle maximal d'élévation d'une tourelle oscillante est déterminé par l'espace disponible entre l'arrière de la tourelle et le dessus de la caisse. Cela peut entraîner une élévation maximale et une portée inférieures à celles d'une tourelle conventionnelle.

Pour cette raison, les tourelles oscillantes ont souvent le canon installé plus haut au-dessus du toit de la caisse. La hauteur totale d'une tourelle oscillante peut être similaire à celle d'une tourelle conventionnelle, mais le canon y est placé plus haut. La caisse étant située plus bas par rapport au canon, cela peut offrir une meilleure protection lorsque le véhicule est en position de défilement de tir.

Un autre avantage est que la culasse étant fixe par rapport à la partie supérieure de la tourelle, il peut être plus facile d'y installer un chargeur automatique. Cela permet de réduire l'équipage d'un membre et de diminuer le volume de la tourelle.

Un inconvénient majeur est que la tourelle et son blindage sont divisés en deux parties. Cette conception est nécessairement moins résistante qu'une tourelle monobloc et convient donc moins aux chars de combat principaux et aux autres véhicules blindés lourds.

De plus, l'espace entre les parties supérieure et inférieure de la tourelle est difficile à rendre parfaitement étanche. Cela entraîne des problèmes concernant la protection contre les intempéries, le franchissement de cours d'eau et la protection NBC.

Tourelles compactes

Chars lourds et AMX-50 AMX-50 équipé d'une tourelle oscillante Tourelle D avec un canon de 120 mm.

L'avantage initialement recherché avec les tourelles oscillantes était de réduire la taille de la tourelle pour permettre l'installation d'un canon de char de gros calibre.

Dans les années 1950, les chars devenaient rapidement plus lourdement armés, plus grands et plus lourds. Les forces armées occidentales cherchaient à rattraper les chars soviétiques de plus en plus puissants, tels que le T-55.

La masse constituait alors un problème majeur, notamment parce qu'elle nécessitait davantage de puissance moteur et une transmission plus robuste. Le blindage le plus épais étant généralement situé sur la tourelle, réduire la taille de celle-ci semblait être une solution intéressante.

La taille pouvait être réduite parce que la culasse du canon nécessitait moins d'espace pour son déplacement à l'intérieur de la partie supérieure de la tourelle. L'espace normalement nécessaire au-dessus ou au-dessous de la culasse dans une tourelle conventionnelle pouvait ainsi être réduit.

La conception oscillante permettait notamment d'obtenir une tourelle relativement peu profonde au-dessus de la culasse, offrant une silhouette plus basse.

C'est ce qui justifia la première tourelle oscillante française, celle de l'AMX-50, char moyen ou lourd d'environ 50 tonnes.

Celui-ci reçut d'abord un canon de 90 mm, puis un canon de 100 mm dans une tourelle oscillante, principalement afin de réduire la masse.

La version finale équipée d'un canon de 120 mm revint d'abord à une tourelle conventionnelle, avant d'adopter une nouvelle conception oscillante, la Tourelle D.

Cependant, l'élévation du canon nécessitait toujours un espace permettant à la culasse de s'abaisser dans la partie inférieure de la tourelle. Les tourelles oscillantes avaient donc tendance à placer l'axe du canon relativement haut par rapport aux tourelles conventionnelles.

Un problème venait du fait que le blindage d'une tourelle est principalement concentré sur sa face avant, laquelle n'était pas réduite par cette conception dans le cas de l'AMX-50.

La tourelle de la version de 120 mm était si haute qu'elle rappelait celle du Challenger de la Seconde Guerre mondiale. Elle était environ 30 cm plus haute que celle du Conqueror, pourtant contemporain et doté d'un blindage comparable.

L'AMX-50 devint progressivement plus lourd. Bien qu'il ait pu constituer un char lourd performant selon les standards des années 1950, cette catégorie de véhicules blindés lents devenait progressivement dépassée avec le développement des missiles antichars guidés dans les années 1960. Le projet fut finalement abandonné.

Chars légers Tourelle du Panhard EBR.

Alors que la tourelle oscillante s'est révélée peu adaptée aux chars lourds, elle a rencontré davantage de succès sur les chars légers et les voitures blindées, leur permettant d'emporter un canon principal inhabituellement puissant de 90 mm.

Dans la doctrine française, les véhicules légers de reconnaissance étaient fortement armés et devaient également pouvoir participer à la défense des flancs de la force principale.

Ils n'étaient toutefois pas destinés à agir comme chasseurs de chars. Un canon de gros calibre mais relativement faible en vitesse initiale, associé à des obus explosifs, était donc efficace dans ce rôle.

Chargement automatique Le canon restant fixe par rapport à la partie supérieure de la tourelle, il est plus facile d'installer un chargeur automatique que dans une tourelle conventionnelle, où le canon doit revenir à une élévation déterminée pour être rechargé.

La conception française utilisait deux magasins rotatifs de six coups, permettant une cadence de tir élevée ainsi que le choix entre deux types de munitions.

L'inconvénient était qu'une fois les munitions disponibles dans les magasins épuisées, leur rechargement était une opération lente nécessitant l'arrêt du véhicule et l'intervention de l'équipage à l'extérieur. Cette opération ne pouvait pas être effectuée sous le feu ennemi.

Comme cela arrivait fréquemment avec les premiers systèmes de chargement automatique, leur complexité constituait leur principal défaut.

Le canon de 120 mm de l'AMX-50 s'est notamment révélé peu fiable en raison de la masse importante de ses munitions.

Véhicules blindés équipés de tourelles oscillantes

France AMX-13 – Char léger largement utilisé.

AMX-50 – Char lourd, prototypes uniquement. Panhard AM 40 P – Voiture blindée, prototype uniquement ; premier véhicule à recevoir une tourelle oscillante. Panhard EBR – Voiture blindée.

Autriche

SK-105 Kürassier – Utilise la tourelle FL-12 de 105 mm dérivée de celle de l'AMX-13.

Allemagne

Kugelblitz – Équipé de deux canons de 30 mm MK 103 dans un montage sphérique oscillant particulier. Begleitpanzer 57 AIFSV – Canon de 57 mm monté dans un berceau extérieur sur la tourelle.

Suède

Projekt Emil.

États-Unis

T71 – Un prototype en bois construit. T54E1 – Tank, Heavy, 105mm Gun. Deux prototypes équipés d'un canon de 105 mm et d'un autoloader furent construits sur le châssis du M48. Ils furent construits vers 1952 par United Shoe Manufacturing. Un T54 possédait une tourelle conventionnelle, tandis que le T54E1 possédait une tourelle oscillante. T58 – Tank, Heavy, 155mm Gun. Un seul prototype fut construit dans les années 1950 sur un châssis de M103, avec un canon de 155 mm installé dans une tourelle oscillante. M1128 Mobile Gun System.

Corée du Sud

KW 2 Jupiter.

Corée du Nord

Copie du M1128 Mobile Gun System.

Notes et références