( « Femme non identifiée » en danois, également connu en festival sous sa traduction anglaise ) est un drame historique letto-suédo-danois réalisé par May el-Toukhy et sorti en 2026.
Il met en vedette Mathilde Arcel dans le rôle de Marie, une jeune nounou qui cache un secret dans l'immédiate après-guerre, après la libération du Danemark de l'occupant nazi.
Le film est présenté en avant-première mondiale en compétition officielle lors de la Mostra de Venise, le ; il y remporte le Lion d'or, tandis que Mathilde Arcel reçoit la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine. Sa sortie en salles au Danemark est prévue pour le .
Synopsis Dans l'Après-guerre au Danemark, en , dans les jours qui suivent la libération de l'occupation allemande, Marie travaille comme domestique et nounou chez Christian, un industriel de Copenhague veuf et père de la jeune Leonora. Sa relation avec son employeur débouche sur une demande en mariage qui promet à Marie une ascension sociale radicale, la faisant passer du statut de servante à celui de maîtresse de maison.
Toutefois, cette nouvelle existence repose sur un passé dissimulé et sur l'abandon de son identité antérieure. Cet équilibre précaire est ébranlé lors des préparatifs du mariage, lorsqu'une rencontre inattendue avec Karl — une figure liée à sa vie passée — fait resurgir des événements qu'elle avait tenté d'effacer de sa mémoire. Dans un climat national marqué par la traque des femmes soupçonnées d'avoir entretenu des relations intimes avec des soldats allemands durant l'occupation, ainsi que par la vindicte populaire à leur encontre, le secret de Marie risque d'être découvert, menaçant ainsi la position qu'elle a réussi à conquérir.
Fiche technique Titre original danois : Titre français : Woman Unknown Réalisation : May el-Toukhy Scénario : May el-Toukhy, Photographie : Jasper Spanning Montage : Rasmus Stensgaard Madsen Musique : Mikkel Hess Décors : Sabine Hviid Production : Mikael Rieks Sociétés de production : Nordisk Film Production, SIA Nafta Films, Nordisk Film Production Sverige, Film i Väst Société de distribution : Memento (France) Pays de production : , , Langue originale : danois Format : couleurs Genre : drame historique Durée : Dates de sortie : Italie : (Mostra de Venise 2026) Danemark : France :
Distribution Mathilde Arcel : Marie Carsten Bjørnlund : Christian Thorbjørn Hedegaard : Karl Marina Bouras : Esther
Contexte historique : le tyskerpiger vignette|gauche|Des membres du mouvement national-socialiste aux Pays-Bas et des femmes aux cheveux rasés pour avoir fréquenté des Allemands sont emmenés par des membres de la Résistance néerlandaise. Le terme danois tyskerpiger (« filles allemandes »), mais aussi feltmadrasser (« matelas de campagne », de felt, champ de bataille/militaire, et madras, matelas) et tyskertøse (de tysker, « allemand », et tøs, terme utilisé dans le passé pour « salope ») désignent les femmes qui, pendant l'occupation nazie du Danemark (1940-1945), ont eu des relations amoureuses ou sexuelles avec des soldats allemands.
Selon les estimations de l'historienne Anette Warring, auteure d'une monographie de référence sur le sujet, le nombre de ces relations s'élevait à au moins , et celui des enfants nés de ces unions se situait entre et . Il s'agissait de relations légales au regard tant du droit danois que du droit allemand, mais que la société civile percevait comme une forme de trahison nationale ; la presse clandestine de la Résistance les décrivait en des termes fortement sexualisés et dénigrants.
Lors de la Libération en mai 1945, bien que la loi sur les traîtres promulguée par le nouveau gouvernement exclût explicitement les tyskerpiger de toute sanction pénale, un sondage de l'époque révéla qu'environ 75 % de la population danoise réclamait néanmoins leur punition. Les représailles, qui avaient débuté durant l'occupation et s'étaient intensifiées au moment de la Libération, prirent principalement la forme de tontes publiques des cheveux, mais s'accompagnèrent également de violences physiques et sexuelles, d'humiliations sur la place publique et de détentions prolongées sans procès. À Viborg, par exemple, la Résistance arrêta 361 personnes en ; une seconde vague d'arrestations conduisit à la mise en détention de 43 autres femmes, dont trois seulement furent formellement accusées de collaboration pour espionnage, tandis que les autres subirent de courtes périodes d'internement et des humiliations publiques.
Les conséquences se firent sentir pendant des décennies, affectant également les enfants issus de ces unions par le biais de l'isolement familial et social. En 1996, ces derniers fondèrent l'association Danske Krigsbørns Forening afin de briser le silence entourant leurs origines. Une analyse historiographique du phénomène ne s'est imposée qu'au , en contraste avec le récit national de l'après-guerre centré sur l'unité de la résistance danoise. En 2018, la Norvège, par la voix de sa Première ministre Erna Solberg, a présenté des excuses officielles pour le traitement réservé à ses propres tyskertøser, un geste que le Danemark n'a pas encore accompli.
Production
Le projet Kvinde ukendt est d'abord annoncé par Nordisk Film Production en mai 2024 comme le nouveau long métrage de May el-Toukhy, marquant sa troisième collaboration avec la scénariste Maren Louise Käehne après (2015) et Dronningen (2019). Selon la réalisatrice, l'idée du film est née de la publication, dans un journal danois, d'une photographie d'époque montrant une femme assise sur un banc, les vêtements en lambeaux et une croix gammée peinte dans le dos. Cette image, à la fois intimidante et à visée de propagande, a incité el-Toukhy et Käehne à élaborer un récit sur la Seconde Guerre mondiale vu sous l'angle de l'expérience féminine, dans un genre habituellement dominé par des histoires d'hommes.
El-Toukhy a également raconté être tombée sur ce matériau alors qu'elle effectuait des recherches sur la chasse aux sorcières durant la Réforme protestante ; elle y a découvert des photographies datant de l'après-guerre montrant des femmes tondues et marquées de croix gammées, dont les dossiers d'archives les classaient fréquemment sous la mention « femme inconnue » — expression dont est tiré le titre du film. La réalisatrice a également cité parmi ses références le livre La guerre n'a pas un visage de femme (1985) de la prix Nobel biélorusse Svetlana Alexievitch, qui relate la Seconde Guerre mondiale vue et vécue à travers les témoignages directs de femmes soviétiques.
En , le projet a bénéficié d'un financement de de la part d'Eurimages, dans le cadre d'un ensemble de vingt-quatre coproductions européennes soutenues lors de cette session, dont plus des trois quarts étaient réalisées par des femmes. Le financement a également été assuré par le Det Danske Filminstitut, le Nordisk Film & TV Fond, le diffuseur public DR, le Svenska Filminstitutet et SVT, ainsi que par des organismes lettons tels que la LIAA et le fond du cinéma de Riga. Le budget total s'élève à environ 5,7 millions d'euros. En , le projet, alors en phase de post-production, a été présenté aux professionnels du secteur lors du marché du film nordique du Festival du film de Göteborg. En août de la même année, la société de ventes internationales TrustNordisk en a acquis les droits de distribution mondiale.
Accueil critique vignette|gauche|Scène du film Rebecca d'Hitchcock où l'on pousse l'héroïne à porter la robe de la défunte épouse de Maxim. La critique a relevé dans Kvinde ukendt un style visuel austère, rapproché de la tradition formelle du cinéma danois de Carl Theodor Dreyer, caractérisé par des cadrages géométriques et une photographie désaturée qui s'accorde avec l'architecture rationnelle de l'appartement bourgeois où se déroule l'intrigue. Cette palette chromatique sobre est ponctuée, à des moments clés, par la couleur rouge : elle apparaît sur le chandail de Marie, sur le drapeau danois et sur la croix gammée peinte sur la porte du domicile lorsque les soupçons à l'égard de la protagoniste commencent à se répandre ; vers la fin, elle surgit sous la forme de sang sur ses mains.
Des critiques comme Sophie Monks Kaufman ont noté que la mise en scène choisit de suivre la protagoniste principalement de dos ou à distance , laissant délibérément planer le doute sur la réalité de la surveillance ressentie : est-elle avérée ou simplement projetée par la peur d'être découverte ?. Toutefois, d'autres observateurs comme Fabio Ferzetti ont souligné que cette approche formelle, fondée sur la retenue et la maîtrise, risquait de conférer au film une froideur expressive excessive.
S'inscrivant dans la lignée du thriller gothique et domestique, plusieurs analyses ont rapproché la structure du film du cinéma d'Alfred Hitchcock, y décelant notamment l'influence de Rebecca (1940). Cette dette se manifesterait dans l'architecture des relations au sein du foyer ainsi que dans la tension paranoïaque liée à la robe de mariée héritée, dont les retouches de couture deviennent le catalyseur du danger.
Sur le plan thématique, l'œuvre a été interprétée comme une réflexion sur le corps féminin envisagé comme un territoire à contrôler et à punir , aussi bien durant l'Occupation que dans la société d'après-guerre. Le film établit un parallèle entre la situation initiale de la protagoniste et son ascension sociale ultérieure, laquelle la ramène néanmoins à une position subalterne, dépourvue de réelle autonomie.
La figure de l'industriel, épargné par les conséquences du conflit contrairement aux femmes de rang inférieur, incarne l'ambiguïté de la collaboration économique avec l'occupant ainsi que la logique impitoyable du soupçon collectif, où la simple ombre d'une collaboration suffit à anéantir la réputation d'un individu. Les humiliations publiques infligées aux femmes apparaissent comme un mécanisme masculin visant à détourner l'attention de formes de complicité plus étendues et plus substantielles.
Enfin, le récit s'apparente à une analyse de l'oppression féminine au sein d'une société dominée par les hommes, ouvrant la voie à des réflexions sur la solidarité entre femmes et sur la persistance contemporaine des conditionnements liés au genre.
Distinctions Récompenses Mostra de Venise 2026 Lion d'or Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine pour Mathilde Arcel
Notes et références
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