Olga Horstig-Primuz est une agent artistique française, née le à Belgrade (Royaume de Serbie) et décédée le à Boulogne-Billancourt (France).

Pionnière du métier d’agent, Olga Horstig-Primuz en est devenue l’une des figures les plus emblématiques en France. Au fil de sa carrière longue de 40 ans, elle a accompagné les plus grands noms du cinéma, parmi lesquels Edwige Feuillère, Michèle Morgan, Brigitte Bardot, Alain Delon, Gérard Oury, Annie Girardot, Charlotte Rampling, avec lesquels elle entretenait souvent des liens amicaux qui dépassaient largement le cadre professionnel. Beaucoup d'entre eux l'appelaient d'ailleurs "Mama Olga".

Biographie

Enfance Olga Horstig naît à Belgrade le 28 septembre 1912. Elle est la seconde fille de Kosta Horstig, officier d’artillerie, et de Zora Pavlovic. Le couple a deux enfants : Vera, née en 1910, et Olga.

La Première Guerre mondiale bouleverse très tôt son enfance. Alors que Belgrade essuie le feu des canons, la famille quitte la ville et se réfugie d’abord en province, puis à Athènes, avant d'arriver à Nice. En 1919, les Horstig regagnent Belgrade. Kosta Horstig quitte l’armée et se lance dans les affaires. Olga grandit dans un entourage familier des milieux diplomatiques et culturels et reçoit une éducation ouverte sur l’Europe. Elle parle couramment allemand et français et se passionne pour le théâtre et le cinéma. Ses parents se séparent finalement et, en 1924, Olga suit sa mère qui vient s’installer en France.

Jeune adulte À dix-huit ans, Olga Horstig débute à Paris comme correspondante du journal belgradois Vreme. Elle y couvre l’actualité cinématographique et rend compte de la vie culturelle et des spectacles parisiens. Ce premier métier lui ouvre les portes d’un univers qu’elle ne cessera plus de fréquenter et lui permet de rencontrer les grandes figures du spectacle de son époque. À vingt-trois ans, elle cherche un emploi stable, revenue d'Angleterre où elle a été fille au pair pendant un an. Les relations amicales qu'entretient sa mère avec l'ambassadeur de Yougoslavie en France, M. Pouric, lui permettent d’être rapidement engagée à la Légation de Yougoslavie au bureau des passeports.

C’est à la Légation qu’Olga rencontre Vjeko Primuz, son supérieur. Ils tombent rapidement amoureux et le couple se marie en mars 1940. Olga, cependant, ne renonce pas au cinéma ni au journalisme. Elle continue d’écrire et se fait progressivement une place dans le milieu cinématographique. Surtout, elle y noue de nombreuses relations de confiance. Edwige Feuillère, Odette Joyeux et Lisette Lanvin deviennent ainsi de véritables amies.

Seconde Guerre mondiale La guerre contraint le couple à rejoindre Vichy, où les diplomates sont appelés. Pour Olga, ouvertement hostile au régime de Pétain, cette période est particulièrement pénible d'autant que la fonction diplomatique de son mari l'oblige à la réserve. La situation change lorsqu’ils obtiennent enfin leur transfert à Londres. Elle raconte : « Peu après, mon mari a été transféré, je ne sais par quel miracle, à la Légation de Yougoslavie de Londres. C’était une chance inespérée. Surtout pour lui qui s’inquiétait de mes propos ouvertement anti-pétainistes et qui devait constamment me rappeler à plus de discrétion. »À Londres, son mari se retrouve mobilisé dans l'armée. Olga Horstig travaille aux côtés des Anglaises pour la Croix-Rouge mais reprend en parallèle ses activités journalistiques. Elle confesse que "la vie de femme de diplomate avec ses bridges, ses thés et ses réceptions ne [la] passionnait pas du tout". Elle collabore notamment à Ciné Suisse. Cela lui permet à nouveau de développer le réseau de relations qu’elle a commencé à se constituer. Elle fréquente alors les Français réfugiés à Londres, tel Pierre Lazareff, et fait la connaissance de nombreux acteurs anglais, parmi lesquels Laurence Olivier, Vivien Leigh et Leslie Howard.

Carrière professionnelle À la Libération, Olga et Vjeko sont contraints de se séparer. Vjeko est appelé à Belgrade pour une mission diplomatique sous tension, tandis qu’Olga rentre à Paris. Ne sachant pas quand ils pourront se retrouver, la promesse d'un enfant scelle leur amour malgré la distance . Leur fille Vera naît le 23 juillet 1945. À son retour de Yougoslavie, Vjeko se retrouve dans une situation difficile et ne parvient pas à trouver de travail. Olga continue de publier des critiques de films ainsi que de nombreux portraits d’acteurs. Elle écrit entre autres sur Jean Gabin, Viviane Romance et Micheline Presle pour le journal Cinémonde, avec lequel elle collabore jusqu’en 1947.

Elle commence à travailler comme agent artistique, d'abord pour Michèle Morgan et engage son mari à ses côtés pour gérer les aspects comptables et juridiques de la société. En 1975, alors que l’agence connaît son apogée, son mari, de passage en Yougoslavie, est victime d’un malaise cardiaque. Olga et sa fille, qui se rendent aussitôt sur place, n’apprennent son décès qu’à leur arrivée dans le pays. Profondément affectée, Olga Horstig-Primuz poursuit néanmoins son activité pendant plusieurs années.

En 1987, Olga Horstig-Primuz prend sa retraite après 40 ans de métier. Elle décède à Boulogne-Billancourt le 30 juillet 2004 à l'âge de 91 ans.

De journaliste à imprésario

Le "secrétariat" d'Edwige Feuillère En 1939, Olga Horstig rencontre Edwige Feuillère à l’occasion d’une interview. Les deux femmes se lient d’amitié, une relation qui ne se démentira jamais. C’est également dans le cadre de son activité journalistique qu’Olga Horstig-Primuz fait la connaissance de Michèle Morgan, avec laquelle elle noue également un lien indéfectible.

Pendant la guerre, Olga Horstig-Primuz part en exil en Angleterre. De retour en France à la Libération, elle se retrouve dans une situation matérielle difficile selon son propre aveu. Edwige Feuillère, avec laquelle elle a conservé une correspondance étroite malgré les années de guerre, mesure alors les difficultés de son amie et lui propose en 1946, de « gérer son secrétariat ». Olga raconte : "Je ne disposais d’aucune ressource ou presque. (...) Constatant quelles difficultés je traversais, elle m’avait proposé de m’occuper de son secrétariat, en prétextant qu’elle avait besoin d’aide. En réalité, c’était uniquement pour me venir en aide sur le plan financier. Je lui en serai à jamais reconnaissante". Cette première expérience auprès d’une actrice constitue un tournant dans la vie professionnelle d’Olga Horstig-Primuz. Elle découvre, au-delà du journalisme, une nouvelle manière d’accompagner les comédiens dans leur carrière et s’engage progressivement sur la voie de la représentation artistique.

Michèle Morgan, la première cliente Michèle Morgan, de son côté, a passé les années de guerre aux États-Unis. Exilée à Hollywood dès 1940, elle y tourne notamment Joan of Paris (1942), Two Tickets to London et Higher and Higher (1943), puis Passage to Marseille (1944), avant de regagner la France en 1945. À son retour, son amitié avec Olga Horstig-Primuz se poursuit. Olga, collaboratrice de l’hebdomadaire Cinévie, suit de près le retour de la vedette en France.

Dans son numéro du 29 juillet 1947, Cinévie rappelle d’ailleurs le rôle joué par Olga lors de l'arrivée de la vedette à Cherbourg :« Nous nous excusons de présenter avec retard un reportage sur l’arrivée en France de Michèle Morgan, “Notre Divine”, et de son mari William Marshall. Olga Horstig, notre collaboratrice et amie personnelle de Michèle, l’attendait à Cherbourg pour “Cinévie”. »Son séjour américain a également permis à Michèle Morgan de découvrir une autre conception de l’accompagnement des acteurs : celle d’un agent intervenant directement dans la gestion et le développement de leur carrière. Forte de cette expérience, elle propose à son amie Olga Horstig-Primuz de devenir son agent.

Pour Olga, la proposition de Michèle Morgan marque une nouvelle étape. Après avoir fait ses armes dans le journalisme, elle se tourne vers la représentation des comédiens, un métier dont elle ne connaît encore ni les codes ni les rouages. "Tu apprendras !" lui lance alors Michèle Morgan. Ses débuts sont d’ailleurs marqués par une certaine réserve: elle envisage d'abord de se consacrer exclusivement à Michèle Morgan, en tant que « personal manager ».

Ouverture de l'agence Lorsqu’Olga Horstig se lance dans le métier, une agence de comédiens est déjà bien implantée à Paris : Cimura, tenue par trois anciennes actrices, qu'on appelait dans le milieu "Les trois Grâces" dont Blanche Montel. Dès le début, les deux structures entretiennent de bonnes relations et leurs dirigeantes conviennent de ne pas se faire concurrence. En effet, après avoir été sollicitée par plusieurs artistes, Olga ouvre sa propre agence. Elle y associe son mari, qui prend en charge la comptabilité ainsi que les considérations juridiques de l’entreprise. En 1948, elle négocie pour Michèle Morgan son premier contrat, pour le film Fabiola, aux côtés d’Henri Vidal. Forte de la confiance que lui accorde Michèle Morgan, Olga voit rapidement son agence gagner en crédibilité. L’entreprise ne tarde pas à s’étoffer et accueille bientôt parmi ses comédiens Denise Provence, Colette Mars, Jean Servais, Paul Guers et Dawn Addams.

1948 - 1987: l'agent des stars montantes

Brigitte Bardot, sa "seconde fille" Olga Horstig rencontre Roger Vadim dès 1949, alors qu’il est assistant de Marc Allégret sur le tournage de Maria Chapdelaine. Quelques années plus tard, en 1953, Vadim tient à lui présenter la jeune Brigitte Bardot qu'il vient d'épouser, convaincu qu’Olga saura accompagner le développement de sa carrière. Olga Horstig perçoit immédiatement le potentiel de la jeune comédienne mais reconnait surtout qu'elle l'a instinctivement considérée comme une seconde fille. Les deux femmes nouent rapidement une relation à la fois professionnelle et affectueuse, qui se poursuivra tout au long de la carrière de Bardot. L'actrice sera d’ailleurs la première à surnommer Horstig « Mama Olga ».

Peu après le succès théâtral de Bardot dans L’Invitation au château, dont la première a lieu le 29 octobre 1953, Sacha Guitry recherche une jeune comédienne pour un petit rôle aux côtés de Jean Marais dans Si Versailles m’était conté…. Olga pense aussitôt à Bardot et lui propose le rôle. Ce choix contribue à installer la jeune actrice dans le paysage cinématographique français.Olga prend en charge ses intérêts et négocie pour elle ses premiers contrats importants. En 1955, elle pousse Bardot à prendre le rôle certes secondaire dans Les Grandes manoeuvres de René Clair mais qui lui permet de s'imposer aux côtés d'acteurs de premier plan en France ; elle en fait de même en Italie avec les films Hélène de Troie ou Mio figlio Nerone avec Vittorio de Sica et Gloria Swanson .

Dès lors, Olga accompagne Bardot avec constance, multipliant les propositions et les opportunités, jusqu’à l’extraordinaire succès de Et Dieu… créa la femme, qui fait de la jeune comédienne une star internationale. Leur collaboration se poursuit pendant près de vingt ans, jusqu’au retrait de Bardot du cinéma. C'est sur le tournage de Colinot Trousse-Chemise, en 1973, que Bardot annonce finalement à son agente : « Mama Olga, j’arrête. C’est mon dernier film. » Après avoir accompagné ses premiers pas et contribué à construire sa carrière, Olga Horstig assiste ainsi à ses derniers moments au cinéma.

La révélation Alain Delon Edwige Feuillère présente Alain Delon à sa propre agente, Olga Horstig, qui va jouer un rôle déterminant dans les débuts de sa carrière. En 1958, Olga défend, avec Georges Beaume la candidature du jeune Alain Delon pour le film Christine, aux côtés de Romy Schneider. D’abord réservé face à l’âge de l’acteur, Michel Safra finit néanmoins par suivre leur recommandation et accepte de lui faire passer des essais. C'est sur ce film que Romy Schneider et Alain Delon se rencontrent.