La biologie féministe est une approche de la biologie s'intéressant à l'influence des valeurs de genre, la suppression des biais de genre, ainsi que la compréhension du rôle global des valeurs sociales dans la recherche ainsi que les pratiques biologiques. La biologie féministe a été fondée par, entre autres, Ruth Bleier de l'Université du Wisconsin à Madison (ayant écrit Science and Gender: A Critique of Biology and Its Theories on Women, paru en 1984, et inspiré la bourse de recherche dotée de l'université pour la biologie féministe). Elle a pour but d'améliorer la biologie en intégrant la critique féministe dans des domaines variés allant des mécanismes de la biologie cellulaire ainsi que du choix du sexe à l'évaluation de la signification des termes tels que « genre » et « sexe ». En général, le champ est défini de manière générale et se rapporte aux philosophies derrière les pratiques biologiques et féministes (philosophie féministe des sciences). Ces considérations rendent la biologie féministe sujette à débat et conflictuelle en elle-même, notamment en ce qui concerne les questions du déterminisme biologique, par lesquelles les termes descriptifs de sexe masculin et féminin sont intrinsèquement restrictifs, ou du postmodernisme extrême, par lesquelles le corps est davantage perçu comme étant une construction sociale. En dépit des opinions allant du déterminisme au postmodernisme, cependant, des biologistes, des féministes, ainsi que des biologistes féministes de toutes obédiences ont soutenu l'utilité d'appliquer l'idéologie féministe aux pratiques et aux procédures de la biologie.

Contributions Donna Haraway, une biologiste et primatologue originaire de l'Université de Californie, a formulé des critiques concernant les biais masculins en 1989 au sujet de l'étude de l'évolution humaine ainsi que de la culture via la primatologie en soulignant un manque flagrant d’attention portée aux primates femelles. Haraway a contribué à une grande découverte des comportements au sein des groupes primates relatifs à la sélection du partenaire, ainsi que les interactions entre femelles observées chez les primates femelles, citant les influences féministes alors qu'elle étudiait les primates femelles pour elles-mêmes.

De la même manière, les biologistes cellulaires féministes du Biology and Gender Study Group ont critiqué l'androcentrisme dans l'étude du comportement entre les sexes et Ils citent une tendance générale d'une description biologique « active » liée au gamète mâle (spermatozoïde) ainsi qu'une description « passive » de l'ovule, comparant une telle description à un héros archétypal confronté à de nombreux défis avant de trouver sa stabilité, le foyer de la femme. Le groupe critiqua le vocabulaire employé dans les textes et manuels de biologie, affirmant que les traits les plus actifs et associés au risque de l'ovule (tels que sa propre survie après la sélection parmi d'ovocytes) sont écartés au nom d'un récit stéréotypé.

Anne Fausto-Sterling, une professeure de biologie et études de genre à l'université Brown, évalue la complexité de définir le sexe via un angle dichotomique dans plusieurs de ses ouvrages tels que Corps en tous genres : La dualité des sexes à l'épreuve de la science ainsi que dans un article intitulé « The Five Sexes: Why Male and Female Are Not Enough ». Elle aborde l'existence des individus intersexes ainsi que le manque de reconnaissance de leur état d'être dans le contexte d'un monde dichotomiquement défini des sexes, même voire surtout, par les professionnels de la santé et les chirurgiens qui comprennent l'anatomie intersexe au point où ils peuvent le modifier chirurgicalement pour en faire l'un des sexes. Elle déclare : Fausto-Sterling poursuit en prônant la réévaluation de ce qui est considéré comme étant une intervention médicale urgente à la lumière de l'influence que, selon elle, la stigmatisation sociale a exercée sur les pratiques médicales courantes, ce qui, à son tour, pourrait contribuer à ouvrir de nouvelles voies pour la recherche scientifique.

Motivation Les motivations en faveur de la promotion de la biologie féministe sont diverses. Une des motivations les plus courantes est de défier les préjugés fondés sur le genre provenant de la science, en discernant une vérité davantage scientifique et objective des pratiques influencées par la culture. De nombreux individus affirment que l'émergence ainsi que le développement de la science moderne implique la domination d'un monde féminin ainsi que l'exclusion des femmes. Le réductionnisme, par exemple, est une perspective selon laquelle toute la matière de l'univers est organisée hiérarchiquement, et la causalité n'apparaît qu'aux niveaux inférieurs de cette hiérarchie. Un lien étroit existe entre la science mécaniste réductionniste ainsi que le déterminisme biologique, contribuant à l'argument selon lequel les causes biologiques sont les seules causes, ou la cause la plus importante, du comportement « féminin ». Ce lien est dû à l'assomption réductrice dont la causalité s'exerce de manière ascendante, des niveaux inférieurs d'organisation vers les niveaux supérieurs d'organisation. De nombreux biologistes féministes se concentrent sur le fait de dissiper ces préjugés stigmatisants que des personnalités influentes ont acceptés comme scientifiquement vrais.

Controverse Un débat est en cours sur la question de savoir si une critique féministe devrait être intégrée dans les sciences, surtout la biologie. Certains affirment que la biologie féministe est une forme de politisation de la science, remettant somme toute en question la légitimité de la biologie féministe. À un autre niveau, il y a un débat même au sein de la communauté féministe concernant la manière de traiter les différences biologiques liées au sexe. Certains discours soulignent l'importance d'accepter les différences biologiques entre les sexes afin de parvenir à l'égalité des genres, tandis que d'autres soutiennent que l'on accorde une importance excessive aux différences entre les sexes dans la société, contribuant aux stéréotypes des genres. Des individus tels que Carla Fehr formulent des critiques constructives pour l'avenir de la philosophie féministe dans le domaine de la biologie ; elle propose aux biologistes féministes d'examiner des questions inédites relatives à des sujets tels que la recherche en génomique sous l'angle du genre.

Notes et références

Catégorie:Féminisme Catégorie:Philosophie de la biologie