Radio Téhéran est le nom de la première radio nationale iranienne. Créée en 1940, elle prend le nom de Radio Iran en 1957. Peu après, une scission donne naissance à une station plus spécialement destinée au public de la capitale, baptisée Radio Téhéran. Après la révolution islamique, les deux programmes passent sous le contrôle de l'IRIB.
Origines En 1934, le gouvernement autorise acquisition de récepteurs et la pose d'antennes. Mais elles sont soumises à autorisation. En 1937, le ministère des Postes, Télégraphes et télécommunications propose un projet pour développer un réseau en Iran. Reza Shah, d'abord réticent, finit par accepter. En effet, Radio Berlin crée en 1939 un service en persan qui diffuse sa propagande pro-nazie et critique à l'égard du Shah à destination du public iranien, suivie de peu par la BBC. Un voyage en Turquie, où une radio nationale existe depuis 1927, convainc le souverain de la nécessité de disposer d'un outil de communication indépendant des puissances étrangères.
La première station de radio est abritée dans un bâtiment en briques, construit route de Shemiran entre 1922 et 1926, et affecté à la TSF (d'où son nom de Qasr Bisim). On le désigne aussi sous le nom de Kolah Farangi. Cette appellation désigne des constructions surmontées d'un dôme, dans un style occidental. La radio occupe deux étages. Le premier accueille l'équipement technique. L'unique studio se trouve au-dessus. Les locaux administratifs, eux, se trouvent au ministère des PTT, place Mashq, dans le centre-ville, à plusieurs kilomètres de là. La radio dispose de deux émetteurs, fournis par la firme allemande Telefunken.
L'inauguration a lieu le (4 ordibehesht 1319 du calendrier persan), en présence du prince héritier, le futur Mohammad Reza Pahlavi. Les premiers mots de la présentatrice Ghodsi Rahbari, « Ici Téhéran, la voix de l'Iran », sont diffusés par des haut-parleurs disposés sur les places principales de la capitale ou montés sur des camions. À l'époque, les postes récepteurs sont encombrants et coûteux. Leur achat est soumis à une autorisation, qu'il faut obtenir auprès du commissariat de police.
Programmation alt=Le bâtiment kolah farangi ou Bisim, qui abrite le studio de Radio Téhéran de 1940 à 1948|vignette|Le bâtiment kolah farangi ou Bisim, qui abrite le studio de Radio Téhéran de 1940 à 1948 L'élaboration des programmes de Radio Téhéran est confiée à l'Organisation pour le développement de l'opinion publique (Sāzmān-i Parvarish Afkār). Des personnalités du monde littéraire comme le poète Bahar y participent. Parmi eux, on compte une femme, Badr ol-Moluk Bamdad.
Radio Téhéran n'émet que quelques heures par jour, le matin et en soirée. La faible capacité du réseau électrique de l'époque est évoquée comme cause, mais la faiblesse du budget alloué à la radio est sans doute un facteur décisif. Progressivement, cette amplitude horaire est augmentée, jusqu'à 24 heures sur 24 en 1960. La radio émet en arabe, anglais, persan, français, allemand, russe. Le turc est ajouté par la suite. Au début, faute de capacité d'enregistrement, les programmes sont diffusés en direct.
La grille fait la part belle à la musique. Radio Téhéran joue un rôle fort dans la formation du goût musical des Iraniens. Le programme Golha, de 1956 à 1979, qui mêle la poésie et la musique persane classique, de haute qualité, est très populaire. Il familiarise les Iraniens de toutes classes sociales avec les poètes persans.
D'autres émissions deviennent très populaires. C'est le cas de Dastan shab (« L'histoire de la nuit »), Shuma va radiyo (« Vous et la radio »), co-animée par Gougoush, Gulchīn-i Haftah (« La sélection de la semaine »), présentée par le poète Ebtehaj, qui fournit des informations sur les musiciens classiques et les instruments anciens, et de Johnny Dollar, un feuilleton policier. La radio diffuse aussi des émissions scientifiques, un programme pour les enfants animé par , qui popularise les récits destinés à la jeunesse, un programme pour les agriculteurs. Le service international, Sida -ye Iran (« Voice of Iran »), grâce à la mise en place d'émetteurs de plus en plus puissants, puis aux satellites, permet d'atteindre l'Europe et même les États-Unis. Le programme est donné dans le magazine de la radio, Radio Iran. Les dépêches sont fournies par l'agence Pars, devenue après 1979 IRNA.
Influence sur la société iranienne La radio est le premier média de masse en Iran. La presse écrite est alors inaccessible à la majorité de la population, qui ne sait pas lire. Elle marque en profondeur le paysage sonore de l'Iran. L'équipement des foyers évolue rapidement : en 1941, on recense un millier de postes de radio à Téhéran ; en 1945, seuls sept magasins vendent des postes de radio dans la capitale ; en 1962, on dénombre 2,5 millions de postes récepteurs en Iran, 10 millions en 1974. Radio Téhéran contribue fortement à cette évolution : à la suite du lancement de la station, un commerçant vend 1 000 postes en un mois.
La radio popularise la poésie classique dans toutes les couches de la société et forme l'oreille des Iraniens à la musique persane. Elle transforme le statut des musiciens dans la société : auparavant peu respecté, pour des raisons socio-religieuses, leur talent est désormais reconnu. La radio a pour conséquence aussi de donner une place aux femmes, speakerines ou chanteuses. En effet, la radio, qui ne donne pas à voir le corps, rend plus acceptable la présence des femmes pour cette société patriarcale et conservatrice.
Évolutions alt=Entrée du complexe de l'IRIB|vignette|Entrée de Radio Téhéran place de l'Arg L'inadaptation des locaux, et la distance du siège administratif, rendent nécessaire la construction d'un nouveau bâtiment. La première pierre en est posée dès 1938. Mais la guerre et l'occupation de l'Iran par les Alliés en 1941 retardent les travaux. Ces derniers sont finalement achevés en 1948. Radio Téhéran peut alors déménager place de l'Arg (Citadelle), dans le centre historique de la capitale, dans des locaux modernes qui regroupent sur un seul site les bureaux et plusieurs studios. Le budget, resté faible dans les années 1940, est accru progressivement à partir des années 1950 pour devenir confortable au début des années 1970. Un studio pouvant accueillir 300 personnes, le studio huit, est ajouté.
En 1957, Radio Téhéran, grâce à un accord avec les États-Unis, est dotée d'un nouvel émetteur plus puissant, qui lui permet de couvrir tout le pays. La station prend en conséquence le nom de Radio Iran, qui émet désormais 24 heures sur 24. Puis, en juin 1960, une nouvelle division est créée. Elle est destinée plus particulièrement à la population de Téhéran, et propose une programmation plus exigeante sur le plan culturel, tandis que le programme de Radio Iran vise le grand public. Elle est appelée Radio Téhéran ou encore Programme II. Elles sont disponibles en modulation de fréquence à partir de 1967.
En 1971, Radio Iran fusionne avec la télévision nationale pour former la Radio Télévision nationales iraniennes. Pendant la période révolutionnaire, les Iraniens se détournent de la radio nationale pour écouter les stations étrangères à diffusion internationale, comme la BBC.
À partir de 1979 En 1978, le personnel de la RTNI est en grève. Le 11 février, les révolutionnaires échouent à prendre d'assaut le siège de la radio, solidement défendu, mais s'emparent de l'émetteur du bâtiment Kolah Farangi. Ahmad Kasila proclame sur les ondes : « Ici Téhéran, la vraie voix de l'Iran, la voix de la révolution. ». Le 16 février 1979, le siège de la radio est pris par les révolutionnaires. Beaucoup de personnalités qui ont fait l'âge d'or de radio Téhéran fuient le pays, certaines sont emprisonnées, voire exécutées. Radio Téhéran et Radio Iran sont rattachées à l'IRIB, qui exerce un monopole sur la radio-télédiffusion, et dont la direction est nommée tous les cinq ans par le Guide suprême. La radio nationale a pour mission de diffuser l'idéologie révolutionnaire. La diffusion de chansons est interdite pendant les années qui suivent la révolution. En 1940, la détention d'un poste de radio était soumise à une licence ; mais dans les années 2020, il reste interdit de créer une radio privée, et le filtrage d'Internet limite l'accès aux webradios, déplore le site 'Asr Iran.
Radio Téhéran et Radio Iran continuent d'émettre en 2026. Radio Iran se revendique la plus ancienne radio d'Iran. Mais l'audience de la radio nationale est fortement érodée par la concurrence des médias internationaux basés à l'étranger.
En 2015, Radio Téhéran quitte ses locaux historiques du centre-ville pour rejoindre le complexe de l'IRIB, avenue Vali Asr, au Nord de la capitale. Le bâtiment de la place de l'Arg est restauré et des plaques commémoratives apposées. Quant au bâtiment Kolah Farangi, situé dans l'actuelle avenue Shariati, près du pont Seyyed Khandan, il est conservé et abrite un musée des télécommunications. Il est inscrit au patrimoine national iranien depuis 2000. La mission de la république islamique d'Iran auprès de l'ONU rapporte qu'il a été indirectement touché par les bombardements lors des frappes israélo-américaines en 2026.
Notes et références
Liens externes
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