La Joie des sept couleurs est le « premier grand poème » du Pierre Albert-Birot. Publié en 1919 par les Éditions SIC, il fait suite aux recueils de courts poèmes Trente et un poèmes de poche (1917) et Poèmes quotidiens (1919), et précède et prépare l'écriture de l'épopée Grabinoulor.
Pierre Albert-Birot, poète proche de Guillaume Apollinaire et de l'« esprit nouveau », écrit cette œuvre au cours de l'été 1918, à Royan, où, ayant été réformé, il s'éloigne littéralement et symboliquement de la Grande Guerre.
L'ouvrage se distingue notamment par son dispositif typographique : le texte est composé intégralement en lettres capitales et sa mise en pages participe de la construction poétique du livre. Il comporte également cinq « poèmes-paysages » hors texte.
Le sujet l’œuvre est la poésie elle-même, l'alacrité, le bonheur d'écrire. C'est une œuvre réflexive, métapoétique, dans laquelle l'auteur se regarde devenir écrivain, et explore les différentes ressources du langage.
Malgré l'importance que son auteur lui confère, ce livre suscite peu d'échos à sa parution.
Genèse et contexte d'écriture
Lorsque Pierre Albert-Birot écrit la Joie des sept couleurs, il est âgé de quarante-deux ans. Il vient pourtant tout juste de commencer son œuvre poétique personnelle. Deux ans plus tôt, celui qui n'était jusque là qu'un sculpteur et peintre néoclassique a créé la revue SIC. Le poète a plusieurs fois présenté la création de cette revue comme une seconde naissance. Celle-ci devient le carrefour des avant-gardes les plus audacieuses (futurisme, cubisme, esprit nouveau, dada), et à leur contact, Albert-Birot se convertit au modernisme, et devient à son tour poète.
Il écrit la Joie des sept couleurs durant l'été 1918. Il a interrompu la publication de sa revue SIC pendant trois mois et passe des vacances au bord de la mer, à Royan. Le poète, réformé pour cause d'insuffisance respiratoire, « tourne le dos symboliquement et littéralement à la guerre pour se réfugier en un lieu plus joyeux » et « porte sur le monde et la poésie, un regard joyeux, érotisé, tourné vers l'avenir ».
Publication et réception Plusieurs extraits de La Joie des sept couleurs ont été pré-publiés en revue, notamment dans SIC (), Dada (), et Procellaria ().
L'ouvrage est publié par les éditions SIC, c'est-à-dire par son auteur lui-même, en 1919.
Albert-Birot peine à convaincre ses pairs lorsqu'il publie ses premières plaquettes, à l'exception de son ami le poète catalan Joan Pérez-Jorba. La Joie des sept couleurs est cependant remarquée par Ker-Frank-Houx, directeur de la revue littéraire nantaise Ariste, qui rédige une recension élogieuse.
Un livre graphique La Joie des sept couleurs est un livre graphique, c'est-à-dire un ouvrage . Le manuscrit destiné à l'imprimeur, contient des instructions précises concernant les jeux d'alignements.
Poétique et analyse
Pour le critique Roger Lassaque, le principe fondamental du poème réside dans le plaisir même de l'activité poétique. Il définit ainsi son mouvement général par le terme d'« alacrité » et voit dans l'œuvre une écriture qui prend pour objet le bonheur de son propre déploiement.
Cette joie se manifeste notamment dans le travail du son. Lassaque montre que, derrière l'apparente liberté du texte, celui-ci recourt fréquemment à la rime. Il relève notamment des séries de rimes pauvres, des rapprochements de mots fondés sur l'homonymie ou la paronomase, ainsi que des enchaînements de termes dont la proximité phonétique produit un effet ludique. Allitérations, assonances, répétitions, onomatopées et imitations de cris ou de chants d'oiseaux contribuent à donner au langage une dimension matérielle. Le mot n'est plus seulement porteur d'une signification : il devient également son, rythme et objet de jeu. Lassaque rapproche ainsi les passages consacrés aux sons et aux cris de la recherche d'une expression plus immédiate du monde. Les « cris » peuvent notamment être envisagés comme des moyens de franchir la distance entre le langage conventionnel et ce qu'il cherche à représenter.
Notes et références
Bibliographie Sources primaires .
Bibliographie critique . . . . . .
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