Stéphane Charpentier est un photographe et artiste visuel français né en 1976 à Lyon. Sa pratique centrale, fondée sur la photographie argentique en noir et blanc, se développe à travers des séries au long cours, des expositions et des monographies. Son travail se prolonge également sous différentes formes associant étroitement l’image et le son : films expérimentaux, vidéos musicales, performances, ainsi que création et direction artistique de projets collectifs réunissant artistes visuels et sonoresGildas Le Petit-Castel, Le regard cinéma en photographie, Paris, Eyrolles, 2024, p. 162-169..

Biographie et parcours

Après de premières expériences professionnelles dans l’industrie musicale, notamment chez EMI Music France, Stéphane Charpentier étudie la photographie à l’EFTI de Madrid. Il suit des ateliers auprès des photographes Michael Ackerman et Anders Petersen et travaille comme assistant de Jean-Christian Bourcart à New York.

Stéphane Charpentier développe une pratique photographique personnelle depuis le début des années 2000, principalement en argentique noir et blanc. Il constitue une œuvre au long cours intitulée Radiance, dont il extrait progressivement différents ensembles destinés à des publications, des expositions et des projections associant image et son.

Depuis ses premières expositions à Barcelone et à la Galerie Le Château d’Eau à Toulouse, il présente régulièrement son travail en France et à l’étranger. Il publie les monographies The Core aux éditions Void, The Eclipse aux éditions Sun/Sun et Trois mers et quatre terres aux éditions Le Mulet, avec Damien Daufresne. Il est représenté par la Galerie Françoise Besson de Lyon, avec laquelle il mène plusieurs projets, dont l’exposition The Eclipse, soutenue par le Centre national des arts plastiques (Cnap).

L’approche de Stéphane Charpentier peut s’inscrire dans un courant de photographie subjective et introspective dont l’exposition collective Eyes Wild Open : Sur une photographie qui tremble, présentée au Musée Le Botanique à Bruxelles en 2018, propose une mise en perspective historique. Charpentier participe à cette exposition ainsi qu’à l’ouvrage du même titre publié aux éditions André Frère. Caroline Bénichou y situe son travail au sein d’une nouvelle génération de photographes, dans le prolongement d’auteurs tels que Robert Frank, Daidō Moriyama, William Klein, Antoine d'Agata ou Michael Ackerman. Cette filiation privilégie une écriture personnelle et émotionnelle, fondée sur l’évocation poétique plutôt que sur la description, et accordant une place importante à l’expérience sensibleCaroline Bénichou, dans Eyes Wild Open : Sur une photographie qui tremble, sous la direction de Marie Sordat, André Frère Éditions, 2018, p. 21..

De 2012 à 2020, il travaille régulièrement en Grèce, où il réalise plusieurs projets photographiques, des films expérimentaux et des créations associant image et son. Ces œuvres privilégient des formes ouvertes et fragmentaires dans lesquelles le spectateur est sollicité dans la construction et la révélation du sensFred Hoclet, « Stéphane Charpentier : Si rien ne s’oppose à la nuit », DXCode, , septembre 2026, p. 30-45.Frédéric Martin, « Trois mers et quatre terres (livre) – Stéphane Charpentier / Damien Daufresne », 5 Rue du, 15 janvier 2026..

Il développe parallèlement des projets collectifs avec des artistes visuels et sonores. Il assure notamment la direction artistique et la conception de Temps Zero et participe à la genèse du groupe Oiseaux-TempêteFabien Ribery, « De la vie stupéfiante : Temps Zero, une expérience photosonore par Stéphane Charpentier, son concepteur, et ses beaux amis », L’Intervalle, 17 février 2019.. Il anime également des ateliers de photographie et de création multimédia« Σεμινάριο εικόνας και ήχου » [« Séminaire image et son »], Εφημερίδα των Συντακτών (EfSyn), 31 mars-1 avril 2018, p. 23..

Œuvre photographique

La photographie argentique en noir et blanc constitue le centre de la pratique de Stéphane Charpentier. Développée sur le temps long, cette œuvre est régulièrement enrichie ; Charpentier en extrait des ensembles destinés à différents projets : livres, publications, expositions et un film photographique évolutif diffusé sous forme de projection-concert.

Son approche plastique accorde une place importante à la matière photographique, au grain et aux contrastes. Son écriture, à la fois introspective et évocatrice, s’éloigne du documentaire traditionnel pour privilégier une approche sensible et poétique, interrogeant les dimensions universelles et existentielles de la condition humaineNew Visions, catalogue de la 21e édition des Encontros da Imagem, Braga, 2011, p. 46-47, « We Never Adopted the Name for Themselves ».Dimitris Kethris, « L’ellipticité mélancolique de l’iconographie de Stéphane Charpentier », Aldebaran, mars 2018.Fabien Ribery, « The Eclipse, une passe magnétique, par Stéphane Charpentier, photographe », L’Intervalle, 16 novembre 2021..

Si cette recherche tend souvent vers une forme d’intemporalité, notamment par l’usage de la photographie argentique, elle porte également un regard sur le monde contemporain, marqué par la solitude, l’aliénation et la perception d’un environnement dystopique et d’un futur incertain. Cette démarche ouvre également sur une dimension métaphysique : les lieux et les paysages tendent à devenir des territoires mentaux, où le rapport au réel se déplace progressivement vers un au-delà symbolique.

Sa méthode de travail associe une prise de vue largement intuitive et sans préméditation, une recherche de photographies individuellement fortes et incisives, et un important travail d’editing. Puisées dans ses archives, les images sont ensuite assemblées par sens, analogies et rythmes afin de construire une narration abstraite et poétique, conçue comme une expérience sensorielle.

Films et créations image-son

Stéphane Charpentier réalise des films d’art expérimentaux et autoproduits, fondés sur l’interaction entre image et son.

Sans recourir à une narration conventionnelle, ses films reposent sur un montage fragmentaire, associant images et sons par des jeux de rythme, de répétition, de contraste et d’analogie. La bande sonore n’y est pas conçue comme un simple accompagnement de l’image : elle participe pleinement à la structure et au déroulement de l’œuvre. Le contenu des images et leur confrontation au réel contribuent également à sa construction narrative. Les relations entre images, sons et réalités représentées créent ainsi une tension dont le sens se révèle progressivement à travers l’expérience visuelle et sonore du spectateur, tout en restant ouvert à sa propre interprétationMichiel Teeuw, « Ik zat een uur voor de installatie van Temps Zero in Noorderlicht en dit is wat ik zag en hoorde », Kunstpunt Groningen, 2 mars 2020..

Radiance (depuis 2006)

Le film photographique Radiance est une œuvre évolutive présentée sous la forme de projections, souvent accompagnées de bandes-son interprétées en direct par l’artiste sonore Alyssa MoxleyJJ Farré, « À l’écoute d’Alyssa Moxley et Stéphane Charpentier : L’œuvre au noir », LIKE, la revue de touslesjourscurieux.fr, , septembre 2025, p. 30-39.. Le dispositif propose ainsi au spectateur une œuvre située à la frontière de la projection photographique, du cinéma expérimental et de la performance.

The Divided Line (2013-2014)

The Divided Line constitue une étape importante dans les recherches de Charpentier autour de l’image et du son. Le projet est initialement conçu comme une installation vidéo et sonore pour les Promenades photographiques de VendômePromenades photographiques de Vendôme, « Être humain ? », programme de l’édition 2013..

Les images tournées en vidéo analogique au cœur de la crise grecque par Stéphane Charpentier sont associées à la musique du groupe Oiseaux-Tempête, initié avec Frédéric D. Oberland. Le film documente les conséquences humaines de la crise et des politiques d’austérité en Grèce à travers une écriture engagée et intense, fondée sur la tension entre images, sons et sens.

Le projet est ensuite diffusé sous la forme d’un film court en split-screen. Il est intégré au programme Athens Now!, consacré à une sélection de films d’art radicaux sur la Grèce contemporaine. Dans ce cadre, il est notamment présenté à la Whitechapel Gallery à Londres, à la New York University et au Liverpool Radical Film Festival.

Rewind (2020)

Rewind est un film expérimental réalisé en 2020 à partir d’images tournées en Grèce entre 2012 et 2020, avec une bande originale composée par Alyssa Moxley et Frédéric D. Oberland. Présenté la même année par l’Institut français de Grèce à Athènes, le film poursuit les recherches de Charpentier sur les relations entre image, son et réalité contemporaine ; son approche est alors rapprochée de certaines formes du cinéma-vérité.

Trois mers et quatre terres (2023-2026)

Trois mers et quatre terres est un film réalisé et monté par Stéphane Charpentier à partir de ses photographies argentiques et de séquences Super 8 de l’artiste Damien Daufresne. La création est présentée au centre photographique Zone i en septembre 2023, puis le montage évolue et s’enrichit au fil des présentations suivantesFrédéric Martin, « Trois mers et quatre terres, un objet protéiforme de Stéphane Charpentier et Damien Daufresne », 9 Lives Magazine, 3 avril 2024.. La dimension sonore est intégrée dès sa conception à travers des performances avec Alyssa Moxley et différents musiciens invités, parmi lesquels Gaspar Claus, Christine Ott, Seb Martel, Mike Cooper et Simon Chevalier.

Conçu comme un voyage poétique et initiatique, le film place l’enfance au centre d’un cheminement qui conduit de la ville vers des espaces naturels où s’effacent progressivement les repères du monde social. L’enfant y apparaît comme une figure universelle de l’imaginaire et de la liberté, confrontée au passage du temps et au devenir adulte. L’œuvre prend ainsi la forme d’une réflexion sur la possibilité d’un monde à réinventer, tout en ouvrant une dimension plus métaphysique sur les rapports entre l’être humain, le temps, la nature et le mondeFabien Ribery, « Une enfant s’en va, par Damien Daufresne et Stéphane Charpentier, photographes », L’Intervalle, 11 novembre 2025..

Autres films

Pieces of Time That We Taped on the Hills (2014) ; Grand Feu (2015) ; The Black Cut (2016).

Temps Zero

Créé à l’initiative de Stéphane Charpentier en 2013, Temps Zero est un projet de création collective réunissant photographes, vidéastes et musiciensKostas Koukoumakas (Κώστας Κουκουμάκας), « Κρυφές Ματιές στη Ζωή Δίπλα μας », VICE Greece, 6 mai 2016.. Le projet associe photographie, image en mouvement et création sonore dans une approche poétique et existentielle, fondée sur le dialogue entre l’image et le son20seconds Magazine, issue 03, 2021, « Temps Zero », portfolio de 16 pages.. Stéphane Charpentier en assure la conception, la direction artistique, le montage, l’organisation et la promotion.

Les principaux événements prennent la forme de projections-concerts réunissant des artistes reconnus et émergents, présentés dans différents pays d’Europe, puis reformulés et adaptés pour chaque projetDiane Smyth, « The Temps Zero experience hits Foto Wien 2019 », British Journal of Photography / 1854 Photography, 18 février 2019.. Dans le livre Eyes Wild Open, la commissaire Laura Serani souligne notamment la dynamique collective de Temps Zero et son dispositif associant la projection photographique sur grand écran à l’émotion de la musique jouée en directLaura Serani, entretien dans Eyes Wild Open : Sur une photographie qui tremble, éditions André Frère, 2018, p. 203.. La compositrice Alyssa Moxley participe aux créations sonores de Temps Zero, en collaboration avec différents musiciens invités.