Constantin de Rhodes (en grec : Κωνσταντῖνος ὁ Ῥόδιος) est un poète, fonctionnaire et diplomate byzantin actif dans la première moitié du . Né probablement dans les années 870 ou 880 à Lindos, sur l'île de Rhodes, il fait carrière à Constantinople sous les règnes de Léon VI le Sage, Alexandre, Constantin VII Porphyrogénète et Romain Ier Lécapène.
D'abord secrétaire de l'influent eunuque Samonas, il devient par la suite clerc impérial et participe en 927 aux négociations qui aboutissent à la paix entre l'Empire byzantin et la Bulgarie. Il est surtout connu pour son œuvre poétique, en particulier une longue Ekphrasis consacrée aux monuments de Constantinople et à l'église des Saints-Apôtres. Son identification avec l'un des copistes et rédacteurs de l’Anthologie palatine, proposée par Alan Cameron, en fait également un témoin important de la transmission de la poésie grecque à l'époque médio-byzantine.
Biographie vignette|Page du manuscrit de Radzivill, version illustrée du de la chronique des temps passés, consacrée à la guerre entre Siméon et Romain. Le deuxième dessin représente les deux hommes se rencontrant alors que les forces bulgares s'approchent de Constantinople. Origines et débuts au service de Samonas
Constantin naît vraisemblablement dans les années 870 ou 880 à Lindos, sur l'île de Rhodes. Une épigramme qu'il compose pour une croix qu'il offre à sa ville natale permet de connaître le nom de ses parents, Jean et Eudocie. Constantin s'y présente comme ayant surpassé ses ancêtres, ce qui pourrait témoigner d'une ascension sociale par rapport à sa famille.
Il apparaît dans les sources vers 909-910, lorsqu'il compose une violente invective contre le diplomate et écrivain Léon Choirosphaktès, alors en disgrâce. Le poème accumule les accusations contre son adversaire dans un registre satirique dont certains procédés rappellent Aristophane. Constantin compose également deux pièces satiriques contre un eunuque nommé Théodore le Paphlagonien, dont l'une prend la forme d'un échange de vers entre les deux hommes.
Vers 911, Constantin est hypographeus, c'est-à-dire secrétaire, ou notarios de l'eunuque Samonas, alors l'un des personnages les plus influents de la cour de Léon VI. Il participe à une intrigue de son protecteur contre l'eunuque Constantin, rival de Samonas dans l'entourage impérial. Sur ordre de ce dernier, Constantin de Rhodes rédige une fausse lettre destinée à compromettre son adversaire. La manœuvre provoque une crise à la cour mais échoue finalement. Sa proximité avec Samonas a conduit à envisager que ses invectives contre Léon Choirosphaktès et Théodore aient elles aussi été composées au service des intérêts de son protecteur.
Entre 908 et 912, il compose également une épigramme à l'occasion du don d'une croix à Lindos. Il s'y présente comme un « fidèle serviteur » de l'empereur Léon VI. La datation repose sur la mention conjointe de Léon VI, de son frère Alexandre et du jeune Constantin VII, associé au trône depuis 908.
Diplomate sous Romain Ier
Constantin poursuit sa carrière après la chute de Samonas et acquiert le titre de basilikos klerikos, ou clerc impérial. Une tradition manuscrite lui attribue également celui d’asekretis, fonctionnaire du secrétariat impérial.
Il joue un rôle dans les négociations qui mettent fin au long conflit opposant l'Empire byzantin à la Bulgarie. Après la mort du tsar Siméon Ier en mai 927, son successeur Pierre Ier et son conseiller Georges font secrètement parvenir à Constantinople une proposition de paix par l'intermédiaire du moine arménien Kalokyris. Romain Ier Lécapène répond en envoyant une ambassade composée du moine Théodose Aboukès et de Constantin de Rhodes. Les deux envoyés se rendent par mer à Mésembrie, où ils rencontrent les représentants bulgares. Ils reviennent ensuite par voie terrestre à Constantinople en compagnie de l'ambassadeur bulgare Étienne.
Ces négociations précèdent la conclusion de la paix entre les deux empires et le mariage de Pierre avec Marie Lécapène, petite-fille de Romain Ier. Elles mettent un terme à plusieurs décennies de conflits byzantino-bulgares et inaugurent une longue période de paix entre les deux États.
La date de la mort de Constantin est inconnue. Il est encore attesté après 931.
Œuvre
Poésie et épigrammes
Plusieurs poèmes de Constantin sont conservés. Outre ses invectives contre Léon Choirosphaktès et Théodore le Paphlagonien, trois de ses épigrammes sont intégrées au livre XV de l’Anthologie grecque. L'une d'elles commémore la croix offerte à Lindos, tandis qu'une autre est consacrée à une icône de la Vierge. Son œuvre témoigne de son insertion dans les milieux lettrés de la cour impériale du début du , où la poésie peut aussi servir les rivalités politiques et personnelles.
Ekphrasis de Constantinople et des Saints-Apôtres
L'œuvre la plus importante de Constantin est une Ekphrasis de 981 dodécasyllabes consacrée aux monuments de Constantinople et à l'église des Saints-Apôtres. Le poème décrit d'abord sept monuments remarquables de la capitale avant de consacrer une longue partie à l'histoire, à l'architecture, au décor de marbre et aux mosaïques des Saints-Apôtres. L’œuvre est adressée à Constantin VII Porphyrogénète, que le poète désigne comme son commanditaire. Constantin affirme à plusieurs reprises avoir entrepris sa description à la demande de l'empereur.
Sa datation demeure cependant discutée. La mention de quatre empereurs dans les vers 22 à 26 conduit à placer sa rédaction sous le règne de Romain , après la mort de son fils Christophe Lécapène en août 931 : le collège impérial est alors constitué de Romain , Constantin VII et des fils de Romain, Étienne et Constantin Lécapène. Selon cette interprétation, le texte est composé entre 931 et 944. Paul Speck considère toutefois les vers mentionnant les quatre empereurs comme une interpolation et propose une composition plus ancienne, entre 913 et 919, pendant la minorité de Constantin VII. Cette proposition est notamment reprise par Marc Lauxtermann.
Le texte conservé présente par ailleurs plusieurs difficultés de composition. Il a pu rester inachevé ou correspondre à une réunion posthume de différentes pièces de Constantin. La partie consacrée aux Saints-Apôtres constitue néanmoins un ensemble relativement cohérent et représente une source importante pour la connaissance de cette église, détruite après la chute de Constantinople.
Anthologie palatine
Alan Cameron propose d'identifier Constantin de Rhodes au scribe J de l’Anthologie palatine, responsable d'ajouts, de corrections et de commentaires dans les manuscrits aujourd'hui conservés sous les cotes Heidelberg, Pal. gr. 23, et Paris, Suppl. gr. 384. Cette identification, largement reprise par la recherche, conduit à avancer la rédaction de cette partie de l’Anthologie palatine vers 930-940, alors qu'elle était auparavant généralement placée dans les dernières décennies du . Elle permet également d'attribuer à Constantin plusieurs annotations marginales, dont certaines témoignent de son activité de critique et de commentateur. L'identification n'est cependant pas unanimement admise. En 2000, Paolo Orsini la remet en cause sur des bases paléographiques, une conclusion à laquelle s'oppose ensuite Lauxtermann.
Notes et références
Bibliographie
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Catégorie:Poète byzantin Catégorie:Écrivain de l'Empire byzantin du IXe siècle Catégorie:Écrivain de l'Empire byzantin du Xe siècle Catégorie:Diplomate de l'Empire byzantin