Henriette Dubois, née le 3 août 1920 à Janville-sur-Juine, Seine-et-Oise et décédée le 4 septembre 2018 à Villeneuve-Loubet, Alpes-Maritimes, pseudonyme de guerre Nelly, Michèle, est une militante communiste et Résistante française des Francs Tireurs et Partisans Français (FTPF).
Originaire d'un milieu modeste, elle grandit entre Nice et Villefranche-sur-mer où elle milite au sein de l'Union des Jeunes filles de France (UJFF) dès l'âge de 16 ans puis au Parti communiste Français à la création du Front Populaire. En 1943, Henriette est recrutée en tant qu'agent de liaison dans les FTPF. Démobilisée en octobre 1944, elle reprend une vie militante en région parisienne en avril 1945. Conseillère municipale d'Epinay-sur-Seine de 1967 à 1971, elle est membre du bureau national de l'Association nationale des anciens combattants et ami(e)s de la Résistance (ANACR) et co-fondatrice du Musée de la Résistance Azuréenne en 1986. Henriette Dubois est décorée de la Légion d'honneur par Henri Rol-Tanguy en 1997 et élevée au rang d'Officier par Cécile Roy-Tanguy en 2012.
Biographie Origines Henriette Dubois est la fille d'Henri-Marie Lelièvre (1859-1937) et de Germaine Marguerite Dubois (1898-1939). Henriette porte le nom de sa mère, son père étant déjà marié avec Jeanne Froment.
C'est son père, Henri Lelièvre, Républicain convaincu, qui lui insuffle très tôt des idées progressistes, à l'origine de son engagement politique. Originaire du Mans, Henri grandit dans la misère à Paris. Chassé de son travail à coups de clé à molette par son patron pour avoir crié « Vive la République ! » en septembre 1870, Henri est livré à lui-même. Il apprend le métier de peintre en lettres avec lequel il finit par apprendre à écrire et lire tout seul. Déserteur au service militaire puis amnistié, le jeune Henri devient franc-maçon, s'instruit tout seul et devint « un homme cultivé avec un tempérament d'artiste » dira Henriette dans ses mémoiresMémoires d'Henriette Dubois En résumé il faut témoigner. Marqué par l'affaire Dreyfus, fervent défenseur de Jaurès, il affichera toujours une sympathie pour les idées communistes sans pour autant y adhérer. De son métier, il se trouva une passion dévorante pour la peinture, la nature et les paysages.
En 1923, Henri déménage à Nice puis en 1925 à Villefranche-sur-Mer où, avec sa famille, ils achètent un bureau de tabacs, rue du Poilu. Henriette a désormais un petit-frère, Jacques (1925-1956, pseudo Matelot, Résistant FTPF). Les deux enfants grandissent alors dans une grande misère. Alors que son frère vagabonde, la petite Henriette obtient son certificat d'études, s'instruit avec son père en lisant l'Humanité. C'est ainsi qu'elle entend parler de l'affaire Dreyfus, du Feu d'Henri Barbusse, du fascisme italien, de la montée du nazisme, de l'affaire Stavisky... À l'âge de 13 ans, sa mère l'amène aux réunions de l'Union des femmes françaises contre la misère et la guerre. En 1935, la détresse familiale est à son comble. Henri est frappé par la maladie d'Alzheimer, les recettes de l'épicerie sont maigres. Gaz et électricité sont coupés, Henriette se débrouille comme elle peut pour continuer sa scolarité, en enchaînant les petits boulots ingrats. Elle obtient son brevet commercial et suit des cours de sténographie.
L'espoir du Front Populaire En juin 1936, à la suite de la victoire du Front Populaire, Henriette participe aux grèves niçoises et rejoint la Jeunesse Communiste qui possède une section à Villefranche-sur-mer. Un mois plus tard, elle voit s'enflammer l'Espagne dans la guerre civile, menée par le général Franco contre la République. Ce sera le début de son long combat antifasciste. En octobre 1936, les premiers volontaires pour les Brigades internationales partent sur le front. Parmi eux, ses camarades comme Honoré Galli, Jojo Fricero et bien d'autres membres des Jeunesses communistes partent combattre en Espagne. C'est à cette occasion qu'elle fait la rencontre de Raoul Gastaud, 20 ans, secrétaire régional des Jeunesses Communistes, qui deviendra en 1940 son mari.
Militante à l'Union des Jeunes filles de France vignette|Henriette Dubois en costume niçois au centre au 9e Congrès des JC à Paris le 11 juillet 1937
Henriette milite activement à l'Union des Jeunes filles de France (UJFF) fondée par Danielle Casanova et Marie-Claude Vaillant-Couturier. Elle est nommée déléguée au Congrès national des Jeunesses communistes du 11 juillet 1937 à Paris. En octobre, son père Henri Lelièvre décède et Raoul Gastaud doit effectuer son service militaire de 2 ans à Modane dans la ligne Maginot. Ce dernier la recommande pour occuper un poste de sténo-dactylo pour le Parti communiste et son journal hebdomadaire local Le cri des travailleurs. Henriette organise alors, entre ses occupations militantes et des petits boulots de subsistance, des réunions en faveur de l'Espagne républicaine. Elle parcourt à vélo toutes les Alpes-Maritimes pour organiser bals, tombolas, collectes de denrées et surtout sensibiliser l'opinion sur les exactions fascistes de l'autre côté des Pyrénées.
Alors qu'elle voit la paix de plus en plus menacée en Europe avec l'annexion de l'Autriche, les accords de Munich sceller le sort de la Tchécoslovaquie, le pacte Ribbentrop-Bonnet, la jeune Henriette redouble d'efforts. Elle tape tracts et distribue journaux. Elle s'occupe également de la correspondance parlementaire du député Virgile Barel. « Hélas, la trahison de Munich fut une ultime étape vers la guerre. Munich une politique de suicide national dictée par un égoïsme de classe qui voyait en Hitler un gendarme contre la classe ouvrière, la démocratie et l'URSS » témoigne Henriette dans ses mémoires. Mars 1939, sa mère Germaine décède. Henriette est livrée à elle-même. Virgile Barel trouve alors un travail et un logement pour son frère de 14 ans. Comme seul entourage proche, Henriette ne possède que ses camarades de lutte. vignette|Henriette Dubois photographiée par le journal L'Humanité au Congrès de Montreuil le 22 mai 1939 Le 22 mai 1939 à Montreuil, elle tient le dernier congrès de l'UJFF, représentant le département des Alpes-Maritimes. « C'est la dernière fois que je vis Danielle Casanova, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Claudine Chomat, Pierre Georges » dira-t-elle. Vêtue de « seyants atouts », la jeune Henriette crie « sa haine farouche de la guerre » devant la foule et les journalistes. La photo ci-contre paraît en dernière page de l'Humanité du 23 mai 1939.
C'est grâce à la « clairvoyance » des articles de Gabriel Péri dans l'Humanité qu'elle a conscience de la guerre imminente, confie-t-elle, dans un département particulièrement en proie au fascisme italien.
Pour Henriette, « l'UJFF constituera un vivier très important de femmes Résistantes, bien souvent agents de liaison FTPF »Vidéo conférence de l'ANACR, 2012, les Femmes dans la Résistance.
La « drôle de guerre »
Le Pacte germano soviétique Le 23 août 1939, le pacte germano soviétique est signé après l'échec constant des négociations menées par l'URSS pour une sécurité collective en Europe face au nazisme résultant, entre autres, de la non application en France du traité franco-soviétique d'assistance mutuelle de 1935. La jeune Henriette témoigne : « Le 27 août, tous les journaux communistes, dont le Cri des travailleurs sont interdits. je mentirais si je ne disais pas que cette nouvelle me plongea dans la plus grande stupéfaction, puis essayant de dépouiller les commentaires hurlants de nos ennemis, je fis appel à la grande confiance que j'avais en l'URSS. À partir de là, connaissant les trahisons de la France et de l'Angleterre face à l'Union soviétique, je compris à travers ce pacte de non-agression que cette dernière cherchait à gagner du temps et je trouvais normal qu'elle se protège, un traité de non agression n'étant pas un traité d'amitié [...] et se fait avec un ennemi potentiel. [...] Autour de moi, il y a eu quelques défections, mais cela ne se limita qu'à deux ou trois. De toute façon, les choses étaient claires, les communistes sont des antifascistes. »
L'entrée en guerre de la France
Le 3 septembre 1939, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne. Les hommes valides du Parti communiste sont mobilisés. Paul Maertens, non mobilisable, secrétaire régional, prend ses dispositions pour cacher préventivement les ronéos et les machines à écrire et pour maintenir le lien avec les camarades non mobilisés afin d'organiser des réunions clandestines. « En l'occurrence, je lui servais de secrétaire et d'agent de liaison. »
Le 26 septembre, la dissolution du Parti communiste est prononcée par Edouard Daladier, président du Conseilhttps://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000853519. Le 27, à 7h du matin, c'est le domicile d'Henriette qui est perquisitionné par la police, au 57 avenue de Pessicard à Nice : « Trois ou quatre inspecteurs, un commissaire de police et une énorme voiture noire découverte. [...] Ils fouillèrent partout, emportèrent ma machine à écrire, des livres, des journaux et ma correspondance avec Raoul Gastaud. [...] Je refusais de monter avec eux et ils acceptèrent que je me rende au commissariat à vélo. Je voulus me rendre au siège du parti, je vis la police déménager par les fenêtres le siège du parti, rue Bavastro. Affolée, je me rendis chez Virgile Barel. Celui-ci m'informa de la dissolution du parti, me convainquit de me rendre au commissariat et qu'il fallait que je m'attende à voir des choses encore plus dures, ce qui eut pour effet d'encourager mes tendances rebelles ! » Le député Virgile Barel est arrêté le 8 octobre 1939. Le parti essaye tant bien que mal de se réorganiser semi-clandestinement. Henriette reçoit alors à ce moment-là une carte postale de Paris avec une vue du Trocadéro avec derrière « Amitiés, Danielle ». Henriette, émue, témoigne : « Danielle Casanova écrivait à ses filles. Ce fut un réconfort extraordinaire. Le parti n'était pas mort. Elle pouvait compter sur nous. »
Henriette reste 3 mois à la disposition de Paul Maertens avant de perdre son contact avant la fin de 1939. En effet, ce dernier conseille alors à tous les membres du parti de couper les liens, notamment avec ses camarades de l'UJFF, Micheline et Marcelle Faraud, amies de longue date d'Henriette. futures Résistantes,
Henriette cherche alors du travail et tente de subsister comme elle peut. Elle fait de la figuration aux Studios de la Victorine dans le film Untel Père et fils, avec Michèle Morgan qu'elle affectionne particulièrement.
Enceinte de Raoul, Henriette se réfugie en Haute-Loire chez sa belle-famille durant l'exode de juin 1940 : « Le retour sur Nice fut difficile. Tout le monde était sur les routes. J'eus l'occasion d'entendre parler de l'appel du 18 juin du Général de Gaulle. »
La France du régime de Vichy et arrestations
Henriette se marie le 3 août 1940 à Nice avec Raoul Gastaud, tout juste démobilisé. l'appareil répressif de Vichy se durcit. La CGT et CFTC sont dissoutes en novembre 1940. Les cadres des Jeunesses communistes sont arrêtés. Face aux restrictions d'alimentation et à l'impossibilité de trouver du travail, le couple part rejoindre Ascros, un petit village des Alpes-Maritimes dans les montagnes de l'Estéron où réside la famille de Raoul. Arrestation de Raoul Gastaud Hélas, le 20 octobre 1940, les gendarmes viennent arrêter Raoul et son père, sans motif, d'après la loi du 3 septembre 1940https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000498666. Ils sont internés avec d'autres militants tels que Jean-Paul Comiti ou Lucien Barrale au camp d'Oraison puis au camp de Saint-Sulpice-la-Pointe en février 1941.