Les rites funéraires des Bààtɔ̃̀bù (Baatombu, peuple bariba du nord du Bénin) sont un ensemble de pratiques rituelles codifiées entourant le décès et l'enterrement, particulièrement développées chez les Baatombu autochtones («chefs de terre»), par opposition à la lignée princière des Wassangari.
Annonce rituelle du décès Selon Jacques Bagoudou, animateur culturel à la retraite et consultant culturel interrogé par le journal Daabaaru, dès la constatation du décès, les femmes âgées de la maison se réunissent pour préparer une pâte volontairement mal cuite ainsi qu'une sauce à base de poulet également mal cuite. Ce repas, considéré comme le dernier repas du défunt, est déposé par une des femmes âgées, accompagnée de jeunes et d'un chasseur, à un embranchement de chemin à l'ouest du village. Un jeune brise ensuite la calebasse contenant la pâte tandis que le chasseur tire un coup de fusil, annonçant ainsi le décès à l'ensemble du village.
Toilette mortuaire et veillée De retour à la maison, le corps est plié par un fossoyeur initié puis installé sur une natte, dans la cuisine familiale qui devient la chambre mortuaire, et recouvert d'un pagne noir. Les femmes âgées, accompagnées de griots et de tambours, viennent y jouer une musique funéraire et chanter les louanges du défunt.
Selon Nan Gniré, une octogénaire de Parakou citée par Daabaaru, chaque personne disposerait, de son vivant, d'une «part d'eau» puisée dans un marigot. À son décès, la benjamine de la famille se rend au marigot pour prélever cette eau dans un canari, qui est ensuite déposée à l'entrée de la chambre mortuaire avec des feuilles de karité.
La tombe et l'enterrement La tombe, creusée par le fossoyeur, suit des proportions rituelles précises : de forme carrée, d'environ une coudée et demie de côté, et d'une profondeur d'1,20 mètre, avec une chambre intérieure destinée à recevoir le corps. Seuls les bois de karité et de néré sont utilisés pour la couvrir.
L'enterrement doit impérativement avoir lieu à 16 heures, le jour même du décès ou, selon les cas, un ou deux jours plus tard à la même heure. Un repas d'igname pilée doit être remis aux fossoyeurs avant la cérémonie ; sans cela, l'enterrement n'a pas lieu.
D'après Souleymane Gbassidé, journaliste culturel cité par Daabaaru, la cérémonie se déroule dans une ambiance de chants et de danses propres aux funérailles. Un coq, considéré comme la monture du défunt pour son voyage, est sacrifié près de la tombe. Le corps, débarrassé de son pagne par un groupe de jeunes formant un cercle autour de lui, est inhumé nu puis recouvert du même tissu à l'intérieur de la tombe. Les proches y déposent une pièce de monnaie destinée, selon la tradition, à permettre au défunt d'acheter de l'eau durant son voyage — pièce revenant en réalité aux fossoyeurs.
La tombe est ensuite refermée avec des branchages de karité, puis la natte ayant servi dans la chambre mortuaire, avant d'être recouverte de sable en forme conique. Les enfants et petits-enfants du défunt dansent alors sur la tombe au son des tambours, afin de tasser le sable.
Deuil et cérémonies ultérieures Une semaine après l'enterrement se tient une cérémonie de deuil appelée Gô Wuroru en baatonum. D'autres cérémonies funéraires collectives ont lieu plusieurs années après le décès, réunissant les familles ayant perdu des proches au cours d'une même période.
Évolution Selon les sources citées par Daabaaru, l'essor des religions importées (christianisme, islam) contribuerait à un abandon progressif de ces rites traditionnels au sein des communautés baatombu.
Sujet connexe: noms de titre et statut social Indépendamment des rites funéraires proprement dits, la chercheuse Wendy Schottman a montré que les Baatombu aspirent, au cours de leur vie, à remplacer leur nom de naissance par un «nom de titre hérité» (gɔɔbiru), correspondant à un statut social et spirituel acquis et conservé jusqu'à la mort.
Références
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