Elvira Boni de Lacerda (Espírito Santo do Pinhal, 1899 - Rio de Janeiro, 1990) est une militante politique et une meneuse de grève brésilienne. Elle se définit elle-même comme la « dame du siècle dernier ».

Après avoir été apprentie dans un atelier de couture dès l'âge de , elle crée son propre atelier. Celui-ci ne lui permettant pas de dégager suffisamment de revenus, elle opte pour l'activité syndicale. Elle fonde, en mai 1919, avec d'autres travailleuses, l'Union des couturières, chapelières et classes associées, à l'issue d'une grève victorieuse. Ce syndicat fait partie du mouvement ouvrier anarchiste, qui dénonce la situation des femmes dans les usines et les ateliers.

En 1920, Elvira Boni préside la tribune du 3e Congrès des travailleurs brésiliens. Elle présente des pièces anarchistes et anticléricales, jouées par des amateurs dans les salles des associations de travailleurs de Rio de Janeiro. Elle prône l'émancipation des femmes dans des revues. Après la cessation d'activité de l'Union, elle s'implique dans « », une organisation communiste internationale assistant les familles de travailleurs persécutés et emprisonnés. Elle crée une association de femmes dans le quartier de Santa Teresa.

Biographie

Jeunesse et formation Elvira Boni naît en 1889 à Espirito Santo do Pinhal. Elle est la fille d'immigrants italiens de Crémone, Angelo Boni et Tercila Aciratti Boni. Ses premiers contacts avec les idées socialistes naissent auprès de son père, qui est métallurgiste, et de ses frères. À l'âge de huit ans, elle part vivre avec sa famille à Rio de Janeiro, dans le quartier de Cordovil. Elvira Boni doit quitter l'école primaire pour s'occuper d'un enfant de la fratrie tombé malade et elle ne poursuit pas ses études.

À cette époque, la couture est l'une des principales activités réalisées à domicile par les femmes qui ont des enfants et qui ont besoin d'un revenu. La mère de Boni utilise d'abord une machine à coudre manuelle importée d'Italie, puis un modèle Singer. Aussi, Boni, à l'âge de , commence-t-elle à travailler comme apprentie dans un atelier de couture et jeune fille, elle coud pour elle et ses sœurs.

Elle grandit dans un milieu familial de tendance libertaire. Son père est attiré par l'anarchisme grâce à des amis, Francisco Carrillo, un cordonnier espagnol et Stefano Guacchi, un italien avec lesquels il lit des journaux italiens. Ils le présentent au « Cercle socialiste Dante Alighieri » fondé à Espirito Santo do Pinhal.

Sa mère, catholique pratiquante, s’intéresse aux idées anarchistes sous l'influence de son mari, qui lui lit des articles anticléricaux. L'un des frères d'Elvira Boni est arrêté pour avoir diffusé le à Rio de Janeiro, raison de son licenciement.

Vie professionnelle et syndicale Lorsque Boni, à l'âge de , devient apprentie dans un atelier de couture sur Rua Uruguaiana, elle ne reçoit pas de salaire. Puis au bout d'un certain temps, elle perçoit par mois. Vers 1911-1912, la journée de travail commence à et se termine à , mais lorsque la charge de travail est trop importante, elle se prolonge jusqu'à ou .

Après avoir suivi plusieurs stages de couture, elle monte un petit atelier. Les faibles revenus générés ne lui permettent pas de rémunérer correctement ses employées. Elle choisit donc de se consacrer uniquement au travail syndical.

En 1909, les idées anarchistes se diffusent et la est fondée dans la capitale fédérale. Très active, celle-ci mène notamment une campagne intitulée « Où est Idalina ? », qui dure deux ans, dénonçant le père Faustino Consoni pour le viol et la mort d'Idalina de Oliveira, une mineure. Au milieu de cette agitation, Elvira Boni entame sa carrière dans le syndicalisme et la vie politique.

Le , à l'issue d'une grève victorieuse, elle fonde, avec Elisa Gonçalves de Oliveira, Carmen Ribeiro, Isabel Peleteiro, Noêmia Lopes, Aida Morais et d'autres ouvrières, l'Union des couturières, chapelières et classes associées. Alors que le mouvement féministe en est encore à ses débuts au Brésil, ce syndicat fait partie du mouvement ouvrier anarchiste, qui dénonce la situation des femmes dans les usines et les ateliers. Les grévistes obtiennent de meilleurs salaires et des journées de travail de . Le Jornal do Brasil titre .

vignette|alt=Photographie noir et blanc d'une salle bondée où les participants regardent la tribune à l'arrière-plan |Elvira Boni à la tribune du 3e Congrès des travailleurs brésiliens En 1920, Elvira Boni préside la tribune du , ainsi que sa séance de clôture, qui a lieu la même année.

L’ouvrière, qui n’a pas pu terminer ses études primaires, a le respect de la classe ouvrière et tient sa place dans les sphères discursives politiques de celle-ci.

Elvira Boni présente des pièces anarchistes et anticléricales, jouées par des groupes d'amateurs sur les scènes des salles des associations de travailleurs de Rio de Janeiro. En 1921, sur la recommandation de José Oiticica, elle rejoint le Comité Pro-Flagelados Russos, qui vient en aide aux populations victimes de la sécheresse en Russie, survenue après la guerre civile. Durant la période 1921-1922, elle collabore au magazine , dirigé par Marques da Costa, un portugais, en se présentant comme la responsable de la publication (un directeur étranger n'est pas autorisé à l'époque). Dans un article du magazine intitulé , Boni raconte le côté à la fois joyeux et triste des personnes qui gravissent l’escalier de Penha à genoux. Elle conclut par la déclaration suivante : .

Elvira Boni écrit également pour le journal à partir de 1912. Dans ses sept textes publiés sa position anticléricale (qui combat l’influence politique, morale ou sociale du clergé), va jusqu’à défendre l’amour libre et le choix des partenaires. Dans son article , d’octobre 1912, elle écrit : .

Avec Noêmia Lopes (également fondatrice de l'Union), elle représente l'Union des couturières et elle en est également la trésorière entre 1919 et 1922. Cette année-là, l'organisation cesse ses activités, en raison de la faible participation des femmes.

En raison des divergences entre les fondateurs du Parti communiste brésilien et les anarchistes, Elvira Boni s'éloigne du mouvement libertaire.

Mariage Lors de sa participation à un groupe de théâtre ouvrier, le , en 1917, Elvira Boni rencontre le marchand Olgier Lacerda, l'un des fondateurs du Parti communiste brésilien (PCB), qu'elle épouse quelque temps plus tard. Bien qu'elle ait été une grande collaboratrice de la cause communiste, Elvira n'a jamais officiellement adhéré au PCB.

Son mariage coïncide avec la cessation d'activité du syndicat des couturières. Elvira retourne travailler à domicile. Outre ses tâches ménagères, elle coud des pantalons et des gilets pour hommes. Entre 1925 et 1929, le couple vit à Rio Grande do Sul. Ils ont deux filles : (actrice brésilienne de théâtre, de cinéma et de télévision) et Zeni Lacerda (danseuse de ballet au Teatro Municipal de Rio de Janeiro). Elvira Boni s'occupe de ses enfants et participe peu aux activités politiques durant cette période. Toutefois, elle s'implique dans « », une organisation communiste internationale qui collecte et achemine des fonds pour les familles de travailleurs persécutés et emprisonnés. En 1938, elle va vivre à Rio de Janeiro, dans le quartier de Santa Teresa. Là, en 1949, elle fonde avec d'autres femmes l'Association des femmes de Santa Teresa, qui effectue un important travail communautaire pour la protection des enfants, et l'amélioration du quartier.

Elle meurt en 1990 à Rio de Janeiro.

Références

Bibliographie

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Féminisme libertaire

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