Douala est la capitale économique et le principal centre d'affaires du Cameroun. Peuplée de d’habitants., elle est l'une des deux plus grandes villes du pays avec la capitale politique Yaoundé. La ville se développe à partir de son port de commerce sur l'estuaire du fleuve Wouri ouvert sur le golfe de Guinée. Chef-lieu de la région du Littoral et du département du Wouri, elle a le statut de communauté urbaine constituée de six communes d'arrondissement.
Douala est une mosaïque des différentes ethnies de toutes les régions du Cameroun.
Géographie vignette|170px|center|Douala. Plan, de peu antérieur à 2013. vignette|170px|center|Douala, ses routes et l'aéroport.Plan de peu antérieur à 2016. Situation Site portuaire situé sur le rivage de l'océan Atlantique, au fond du golfe de Guinée et à l'embouchure du fleuve Wouri, Douala abrite le plus grand port du pays, et l'un des plus importants d'Afrique centrale. La ville s'étend sur les deux rives du fleuve. Depuis , un second pont s'étend sur le fleuve pour en relier les deux rives.
Climat Douala est soumis à un climat tropical de mousson (Köppen: Am, Trewartha: Amha) : il se caractérise par une température à peu près constante, autour de et des précipitations très abondantes, particulièrement pendant la saison des pluies, de juin à octobre. L'air est presque constamment saturé d'humidité : 99 % d'humidité relative en saison des pluies mais 80 % en saison sèche « relative », d'octobre à mai..
Ces précipitations sont à l'origine de fréquentes inondations, qui contribuent en outre au développement de maladies telles que le choléra ou le paludisme. Pour remédier à ces difficultés, un projet de drainage des eaux pluviales et d’aménagement de plusieurs quartiers riverains des drains a été lancé en 2019« L’Ambassadeur visite un projet de drainage pluvial à Douala », Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, 31 mai 2019 .. Ces drains sont des poubelles remplies de plastique et sont peu curées. Ce qui ne ralenti pas les inondations qui paralysent la ville toutes les années depuis 2000.
vignette|alt=Nouveau pont sur le Wouri|Nouveau pont sur le Wouri. vignette|Vue du quartier Bonanjo.
Projets de modernisation (2025-2026) En 2026, la ville de Douala bénéficie du Projet de Valorisation de la Gouvernance Foncière et du Développement Urbain (PVGFD), cofinancé par la Banque mondiale. Ce projet, doté d'une enveloppe globale de 120 milliards de FCFA, inclut la construction de 10 km de drains dans le bassin versant de Bobongo afin de réduire les risques d'inondations dans les arrondissements de Douala III et V.
Toponymie Pour le commun des habitants de Douala, le nom de cette cité est une altération phonétique d’Ewalé, nom de l’ancêtre éponyme des Duala.
Cette version est contestée par Ebélé Wei, qui dans l’ouvrage Paradis tabou, autopsie d’une culture assassinée, professe : « La ville de Douala qui (…) porte officiellement son nom actuel depuis le décret colonial allemand du , le portait déjà rituellement depuis 1578 par la grâce de son fondateur Ewalé quand celui-ci installa son peuple au bord du Wouri, en un lieu qu’il baptisa péremptoirement Madu M’Ewalé ou l’embouchure d’Ewalé (situé entre l’estuaire et le plateau Joss, et plus tard étendu vers l’Aqua Beach, aux alentours de Bonamouti. Madu M’Ewalé progressivement simplifié en Madumwalé, puis en Madumalé, est la forme plurielle de Dul’Ewalé, simplifié en Duwalé qui par la « faute » du génitif A de Duwal’A Mbedi est devenu Duala. Dès lors, l’on peut considérer comme une anecdote ou un simple jeu de mots l’hypothèse situant l’étymologie de Duala à l’exclamation « Dua, Ala! » (« Démarre, vas-y ! ») qui n’a rien à voir avec le débarquement des fils d’Ewalé et encore moins avec le patronyme de l’ancêtre donné au site par voie de baptême »Jean Philémon Megopé Foondé, Douala. Toponymie, histoire et cultures, Yaoundé, Ifrikiya, 2011 ..
Histoire
L'histoire de Douala, comme celle du Cameroun et d'une grande partie de l'Afrique s'est transmise dans l'oralité, elle nous est connue par des témoignages écrits extérieurs, très rares avant le .
Au datation d'après P. Salama, in Histoire générale de l'Afrique, tome 2, , un explorateur carthaginois du nom de Hannon longe les côtes africaines, découvre de hautes montagnes en éruption qu'il nomme, « Char des dieux », puis une baie qu'il appelle « corne du Sud ». Hannon aurait ainsi découvert le mont Cameroun. On doute aujourd'hui que les Carthaginois soient allés aussi loin.
Entre les , certaines communautés (les bakokos et les bassas), auraient résidé à Ngog Lipondo (en bakoko) ou Ngog Lituba (en bassa) avant de descendre jusqu'aux berges du fleuve Wouri dans la région du Littoral.
Au , en 1472, des explorateurs portugais conduits par Fernâo do Po reconnaissent la côte de l'actuel Cameroun. Ils découvrent notamment une grande montagne, puis l'estuaire d'un fleuve doté d'une grande population de crevettes. Ils baptisent la montagne Serra de Fernao do Po et le fleuve Rio dos Camarões (Rivière des crevettes). Ils auraient ainsi reconnu le Mont Cameroun et l'estuaire du Wouri, le fleuve qui traverse Douala.
Les Espagnols arrivent plus tard et délogent les Portugais mais adoptent le nom donné par ces derniers, l'adaptant en espagnol : .
L'historien catholique, Engelbert Mveng situe l'installation du groupe Douala sur les rives du Wouri en 1706Engelbert Mveng, Histoire du Cameroun (chapitre IV), Présence Africaine, 1963. Pour Ebelé Wéi, les Douala, partis du bassin du Congo, s'installent en 1578 non loin de l’estuaireEbelé Wei, Le Paradis tabou, autopsie d'une culture assassinée, Ifrikiya, 1999, et Les éditions du Net, 2023. Les nouveaux arrivants trouvent sur place deux autres peuples, les Bakoko et les Bassa.
L’« estuaire des crevettes » est sans doute le Wouri (dérivé du nom Ewoli/Ewodi), car l'espèce de crevettes dite mbeatoe (Callianassa Turnerana White) remonte l'estuaire tous les trois à cinq ans et envahit le fleuve, phénomène très surprenantManuel d'histoire du Cameroun, infra, ..
Les Portugais s'installent au large, dans l’île de Bioko, qu’ils baptisent Fernando Poo, et délaissent la côte.
Jusqu'au , la plupart des Européens qui viennent au Cameroun sont des commerçants, notamment des Portugais, des Espagnols, des Hollandais, des Français, des Anglais et des Allemands. Ils achètent de l’ivoire, du caoutchouc, des esclaves (…) en échange d’alcool, de produits manufacturés, de poudre (…) aux habitants de la région côtière qui leur servent d'intermédiaires avec l'intérieur du pays. Cette situation dure jusqu’à la colonisation du Cameroun par les Allemands en 1884.
En 1840, l'Anglais Thomas Buxton prend la tête d'une expédition britannique vers les côtes ouest-africaines. Il est accompagné entre autres par le pasteur jamaïcain John Clarke et son compatriote le . Le , l'expédition de T. Buxton fait une escale à Fernando Po (Malabo : ancienne capitale de la Guinée équatoriale). Mais compte tenu des circonstances assez favorables pour leur mission d'évangélisation, l'expédition décide de s'établir sur l'île. De là, le pasteur Clarke et le Prince pénètrent en amont de l'estuaire. C'est ainsi qu'ils établissent les premiers contacts avec les riverains. Les Anglais rebaptisent le Rio de Camarones .
Une fois retournés en Angleterre, Clarke et Prince recrutent pour la prochaine mission africaine. Parmi les recrues, un dessinateur des docks de l'Amirauté de Dovonport, Alfred Saker.
En , arrivé à Fernando Po, Alfred Saker opère sa première conversion en la personne de Thomas Horton Johnson. Ce dernier l'accompagne l'année suivante dans sa première mission de pasteur africain du Béthel à . Le , Alfred Saker et Johnson s'établissent sur les terres de King Akwa, à l'endroit où se trouve aujourd'hui le temple du centenaire, à Douala. Au même moment, Joseph Jackson Fuller arrive à Fernando Po en provenance de la Jamaïque, et apporte vite une contribution décisive à la « Mission Afrique ».
En 1872, se servant des travaux du révérend jamaïcain Joseph Merrick sur la grammaire de la langue Isubu, Alfred Saker traduit les saintes Écritures en langue douala.
Colonisation allemande 260px|vignette|La corvette allemande SMS Olga durant la canonnade de Hickorytown (aujourd'hui Douala) le 21 décembre 1884. Le , un traité de protectorat est signé avec les rois Douala, négocié par le , le représentant de la firme allemande Woermann-Linie..
Le , l'explorateur allemand Gustav Nachtigal, exerçant comme Consul de son pays en Afrique du Nord, débarque dans l'estuaire de pour prendre possession du territoire. Le drapeau de l'Empire allemand est hissé sur , en présence des représentants d'autres communautés douala, comme , et , plus précisément sur le plateau Joss.. La ville, qui compte à peine , devient sous le nom allemand de Kamerunstadt la capitale du pays de 1885 à 1901. 260px|vignette|Jetée du port de Douala (vers 1905). En 1888, Théodor Christaller fonde la première école sur le plateau Joss, sur le site de l'actuel Douala.
Le , par décret du gouverneur allemand, la ville devient Douala. Le nom d'origine, , est transmis à l'ensemble du pays. Par ailleurs, la capitale est transférée à Buéa jusqu'en 1908, date à laquelle elle revient à Douala, pour repartir à Yaoundé en 1910.
En 1905, une pagode est construite à Bonanjo, quartier de la ville, par le roi August Manga Ndoumbe. Il s'agit toujours d'un monument emblématique de la ville : c'est le Palais des rois Bell.
Un différend d'interprétation du traité de 1884 entre les rois Douala Manga Bell (August Manga Ndoumbe, décédé vers 1910), Dika Mpondo Akwa et les autorités allemandes, relatif à des questions foncières ayant entraîné des expropriations, conduit le roi à fomenter des émeutes en 1910. Par la suite, les autorités traditionnelles tentent de soulever le reste du Cameroun contre les autorités allemandes. Le , au terme d'un long procès, le roi du peuple douala, Rudolf Douala Manga Bell, principal instigateur du complot anti-allemand, et son secrétaire Ngosso Din, sont condamnés à mort et pendus..
Colonisation française Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, les troupes alliées envahissent le Cameroun. Le , un détachement français appuyé par des navires britanniques sous les ordres du général Charles Dobell et français prennent la ville. Le corps expéditionnaire franco-britannique l'occupe jusqu'au , date à laquelle les troupes britanniques se retirent. Durant la Première Guerre mondiale, les Français et les Britanniques implantent leur base arrière dans le village de Suellaba, près de Douala. Conquis par les armées britanniques et françaises au cours de la Grande Guerre, le Cameroun allemand est fragmenté à l'issue de celle-ci en un Cameroun britannique et un Cameroun français, dont Douala fait partie.
En 1927, la ligne de chemin de fer du centre relie Douala à Yaoundé. La même année est également construite une halle commerciale au bord de la Besseke, afin de centraliser le commerce et de mieux prélever les taxes.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, les autorités camerounaises restent d'abord fidèles à l'État français. Au cours de la nuit du 25 au , le capitaine Leclerc et ses débarquent dans les marais de Douala et rallient le détachement du capitaine Louis Dio (armée française régulière du Cameroun) à la cause de la France libre Mark Dike DeLancey, Mark W. Delancey, Rebecca Neh Mbuh, Historical Dictionary of the Republic of Cameroon, Rowman & Littlefield, USA, 2019, .. Celui-ci revenait de Fort-Lamy (N'Djamena) avec un détachement de tirailleurs sénégalais.
En , dans la ville, des colons ouvrent le feu sur une manifestation de grévistes la faisant dégénérer en émeute. Les affrontements s'étendent et un avion sera même utilisé pour mitrailler les émeutiers. Officiellement, selon les autorités coloniales, le bilan serait de et mais, selon l'historien Richard Joseph, ce bilan serait très inférieur à la réalité et les morts se compteraient en dizaines..