La chirurgie plastique au Brésil, qu'elle soit réparatrice ou esthétique, constitue un phénomène social, économique et culturel majeur dans le pays. D'abord développée à des fins de reconstruction, la pratique s'est progressivement démocratisée à travers la société à des fins esthétiques. Le Brésil figure parmi les premiers pays consommateurs mondiaux de chirurgie esthétique, occupant notamment la première place mondiale en 2013 avec 1,49 million d'interventions.

Historique et développement L'histoire du Brésil, et plus particulièrement la colonisation du Brésil, voit notamment l'expression d'un eugénisme décomplexé au début du XXe siècle, qui tente d'établir la blanchité comme idéal de beauté, par opposition aux "jambes grassouillettes, le corps gras, et la peau basanée de certaines Brésiliennes". On peut faire remonter les premières opérations de chirurgie esthétique aux années 1930, notamment via le docteur Pirès, qui apparaissait dans certaines émissions de radio, faisant la promotion d'opérations "rapides et sécuritaires" centrées sur la blancheur et la "propreté" de la peau via des techniques similaires à celles de peeling.

À partir des années 1950, le soft power américain de l'après-guerre fait évoluer les mentalités, regardant vers les États-Unis comme symbole de la vie moderne ; la beauté est placée sous le signe du plaisir, et des discours culpabilisants se répandent, poussant les femmes à prendre leur beauté en main par l'achat de produits cosmétiques ainsi qu'une certaine démocratisation de la chirurgie esthétique. En parallèle, se construit un discours social indiquant essentiellement que "les souffrances causées par la laideur ne valent pas la peine d'être vécues". C'est le cas notamment via le docteur Ivo Pitanguy (surnommé le "pape de la chirurgie plastique") qui, lors des années 1950, fait campagne auprès du président Juscelino Kubitschek, arguant que le "droit à la beauté" est un droit humain fondamental ; Pitanguy ouvre par la suite un réseau de cliniques de chirurgie esthétique, notamment certaines dédiées aux plus pauvres, et devient dans les décennies suivantes une véritable célébrité, avec de nombreuses apparitions à la télévision vantant les mérites de la chirurgie esthétique.

L'explosion de la popularité de la chirurgie esthétique commence dans les années 1990, sous l'effet de plusieurs facteurs, dont la sortie du régime de la dictature au Brésil, l'établissement d'une couverture santé universelle dans la nouvelle constitution du pays en 1988, les progrès techniques et de l'augmentation du nombre de publicités dans les médias (notamment sous l'impulsion de Ivo Pitanguy). La chirurgie esthétique devient alors un véritable phénomène de société, avec notamment l'essor de magazines comme "Plastica" ou "Plastica & Beleza" consacrés entièrement à la chirurgie esthétique. Le nombre d'opérations explose, passant de 60 000 opérations en 1990 à 100 000 en 1994, 370 000 en 2004, et 1,49 million en 2013.

Facteurs socioculturels Plusieurs explications sont avancées pour expliquer la popularité des opérations de chirurgie esthétique au Brésil :

Certains avancent qu'au Brésil, pays au climat tropical, la vie en extérieur et sur la plage fait partie de la culture ; les brésiliens seraient ainsi plus à même d'exposer leur corps et de valoriser l'apparence. La culture médiatique a, depuis les années 1980 et les apparitions de Ivo Pitanguy à la télévision, fait la promotion de la chirurgie esthétique jusqu'à être intégrée culturellement ; au début des années 2000, des personnes comme Juliana Borges (Miss Brésil 2001) parlent ouvertement et positivement de leurs opérations de chirurgie esthétique, et vers 2002, l'apparence rajeunie de Marisa Letícia Lula da Silva (épouse de Lula, alors président), obtenue par chirurgie esthétique, est abondamment commentée. Les tabous d'ordre religieux autour de la chirurgie esthétique tendent à s'effacer ou être transigés ; certaines publications évangéliques au tournant des années 2000 avancent même l'argument que les soins de beauté sont une façon de célébrier Dieu et de propager son image plutôt que de représenter une transgression. À mesure que les practiciens de chirurgie esthétique au Brésil deviennent des références mondiales, la chirurgie esthétique devient une particularité brésilienne et un argument de fierté nationale.

Cadre juridique et système de santé La constitution brésilienne de 1988 a proclamé le droit à la santé pour tous, via l'établissement d'un système public de santé universel, le SUS ; à cette époque, environ 30% de la population n'avait aucun accès aux soins. Le système de santé public prend en charge les opérations de chirurgie esthétique reconstructrices, qui représentent une proportion non-négligeable du total selon les statistiques de la Société Brésilienne de Chirurgie Plastique (40% des opérations réalisées en 2013, i.e. environ 500 000), et l'éligibilité s'étend à certaines procédures, comme les chirurgies d'extraction de peau après une perte de poids, que la cour suprême du Brésil déclare comme étant reconstructrice et donc prise en charge par l'assurance santé.

Cependant, certains observateurs avancent que le système souffre de cas où la ligne entre chirurgie esthétique et reconstructrice est floutée pour obtenir l'approbation du régime d'assurance maladie, et certaines cliniques publiques réalisent en réalité 95% de chirurgies purement esthétiques. On avance également l'argument que, le système public cohabitant avec un système privé privilégié par les ménages riches, le fait que les innovations en chirurgie esthétique ont tendance à être testées d'abord dans le système public, les patients pauvres servent de sujets de tests.

Le cadre juridique autour de la chirurgie esthétique au Brésil est plus souple que dans d'autres pays, ce qui selon certains observateurs favorise la créativité et l'expérimentation des chirurgiens brésiliens. Un exemple est par exemple que les implants mammaires en silicone furent autorisés au Brésil en 1993, alors qu'il y eut au même moment un moratoire aux États-Unis, ce qui donna aux chirurgiens brésiliens une certaine avance.

Industrie Le nombre d'interventions passe de 60 000 en 1990 à 100 000 en 1994, 370 000 en 2004, et 1,49 million en 2013, chiffre qui semble relativement stable depuis. On note des bonds liés à certaines technologies, comme une croissance de 75% de l'utilisation de Botox entre 1999 et 2000, ou une croissance de 76% des rhinoplasties entre 2012 et 2013. L'âge moyen des interventions passe de 55 ans en 1980 à 35 ans en 2000 ; les interventions restent quasi-uniquement féminines pendant des décennies (95% en 1994), cependant elles se stabilisent autour de 70% pour les femmes et 30% pour les hommes dans les années 2000. On estime qu'environ 40% des opérations sont des liposuccions, avec les implants mammaires arrivant en deuxième place.

En parallèle de cette croissance, le nombre de professionels de services de beauté passe de 361 000 en 1985 à 675 000 en 1995, puis 1 043 000 en 2003. On comptait 4 000 chirurgiens plasticiens au Brésil en 2006, contre 5 000 aux États-Unis, un développement soutenu par un développement du tourisme médical. Les chirurgiens brésiliens sont reconnus comme étant les meilleurs au monde dans certains domaines, comme les traitements liés au ventre (liposucion) et aux fesses (augmentation par la technique BBL, ou Brazilian Butt Lift), tandis que les chirurgiens européens sont les meilleurs pour les techniques de lifting.

Notes et références

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