Guillaume Rolland, né le à Buffières, hameau de Lacalm (Aveyron), et mort le dans la même commune, est un militaire français, clairon au bataillon de chasseurs d'Orléans, connu sous le surnom de « clairon de Sidi-Brahim » et considéré comme un héros de cette bataille éponyme.

Fils de paysans de l'Aubrac, il est appelé sous les drapeaux en 1842 et sert en Algérie pendant la conquête française. Fait prisonnier lors de la bataille de Sidi-Brahim en septembre 1845, il aurait sonné la charge au lieu de la retraite que lui avait commandée l'émir Abd el-Kader. Évadé en 1846 et fait chevalier de la Légion d'honneur, il mène ensuite une carrière de garde forestier sur l'Aubrac.

Présenté à la fin de sa vie comme le « dernier survivant de Sidi-Brahim », il devient une figure de la tradition des chasseurs à pied. Sa promotion au grade d'officier de la Légion d'honneur en 1913, à 91 ans, donne lieu à Lacalm à une cérémonie qui a un large écho dans la presse nationale. Un buste commandé par l'État en 1947 et un micro-musée entretiennent aujourd'hui sa mémoire dans son village natal.

Biographie

Jeunesse Guillaume Rolland naît le à Buffières, hameau de la commune de Lacalm, sur les confins de l'Aubrac et du Cantal. Lacalm est depuis 2016 une commune déléguée d'Argences-en-Aubrac.

Il est le fils de Jean Rolland, propriétaire, âgé de 45 ans à sa naissance, et d'Anne Sanit, et le cinquième d'une famille de sept enfants. Orphelin de ses deux parents alors qu'il est encore jeune enfant, il est recueilli par un oncle paternel agriculteur. Il partage alors son temps entre l'école, pendant les mois d'hiver, et la garde des troupeaux dans les prairies d'estive, avant de devenir ouvrier agricole.

Il se présente en 1841 au tirage au sort à Laguiole. Désigné pour le service militaire, il refuse, l'offre de son employeur, qui se disait prêt à payer pour lui procurer un remplaçant.

Au 8 bataillon de chasseurs d'Orléans Il est incorporé le , à 20 ans, au bataillon de chasseurs d'Orléans, qui tient alors garnison à Grenoble. Il fait partie du détachement de trois cents hommes qui embarque à Toulon le pour renforcer l'armée d'Afrique ; débarqué six jours plus tard à Oran, le détachement est dirigé sur Tlemcen. Selon l'historique de l'unité, ces conscrits du dépôt de Grenoble, arrivés en décembre 1842, s'aguerrissent en moins d'un mois. Affecté à la musique du bataillon, il y devient clairon, puis clairon de première classe. vignette|209x209px|Insigne du 8e Bataillon de Chasseurs Le bataillon participe de 1842 à 1845 aux colonnes menées dans l'Oranais contre les troupes d'Abd el-Kader, sous l'autorité du gouverneur général Bugeaud. Selon La Semaine religieuse du diocèse d'Alby, Rolland prend part en 1844 à la bataille d'Isly. Après cette bataille, le bataillon stationne à Lalla-Maghnia, et Rolland est employé, comme auparavant à Tlemcen, à divers travaux d'utilité publique, avant d'être versé dans la colonne du lieutenant-colonel de Montagnac, à Djemaa-Ghazaouet.

Sidi-Brahim

Les combats et la capture Le , le lieutenant-colonel Lucien de Montagnac, commandant le poste de Djemaa-Ghazaouet, en sort avec environ 420 hommes, dont plusieurs compagnies du bataillon de chasseurs et un escadron du 2e régiment de hussards, pour porter secours à une tribu menacée par l'émir. La colonne tombe le dans une embuscade tendue par les troupes d'Abd el-Kader, très supérieures en nombre ; Montagnac est tué et la plus grande partie du détachement est anéantie ou capturée.

Environ 80 chasseurs, sous le commandement du capitaine de Géreaux, se retranchent dans la koubba du marabout de Sidi-Brahim, où ils résistent pendant trois jours, privés d'eau. Le , ils tentent une sortie pour rejoindre Djemaa-Ghazaouet ; seuls une quinzaine de chasseurs et de hussards, conduits par le caporal Lavayssière, parviennent à atteindre la ville.

D'après le témoignage qu'il adresse plus tard au lieutenant Paul Azan, Rolland se trouve au camp avec les réserves lorsque l'engagement commence. Il accompagne le commandant Froment-Coste et le sergent-clairon Saint-Martin, partis au secours de Montagnac, avant d'être pris dans les combats.Clairon à la compagnie du bataillon, il est fait prisonnier le , blessé d'un coup de feu à la jambe gauche, d'un coup de yatagan au pied droit et d'un coup de poignard à la joue droite.

L'épisode de la sonnerie Selon la tradition, alors que les carabiniers de Géreaux résistent dans le marabout, l'émir ordonne à Rolland de sonner la retraite afin de décourager les derniers combattants ; Rolland sonne au contraire la charge, au péril de sa vie. C'est à cet épisode qu'il doit son surnom de « clairon de Sidi-Brahim ». En 1913, L'Illustration légende encore sa photographie par la formule « Celui qui sonna la charge de Sidi-Brahim ».

Le récit qu'en fait Rolland lui-même, en 1913, dans un entretien accordé au magazine Lecture pour tous, diffère sur plusieurs points des versions répandues. L'émir ne lui ordonne pas d'emblée de sonner la retraite. Il lui demande s'il connaît une sonnerie propre à faire cesser le combat, et c'est Rolland qui répond qu'il existe la retraite. Sommé alors de l'exécuter, il sonne la charge. Constatant qu'elle reste sans effet, Abd el-Kader se borne à observer que les Français se battront jusqu'au dernier. vignette|315x315px|L'émir algérien Abdelkader ibn Muhieddine ou Abd el-Kader Le reportage que publie Le Matin en 1909, après l'avoir rencontré à Lacalm, concorde sur ce point : l'émir s'enquiert par un interprète de l'existence, chez les Français, de sonneries qui font cesser le combat, et Rolland lui répond par l'affirmative avant de recevoir l'ordre de sonner la retraite. Le récit publié en 1913 par la presse catholique du Midi, d'après L'Express du Midi, rapporte le même dialogue. Le Chasseur à pied, organe de l'arme, écrit la même année que l'émir ordonne au clairon blessé de sonner « le signal de la cessation du combat et la retraite ». En 1914, Driant rapporte qu'à ceux qui lui faisaient remarquer le danger qu'il avait couru, Rolland répondait simplement qu'Abd el-Kader ne connaissait probablement pas la différence entre la charge et la retraite.

Un article publié en 1911 dans Le Quercy à Paris, d'après le témoignage d'un instituteur du Cantal qui connaissait Rolland, en donne une autre version. Rolland, blessé, est lié dans la tente de l'émir. Abd el-Kader lui fait transmettre l'ordre de sonner le cessez-le-feu et fait lui-même cesser le tir de ses troupes ; le feu s'arrête aussi du côté du marabout, mais Rolland sonne la charge et les assiégés reprennent le combat. L'émir lui laisse néanmoins la vie sauve. Captivité et évasion Rolland reste sept mois prisonnier des troupes de l'émir, dans la deïra, le camp mobile d'Abd el-Kader établi en territoire marocain, sur les bords de la Moulouya. Selon son récit de 1846, la deïra compte alors une centaine de tentes et une centaine de cavaliers réguliers ; les troupes de l'émir, payées en billets frappés de son sceau, que les tribus marocaines refusent en échange de grains, sont tentées par la désertion. Les chefs marocains qui le détiennent s'amusent à lui faire jouer de son clairon ; il raconte qu'un jour, profitant d'un moment favorable, il crève l'instrument d'un coup de pied et le jette dans les broussailles.

Dans la nuit du , les prisonniers français détenus dans la deïra sont massacrés ; Rolland est l'un des rares à en réchapper. Son témoignage, transmis par le général Lamoricière, est celui sur lequel le Moniteur algérien, journal officiel de la colonie, s'appuie pour confirmer le massacre ; il est repris par la presse métropolitaine au début de juin 1846. Selon lui, Abd el-Kader aurait donné à son khalifa Ben Tami l'ordre de se débarrasser des prisonniers, que celui-ci aurait d'abord hésité à exécuter. Le Moniteur algérien rattache cet ordre à la dissolution en cours de la deïra, et précise que l'exécution fut précédée de la rumeur, répandue parmi ses occupants, que les musulmans détenus en France venaient d'être égorgés. Les officiers et sous-officiers, invités à une fête, sont séparés de leurs hommes, et les autres prisonniers répartis par groupes de six sous des tentes. Rolland, qui a trouvé quelques jours plus tôt un couteau au bord de la Moulouya, est de garde la première nuit. Vers onze heures du soir, les Arabes se jettent sur les tentes ; les prisonniers se forment en carré et se défendent avec des pierres et des montants de tente, avant d'être fusillés ou brûlés. Rolland se fait jour en frappant de son couteau, traverse la Moulouya à la nage sous les balles et, après trois jours d'errance, est recueilli par un homme de la tribu des Beni Snassen ; les chefs de la tribu, après avoir songé à le tuer, le font conduire au poste de Lalla-Maghnia.

Il y est remis le ; il est le seul des prisonniers de la deïra que la colonne lancée par Cavaignac vers la Moulouya parvient à recueillir. Il gagne ensuite Tlemcen. Le général Cavaignac, qui commande la subdivision, le fait appeler. Faute de pouvoir le nommer officier, il le propose pour la croix et ordonne qu'on lui rende des honneurs exceptionnels : assis sur un affût de canon, Rolland est conduit trois fois autour du camp devant les troupes qui présentent les armes. Il dira de ce jour qu'il fut « le plus beau de [sa] vie ».

Le Matin en 1909 et Le Quercy à Paris en 1911 rattachent au contraire ces honneurs à un fait d'armes postérieur à sa captivité : Rolland, seul, se serait jeté sur un petit groupe d'Arabes vêtus d'effets pris sur des soldats français tués, et aurait rapporté quinze fusils à Cavaignac. Selon Le Matin, le général, ne pouvant récompenser autrement un soldat déjà chevalier depuis quelques jours, lui aurait alors décerné ces honneurs. Une troisième version, publiée en 1913, place l'exploit près de Djemaa-Ghazaouet : reparti en colonne à sa demande pour venger ses camarades, Rolland aurait sauté du haut d'une falaise au milieu d'Arabes qui s'y étaient réfugiés, avant d'être promené sur un affût de canon devant la garnison de Tlemcen.

En juin 1846, la presse annonce que Cavaignac a proposé Rolland pour la croix de la Légion d'honneur, en rappelant que c'est par sa présence d'esprit et son courage, et malgré plusieurs blessures, que ce soldat est parvenu à échapper au massacre du 27 avril. Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur par ordonnance royale du , avec la qualité de clairon de première classe au bataillon de chasseurs d'Orléans. Un nouveau clairon lui est remis à Tlemcen ; il le conserve, et l'instrument se trouve en 1913 à l'église de Lacalm. Catholique fervent, Rolland attribue à la Vierge sa survie dans les dangers courus en Afrique ; l'église de Lacalm conserve en 1900 un cadre contenant sa croix de la Légion d'honneur, avec la dédicace « Le clairon Rolland à la Reine des Victoires ». En 1913, il indique avoir offert à Notre-Dame des Victoires ce clairon, sa croix et sa médaille forestière. C'est vraisemblablement ce cadre commémoratif, contenant le clairon, ses médailles et sa photographie, que décrit l'Inventaire général en 2004. Retour à la vie civile Après avoir passé l'année 1848 en garnison à Toulouse, Rolland est libéré du service le , au terme de campagnes accomplies en Afrique de 1842 à 1847. Revenu à Lacalm, il y devient facteur rural le . Le , il épouse à Lacalm Anne Vincent.