Le siège de Gangra se déroule en 1135, au cours d'une campagne de l'empereur byzantin Jean II Comnène en Paphlagonie. Après l'échec d'une attaque contre la ville en 1134, l'empereur revient dans la région, reprend Kastamon et s'empare de Gangra, l'actuelle Çankırı. Selon le poète Théodore Prodrome, la défense de la ville est dirigée par la veuve de son ancien maître. Les récits du siège diffèrent sur les circonstances de la reddition, mais s'accordent sur la victoire byzantine. Jean II installe une garnison dans la ville avant de rentrer à Constantinople.

Contexte

Au début des années 1130, Jean II mène plusieurs campagnes pour rétablir l'autorité byzantine en Paphlagonie, où la possession de Kastamon et de Gangra est disputée aux Danichmendides. Kastamon, reprise une première fois par l'empereur, retombe aux mains de Ghazi Gümüshtigin. La mort de ce dernier, en septembre 1134, déclenche une lutte entre ses fils et offre à Jean II une nouvelle occasion d'intervenir.

Lors de sa campagne de 1134, Jean II obtient l'appui du sultan seldjoukide Mas`ûd Ier. Celui-ci se rallie toutefois à Mohammed, fils de Ghazi, et ses troupes quittent de nuit le camp byzantin devant Gangra. L'empereur attaque alors la citadelle, mais échoue à la prendre. Il passe l'hiver à Lopadion, en Bithynie, avant de reprendre sa campagne. Le maintien de l'armée à Lopadion provoque des difficultés d'approvisionnement, probablement parce que Jean avait initialement prévu de disperser ses troupes ou de les faire hiverner dans les territoires conquis. Cinnamus attribue la décision de poursuivre l'attaque à des moines qui auraient encouragé l'empereur à faire preuve de fermeté, tandis que Choniatès se contente d'admettre que les Byzantins obtiennent peu de résultats. Ces récits divergents ne permettent pas de déterminer le rôle réel de ces conseillers, mais ils témoignent de l'échec de la campagne de 1134.

La campagne de 1135

Jean II retourne en Paphlagonie en 1135. Kastamon repasse sous son contrôle avant que l'armée impériale ne marche sur Gangra. Les sources divergent sur la reprise de Kastamon : Jean Kinnamos écrit qu'elle intervient « par accord », tandis que Prodrome décrit trois jours d'attaque à l'aide de machines de siège avant l'ouverture des portes.

À Gangra, les défenseurs attendent des secours turcs, selon Kinnamos. Nicétas Choniatès rapporte que l'empereur commence par prendre le contrôle des environs avant d'établir son camp. Le poème de Prodrome évoque lui aussi des opérations byzantines dans la campagne alentour.

Le siège

L'attaque de la ville

D'après Choniatès, Jean II fait d'abord attaquer la citadelle. Sa position élevée et la résistance des défenseurs empêchent les Byzantins d'y progresser. L'empereur fait alors diriger les tirs de ses machines de siège vers les maisons visibles depuis les hauteurs occupées par son armée. Le bombardement tue des habitants et rend dangereux tant les déplacements dans les rues que le séjour dans les maisons.

Prodrome décrit la prise de la ville basse, suivie d'une attaque contre les murailles de la citadelle et les habitations. Son récit rejoint ainsi celui de Choniatès sur l'emploi des machines de siège contre des bâtiments civils. Lau relève toutefois que la description de Prodrome appartient à un poème destiné à célébrer l'empereur : ses images et ses discours ne peuvent être lus comme un compte rendu littéral de chaque étape du siège.

La dirigeante de Gangra

La femme qui dirige la défense n'est connue que par le poème de Prodrome. Celui-ci la présente comme la veuve de l'ancien maître de Gangra, identifié par Lau à l'émir Alp Arslan, capturé lors d'une campagne précédente de Jean II puis mort avant le siège de 1135. Le poète ne donne ni le nom de cette femme ni un titre équivalant précisément à celui d'« émire ». Lau emploie ce dernier terme pour la désigner dans son étude.

Dans le poème, elle repousse la demande de reddition transmise par les envoyés de l'empereur. Prodrome lui prête un discours dans lequel elle affirme sa volonté de combattre, invoque la solidité de la citadelle et laisse entendre qu'elle dispose d'alliés. Lau envisage que cette dernière allusion puisse rappeler le revirement de Mas`ûd lors de la campagne précédente, sans considérer cette interprétation comme certaine.

Prodrome la dépeint à la fois comme une adversaire dangereuse et comme une dirigeante capable de défendre les siens. Dans la suite du récit, elle charge un homme d'approcher Jean II sous une fausse identité pour le tuer avec une lame empoisonnée. Une flèche atteint toutefois cet homme avant qu'il ne quitte la citadelle. Cet épisode, absent des récits de Kinnamos et de Choniatès, ne peut être corroboré indépendamment.

La reddition

La ville finit par se rendre. Selon Kinnamos, ses défenseurs perdent l'espoir d'être secourus lorsqu'ils apprennent que les forces turques attendues se sont dispersées. Choniatès associe la reddition au bombardement et à la mort du maître de Gangra. Pour Lau, ces récits ne sont pas nécessairement incompatibles : ils peuvent retenir différents facteurs ayant conduit les défenseurs à capituler.

Chez Prodrome, la dirigeante décide de se soumettre afin de sauver les habitants. Elle ordonne aux hommes de manifester leur reddition, puis se prosterne en armes devant le cheval de Jean II. Le poème ne précise pas ce qu'elle devient après la prise de la ville.

Conséquences

Jean II installe à Gangra une garnison de , d'après Choniatès, puis revient à Constantinople vers la fin de l'année 1135. Cet effectif témoigne de l'importance accordée par l'empereur à la défense de cette place frontalière.

La conquête contribue au rétablissement de l'autorité byzantine en Paphlagonie, mais Gangra retombe ultérieurement aux mains des Turcs. La date et les circonstances de cette nouvelle perte ne sont pas précisées par Choniatès. Lau souligne que l'essentiel de la Paphlagonie demeure néanmoins sous autorité impériale pendant le règne de Manuel Ier Comnène.

Sources et interprétations

Le siège est raconté par Kinnamos et Choniatès, qui écrivent après les événements, ainsi que par Prodrome dans un poème composé peu après la campagne. Ce dernier texte est destiné à présenter les exploits de Jean II à un public constantinopolitain. Il apporte des détails absents des autres récits, mais répond également à un objectif de célébration politique.

Lau relève notamment que le poème oppose deux figures féminines : la Vierge Marie, à laquelle Jean II adresse une prière pendant le siège, et la dirigeante de Gangra. Celle-ci est représentée comme une ennemie de l'empereur, tout en recevant des qualités de courage et de commandement qui rendent sa victoire plus remarquable. Lau propose plusieurs lectures possibles de ce portrait, touchant à la politique byzantine envers les dirigeants musulmans, aux traditions littéraires de femmes guerrières et aux références classiques de Prodrome. Il présente ces rapprochements comme des interprétations du poème, sans pouvoir établir le sort ultérieur de la dirigeante de Gangra.

Notes et références

Bibliographie

Voir notamment le chapitre 7, « Betrayal and Conquest in Anatolia ».

Catégorie:Siège impliquant l'Empire byzantin Catégorie:Bataille de 1135 Catégorie:Jean II Comnène