Le meurtre de Federico Martín Aramburú est une affaire criminelle française : l'ancien joueur international argentin de rugby à XV Federico Martín Aramburú est tué par balles le sur le boulevard Saint-Germain, à Paris, à la suite d'une altercation survenue dans un café du quartier Saint-Germain-des-Prés avec deux militants d'extrême droite, Loïk Le Priol et Romain Bouvier.
Jugé du 7 au par la cour d'assises de Paris, Loïk Le Priol est condamné à vingt-six ans de réclusion criminelle pour meurtre et Romain Bouvier à dix-neuf ans pour tentative de meurtre, la cour ayant écarté la préméditation. Lyson Rochemir, alors compagne de Le Priol, et Antony Sorrentino, un ami de Bouvier, sont condamnés à des peines assorties en tout ou partie du sursis...
Victime
Federico Martín Aramburú, né le à La Plata, en Argentine, est un ancien joueur international argentin de rugby à XV. Il compte 22 sélections avec l'équipe d'Argentine et a notamment évolué dans plusieurs clubs français, dont le Biarritz olympique Pays basque et l'USA Perpignan.
Au moment des faits, il séjourne à Paris avec Shaun Hegarty, avec lequel il entreprend des activités professionnelles. Il est marié et père de trois enfants..
Accusés Loïk Le Priol et Romain Bouvier sont d'anciens membres du Groupe union défense (GUD), une organisation étudiante d'extrême droite radicale connue pour ses actions violentes. Ils ont été condamnés ensemble dans l'affaire Édouard Klein, l'agression en d'un ancien président du GUD.. Selon Mediapart, tous deux font l'objet d'une fiche S en tant que . et ont gravité pendant plusieurs années autour d'un cercle d'amis proches de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, de responsables du Front national de la jeunesse et de militants du GUD.
Loïk Le Priol
Loïk Le Priol est un ancien commando marine, radié de l’armée en 2017, issu d’une famille d’extrême droite. Il a déjà fait l'objet de quatre condamnations et a été impliqué dans de nombreux faits de violence. Il a fondé la marque de vêtements identitaires Babtou solide, pour laquelle ont notamment posé Julien Rochedy et Jean-Eudes Gannat..
Romain Bouvier Romain Bouvier, né en 1991, est fils unique de Janine Bonaggiunta, avocate pénaliste connue pour sa défense des victimes de violences conjugales. Non reconnu par son père biologique, il porte le nom du mari de sa mère, un ancien membre du GUD, mort après la séparation du couple.. Il grandit dans le de Paris et étudie le droit à l’université Paris-Panthéon-Assas, comme sa mère.. Avec des camarades d'Assas, il anime un club d'anarchistes de droite baptisé du nom de l'écrivain Roger Nimier.
Il affirme n'avoir été membre du GUD que six mois, sur les traces de son père, et surtout par amitié pour Le Priol et Édouard Klein ; il récuse toute adhésion idéologique à l'ultradroite. Dans l'affaire Édouard Klein, la victime le décrit comme . Il a fait l'objet de deux condamnations.
Lyson Rochemir Lyson Rochemir est la compagne de Loïk Le Priol au moment des faits ; c'est elle qui conduit la Jeep dans laquelle circulent les deux tireurs. À l'audience, elle décrit une relation marquée par la violence de son compagnon, qui vivait selon elle dans et l'avait déjà giflée ; elle se présente comme celle qui . Les images de vidéosurveillance de la terrasse du Mabillon montrent Le Priol, quelques minutes avant les faits, passer un couteau sur la joue et la gorge de sa compagne, dans ce qui apparaît comme un jeu entre eux.. Ses parents qualifient cette relation de et dénoncent de Le Priol.
Antony Sorrentino Antony Sorrentino, né en 1989, a fréquenté le GUD, un engagement qui n'aurait duré selon lui que six mois, pendant ses études..
Déroulement des faits Au café Mabillon Dans la nuit du 18 au ., Loïk Le Priol et Romain Bouvier, alors placés sous contrôle judiciaire dans l'affaire Édouard Klein et à ce titre interdits de se fréquenter, s'installent à la terrasse du café Mabillon, dans le arrondissement de Paris, un établissement qu'ils fréquentent régulièrement, après une soirée déjà très arrosée. Lyson Rochemir les y rejoint..
Shaun Hegarty et Federico Martín Aramburú, qui achèvent eux aussi une soirée arrosée, s'installent à une table voisine. Associés dans une agence de voyages, les deux anciens rugbymen sont à Paris pour assister le soir même au match France-Angleterre du tournoi des Six Nations.
Altercations Un client ivre venu demander une cigarette est éconduit et moqué par Le Priol ; Aramburú lui fait remarquer que ce n’est pas une façon de traiter les gens. Le Priol interroge alors les rugbymen sur leurs origines. Hegarty répond qu'il est néo-zélandais et basque, et son ami argentin ; Bouvier réplique, en désignant le sol : . Le ton monte lorsque Hegarty traite Le Priol de : celui-ci le prend par le cou et lui assène plusieurs petites claques sur la joue, en lui glissant selon un témoin qu'il allait le . Un serveur s'interpose.
Vers 6 heures, à la fermeture, Aramburú passe derrière Le Priol, l’attrape par la capuche et le fait chuter. Une bagarre éclate entre les quatre hommes, séparés par les vigiles et les serveurs ; Le Priol a le visage en sang. Les rugbymen quittent les lieux vers 6 h 05. Retenu par le personnel, Le Priol exhibe un brassard « police » et un revolver, qu'il aurait alors chargé , et répète qu'il va ..
Tirs Le Priol part à pied à la poursuite des rugbymen, qui ont fait halte dans un hôtel pour demander des glaçons. À leur sortie, la Jeep conduite par Lyson Rochemir, à bord de laquelle se trouve Bouvier, s’arrête à leur hauteur. Bouvier descend ; alors qu'Aramburú s'avance vers lui, il fait feu à quatre reprises, vidant son chargeur. Deux balles atteignent Aramburú, la dernière dans le dos. Rochemir quitte les lieux au volant et Bouvier s'enfuit à pied.
Quelques secondes plus tard, Le Priol, qui a entendu les détonations, arrive en courant. Une empoignade l'oppose à Aramburú, et Hegarty le frappe avec son sac de glaçons. Le Priol tire alors à six reprises dans le dos d'Aramburú, qu'il atteint de quatre balles, avant de s'enfuir à son tour à pied. L'une des balles perfore le poumon gauche, le rein droit et le foie ; les autres se logent dans la cuisse, le dos et les épaules. Malgré l’intervention du SAMU., Aramburú meurt vers 6 h 45.
Fuite et arrestations Romain Bouvier rejoint en taxi le domicile de sa mère, puis contacte Antony Sorrentino par la messagerie chiffrée Threema et lui demande de se débarrasser de son arme, jetée dans le bassin de la Courance à Maurepas. Dans l'après-midi, Sorrentino le conduit dans la Sarthe, où Bouvier est arrêté le . Il comptait se rendre à l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes pour se confesser avant de se livrer.
Loïk Le Priol gagne Draguignan en train sous une fausse identité. Visé par une notice rouge, il est interpellé dans la nuit du 22 au par des douaniers à Záhony, en Hongrie, alors qu'il tente de passer en Ukraine avec un gilet pare-balles, des couteaux et des casques militaires ; il déclare vouloir y combattre. Remis aux autorités françaises, il est mis en examen pour assassinat et placé en détention provisoire le .
Lyson Rochemir est interpellée le et mise en examen pour complicité d'assassinat.. Selon l'enquête, elle a échangé avec Le Priol après les faits et retiré la carte SIM d'un téléphone qu'il lui avait confié. Elle est remise en liberté sous contrôle judiciaire en , après neuf mois de détention provisoire..
En , Le Priol et Bouvier, alors détenus, sont condamnés dans l'affaire Édouard Klein ; l'altération du discernement est retenue pour Le Priol.
Enquête Saisie par le parquet de Paris, la brigade criminelle identifie rapidement les suspects, trois militants d’extrême droite, grâce aux témoignages et aux images de vidéosurveillance.. Les témoins décrivent un Le Priol provocateur, se comportant , que sa compagne tentait de calmer. Le responsable de nuit du Mabillon rapporte qu'un autre soir, les deux hommes s'étaient moqués de l'accent de clients étrangers. L'enquête établit que ce sont les tirs de Le Priol qui ont causé les blessures mortelles..
Au domicile de Bouvier, les enquêteurs saisissent des gilets pare-balles et une quinzaine d’armes de collection ; entre 2018 et 2022, il a dépensé en armes et munitions, grâce à l'héritage de sa grand-mère. Sa bibliothèque mêle littérature classique, histoire et droit à des ouvrages consacrés au GUD et au nazisme, dont une édition originale de Mein Kampf ; une statuette d'Adolf Hitler est également découverte.. Son ordinateur contient l’ébauche d’un roman aux propos racistes et misogynes, dont le héros se rêve en . Bouvier se défend en affirmant posséder .
En 2023, pendant sa détention provisoire, Le Priol est entendu par un surveillant se vanter au téléphone : .
Procédure En , les juges d'instruction ordonnent le renvoi de Loïk Le Priol pour assassinat et de Romain Bouvier pour tentative d'assassinat devant la cour d'assises de Paris, la préméditation reposant sur la poursuite des victimes et le retour sur les lieux de l'altercation.. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris écarte la légitime défense invoquée par Le Priol, faute de concomitance avec l'agression subie et en raison de sa fuite à l'étranger, et retient la préméditation au vu de la poursuite armée. Elle relève que .
Après la cassation d'un arrêt de la chambre de l'instruction en raison de contradictions dans les qualifications retenues., la cour d'appel de Paris confirme en le renvoi des accusés devant la cour d'assises.. Lyson Rochemir est renvoyée pour complicité de tentative d'assassinat et Antony Sorrentino pour avoir aidé Romain Bouvier après les faits.
Procès Le procès s'ouvre le devant la cour d'assises de Paris. Le Priol est jugé pour assassinat, Bouvier pour tentative d’assassinat, Rochemir pour complicité de tentative d’assassinat, et Sorrentino pour recel de malfaiteur et destruction de preuves. Les trois premiers encourent la réclusion criminelle à perpétuité, Sorrentino trois ans d'emprisonnement.
Les deux tireurs reconnaissent les tirs mais contestent l'intention homicide ; Le Priol invoque la légitime défense... Lyson Rochemir conteste avoir eu connaissance d'un projet criminel. Les accusés expliquent être sortis armés par crainte d'une vengeance du père d'Édouard Klein. À la barre, la brigade criminelle qualifie les faits de et d', tandis que les parties civiles dénoncent une .
Parmi les témoins, la défense de Le Priol fait citer comme témoin de moralité un ancien codétenu de Fleury-Mérogis ; Mediapart révèle qu'il a été condamné pour association de malfaiteurs terroriste après avoir fait allégeance au groupe néonazi américain Division Atomwaffen.. Pendant le procès, Lyson Rochemir porte plainte pour tentative d'intimidation après avoir découvert devant sa porte un croquis de la scène de crime et des graffitis.
Réquisitions et verdict L'avocat général requiert vingt-sept ans de réclusion contre Le Priol, vingt ans contre Bouvier, trois ans dont un avec sursis contre Rochemir et deux ans avec sursis contre Sorrentino..
Le , la cour condamne Loïk Le Priol à vingt-six ans de réclusion criminelle pour meurtre et Romain Bouvier à dix-neuf ans pour tentative de meurtre. Elle écarte la préméditation, l'intervalle entre la bagarre et les tirs ayant été jugé trop court pour que les accusés aient pu se concerter, ainsi que la légitime défense, Le Priol ayant tiré . Pour fixer la peine de Le Priol, la cour retient sa et qu'il défendait, mais aussi le travail psychologique effectué en détention et les regrets exprimés. Le président conclut que la victime a été celle de . Lyson Rochemir est condamnée à trois ans d'emprisonnement dont trente mois avec sursis pour dissimulation de preuves, et Antony Sorrentino à trois ans avec sursis. Les condamnés disposent de dix jours pour faire appel..
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