La peinture allégorique représentant deux dames, de l'école anglaise, exposée depuis 2024 au musée Compton Verney sous le titre Two Women Wearing Cosmetic Patches (c.1655) (« Deux femmes portant des mouches cosmétiques (env. 1655) »), est une peinture anglaise du réalisée dans les années 1650 par un artiste inconnu et considérée comme une allégorie.
Elle dépeint en buste, côte à côte, une femme noire et une femme blanche aux visages ornés de mouches de diverses formes et comporte un court texte moralisateur écrit sur le fond du tableau. Ce type de représentation est considéré comme inhabituel pour son époque.
Description Le tableau représente deux femmes, l'une est noire et l'autre blanche, assises côte à côte, le visage orné de mouches. Ce tableau est inhabituel pour l'époque en ce qu'il représente les modèles comme égaux.., arborant des tenues, un maquillage, une coiffure et des bijoux similaires. L'œuvre, créée aux alentours de 1650, n'est probablement pas un portrait de modèles réels, mais une allégorie d’une pratique culturelle britannique de l’époque.
Au-dessus des femmes se trouve l'inscription : « Moi noire avec des taches blanches, toi blanche avec des taches noires, ce mal provient de ton cœur orgueilleux, alors prends-la, Diable ». Ce texte a probablement un but moralisateur, condamnant l'utilisation des cosmétiques et en particulier des « mouches », qui étaient des ornements populaires à l'époque.. En 1650, une loi visant à interdire ces ornements fut présentée au Parlement anglais, mais elle ne fut pas adoptée..
Provenance Le tableau provient de la succession de Lloyd Tyrell-Kenyon, Kenyon (1947–2019). Tyrell-Kenyon aurait déclaré en 1949 : « Nous avons un tableau curieux qui est accroché ici depuis de nombreuses années, mais dont je ne connais aucune interprétation. » Il se trouvait dans le manoir familial du Shropshire, en Angleterre, depuis le au moins..
Exportation et acquisition Le 23 juin 2021, le tableau a été vendu dans une petite maison de ventes aux enchères du Shropshire, avec une estimation de à . Une âpre bataille d'enchères s'est engagée en raison de l'intérêt sociologique inhérent à la représentation allégorique d'une femme à la peau foncée, et le prix final s'est élevé à , avant la commission de 20 % pour l'acheteur. Il s'agissait de l'enchère la plus élevée jamais payée pour un objet dans la maison de vente aux enchères du Shropshire.
Après la vente, l'acheteur a demandé une licence d'exportation. Le gouvernement britannique a par la suite interdit l'exportation du tableau dans l'espoir qu'une institution britannique puisse l'acquérir dans le délai imparti, ce qui est la mesure habituelle pour empêcher les acheteurs étrangers d'acquérir des œuvres d'art d'importance culturelle....
L'interdiction d'exportation du tableau devait être reportée au .. Le , The Guardian a rapporté que le tableau avait été « sauvé » pour la Grande-Bretagne par la Compton Verney Art Gallery pour grâce à des subventions du National Heritage Memorial Fund et du Victoria and Albert Museum, d'une valeur respective de et ..
Analyse En 2024, le tableau est transféré au Yale Centre for British Art à New Haven, dans le Connecticut, pour une analyse technique, une restauration et des recherches. Un colloque est organisé en septembre 2024 par l'université de Yale avec des spécialistes pour mieux comprendre la fonction de ce tableau, son public d'origine, son commanditaire ainsi que les registres picturaux et textuels employés dans le contexte de l'Angleterre des années 1650.
Les analyses techniques révèlent une technique picturale particulière dans le traitement des deux carnations à base de vermillon, une couleur de synthèse ordinairement utilisée seulement pour le rendu des chairs blanches, en vertu des traités de peinture de l’époque. Cette particularité a amené les chercheurs à identifier le religieux Jérôme Hesketh comme possible auteur du tableau.
L’analyse stylistique rapproche cette représentation d’une illlustration présente deux fois dans l’Anthropometamorphosis: the man transform'd or, the artificiall changeling de John Bulwer de 1653, sans qu’il soit possible d’établir l’antériorité de ces images. Le traité de Bulwer, un ouvrage empreint de racisme et de préjugés raciaux accompagné de nombreuses gravures sur bois, met en parallèle diverses pratiques de mode anglaises de l’époque avec des techniques d’ornements faciaux et corporels traditionnels des populations d'Inde, d'Asie et des Amériques pour en dénoncer les origines « barbares ». Les raffinements des élégants anglais, l’art du maquillage, et notamment le port de mouches, sont dénoncés chez Bulwer dans l’annexe abondamment illustrée The English Gallant comme une importation de coutumes étrangères pratiquées par des civilisations non chrétiennes. À ce titre selon lui, leur adoption est censée menacer les valeurs et l'identité anglaises en brouillant les frontières de la race, de la religion et de la nation. Dans le tableau aux deux femmes, l’utilisation de mouches est assimilé à la négritude, et traité sur le mode de la vanité, en suggérant au spectateur, texte à l’appui en arrière-fond, qu’une telle pratique amène à la damnation.
Critiqués par les moralistes pour altérer les traits naturels du visage, « dons de Dieu », les mouches cosmétiques du anglais sont de petits motifs découpés dans du tissu (soie, satin, velours…) ou du cuir et collés sur le visage. Couramment en forme de cercle, elles adoptent aussi d'autres formes comme des étoiles, des lunes ou d’autres représentations plus complexes. Leur signification symbolique, possiblement astrologique voire liée à la sorcellerie, n’est pas encore clairement connue.
Des communications lors du colloque ont postulé que, dans ce tableau, il ne s’agit pas de portraits mais d’images symboliques à visée moralisatrice pour condamner les modes et coutumes féminines. La représentation symétrique des deux femmes, blanche et noire, un code inhabituel dans les peintures de l’époque, ne signifie pas ici l'égalité raciale, mais plutôt une racisation des coutumes et comportements à travers la vision du racisme et de la misogynie en cours au .
On ignore comment et où le tableau était exposé à l'origine. L’œuvre semble avoir été commandée ou acquise par la famille Kenyon, une petite noblesse du Lancashire qui s’est établie dans le Shropshire au . Elle est transmise aux descendants jusqu'à sa vente aux enchères en 2021. En 1949, dans le but de mieux comprendre l’origine et la représentation de ce tableau inhabituel en sa possession, Lord Kenyon lance un appel dans le magazine Country Life pour rechercher d’autres œuvres au thème identique. Lord Leigh, de l'abbaye de Stoneleigh dans le Warwickshire, lui répond et décrit un tableau au sujet similaire qu’il possède dans sa propre collection. Il représente une femme blanche avec des mouches sur le visage, et un squelette tenant une flèche au-dessus de son cœur, dans le style des vanités. La peinture porte également une inscription moralisatrice : « Repentez-vous ; Demain ; Demain Madame est un autre jour, Il ne vous appartient pas. Vous devez passer la nuit. » On ignore l'emplacement actuel de cette oeuvre, potentiellement liée aux « Deux femmes portant des mouches cosmétiques », ces tableaux ayant peut-être fait partie d'une série de peintures moralisantes.
En novembre 2024, le tableau est exposé au musée Compton Verney sous le titre Two Women Wearing Cosmetic Patches.
Articles connexes Mouche (esthétique) Vanité (peinture) John Bulwer
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Notes et références Notes
Références
Catégorie:Tableau d'un peintre britannique Catégorie:Tableau des années 1650 Catégorie:Double portrait de femmes Catégorie:Femme noire dans la peinture Catégorie:Œuvre d'art en Angleterre Catégorie:Warwickshire