Souvenirs sur Paul Cézanne est un témoignage littéraire et critique majeur publié à l'origine en 1907 par le peintre et écrivain français Émile Bernard. Enrichi d'un nouveau texte en 1921, Une conversation avec Cézanne, cet ouvrage offre un éclairage précieux et intime sur la vie, la méthode de travail et la pensée esthétique de Paul Cézanne, souvent considéré comme le père de l'art moderne. Ce récit est considéré par les historiens de l'art comme l'une des sources biographiques et théoriques les plus fiables et immersives pour comprendre la transition cruciale vers l'art du XXe siècle.

Contexte de la rencontre Après avoir passé dix ans en Égypte, Émile Bernard s'installe à Aix-en-Provence au début de l'année 1904. Grand admirateur de Cézanne depuis plus de vingt ans (dont il avait découvert les œuvres chez le père Tanguy à Paris), il réussit à approcher le maître aixois, pourtant réputé solitaire, méfiant et difficile d'accès. Pendant un mois, Bernard lui rend visite quotidiennement, partage des séances de peinture sur le motif (notamment face à la montagne Sainte-Victoire) et échange de longues discussions théoriques sur l'art.

Diffusion Les Souvenirs sur Paul Cézanne d'Émile Bernard ont connu leur toute première publication sous forme d'articles de revue en 1907, un an après la mort de Paul Cézanne, dans les numéros 247 et 248 du Mercure de France. La première publication sous forme de livre a quant à elle eu lieu en 1912, éditée à Paris par la Société des Trente. Suivront de nombreuses autres éditions et traductions.

En plus de ses écrits précédents, Émile Bernard publie Une conversation avec Cézanne le 1er juin 1921, également dans le Mercure de France. Ce texte essentiel retrace un entretien datant de 1904, au cours duquel les deux peintres arpentaient les environs d'Aix-en-Provence et échangeaient directement sur l'essence de l'art, le rôle des Maîtres et la soumission du peintre à la sensation visuelle face à la nature.

Cette même année 1921, l'ensemble de ses écrits critiques et de ses correspondances est réuni par l'éditeur A. Clerc dans un volume plus vaste intitulé Souvenirs sur Paul Cézanne et Lettres. On retrouvera ensuite fréquemment ce dialogue intégré aux rééditions augmentées de ses mémoires (notamment l'édition illustrée de 1925).

Contenu et portée de l'œuvre L'ouvrage, souvent édité avec la correspondance échangée entre les deux hommes (Souvenirs sur Paul Cézanne et Lettres), articule plusieurs éléments fondamentaux. La théorie artistique : C'est dans le sillage de ces échanges et écrits qu'apparaît la célèbre formule de Cézanne invitant à « traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône », préfigurant les révolutions esthétiques à venir comme le cubisme. Le portrait d'un homme complexe : Bernard dépeint un Cézanne à la fois touchant, obstiné, sujet au doute permanent (« Il me semble que je fais de lents progrès... »), mais habité par une ferveur créatrice absolue. Une rupture stylistique : Les écrits de Bernard mettent en lumière la tension de l'époque entre la tradition académique, le déclin de l'impressionnisme et l'émergence d'un modernisme pictural axé sur la géométrie et la sensation colorée.

L'ouvrage Souvenirs sur Paul Cézanne et Lettres constitue un document historique majeur pour l'histoire de l'art moderne. Il rassemble et pérennise la mémoire théorique et intime du maître d'Aix. Ce livre est aujourd'hui librement consultable en version numérisée sur le site de la Bibliothèque nationale de France (Gallica), ainsi que sur de nombreux autres sites.

Les photographies historiques dans l'atelier Lors de son séjour d'un mois à Aix-en-Provence au début de l'année 1904, Émile Bernard s'installe au rez-de-chaussée du pavillon des Lauves (l'Atelier de Cézanne) et capture la réalité quotidienne du peintre à travers la peinture et la photographie. Émile Bernard a pris plusieurs clichés légendaires qui comptent parmi les très rares documents photographiques de Cézanne au travail. La photographie la plus célèbre montre Paul Cézanne assis sur une chaise au cœur de son atelier. Il pose de profil, un chapeau sur la tête, juste devant son monumental chef-d’œuvre alors en cours de création : Les Grandes Baigneuses. Ces clichés d'époque révèlent l'organisation méticuleuse de son espace de création, la lumière traversant la grande verrière du Nord, et la présence des objets du quotidien (crânes, compotiers) qui servaient de modèles pour ses natures mortes.

Portraits de Cézanne En parallèle, Émile Bernard a réalisé plusieurs portraits peints de Cézanne, prolongeant dans la matière picturale le respect immense qu’il vouait au maître d'Aix. Dans ces œuvres, Bernard tente d'appliquer la leçon cézannienne de la géométrisation des formes, cherchant à saisir la psychologie complexe, l'obstination et l'intense concentration de son aîné. Cette double immortalisation (textuelle avec les Lettres, visuelle avec la peinture et la photographie) fait du séjour d'Émile Bernard en 1904 l'un des moments de transmission les plus fertiles de l'histoire de l'art moderne.

Notes et références

Catégorie:Livre d'Émile Bernard Catégorie:Livre paru en 1907 Catégorie:Paul Cézanne